Bilan

Les top managers préfèrent les sports de plein air

Alors qu’hier les clubs de sport étaient les lieux par excellence où croiser les top managers pressés de garder la ligne, c’est désormais du côté des sports de plein air qu’il faut se tourner pour trouver les leaders d’aujourd’hui.
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Développer un meilleur mental, dépasser ses limites sur les plans privé et professionnel, tenir le stress du quotidien ou encore avoir la conscience de soi sont les critères unanimement partagés aujourd’hui par les cadres supérieurs, ces cols blancs en lycra pour qui le sport permet d’être psychologiquement et physiquement toujours au top, jour après jour.

Ils sont CEO, avocat, médecin, directeur et chef d’entreprise et ont tous abandonné le golf et le tennis au profit de sports plus extrêmes ou casse-cou tels que les compétitions de haute montagne ou encore le skate.

« En quinze ans, le skate s’est beaucoup professionnalisé. Dans ma clientèle, il y a des avocats, des ingénieurs et d’autres cadres qui se remettent à ce sport car, désormais, ils ont les moyens financiers de leurs ambitions. Le fait d’avoir ce type de clients rend aussi plus faciles les négociations lorsque l’on cherche à mettre en place des manifestations », constate Jim Zbinden, skate archiviste et propriétaire du Musée Pulp68 à Genève.

Et, bien au-delà de ce que procure et apporte « ces nouveaux terrains de jeu », il s’agit de réels atouts pour des futurs employeurs, comme l’affirme Visar Kalimashi, conseiller en recrutement pour la société Cible Emploi.

« Bien évidemment, ce qui prime dans un CV est le profil de la personne, cependant, en fonction des secteurs d’activité, le fait d’avoir comme hobby un sport hors norme peut jouer un rôle. Certaines activités sportives permettent au candidat de prouver qu’il est aussi exigeant sur le plan professionnel que sur ses activités extraprofessionnelles. »

Et, aujourd’hui, exit la vision des hommes d’affaires « bons vivants », place désormais à une certaine culture de l’esthétisme. « La société change. Il y a vingt ans, la bodyculture n’était pas aussi présente. Lorsque l’on croise des top managers, ils sont désormais athlétiques et ont une vie saine.

Face à un recruteur, bien évidemment, l’apparence joue un rôle », souligne Yvonne Baumgartner, director business development and services chez Manpower. Un esprit compétitif dans un corps sain ? Visiblement, la nouvelle devise des businessmen et women d’aujourd’hui, la preuve par quatre.

IRONMAN

La performance

Si penser qu’un triathlon est une compétition difficile, lire les distances à parcourir pour un Ironman donne le vertige: 3,8 km de natation, 180 km à vélo et 42 km de course à pied, le tout, à la suite. Il existe des compétitions labellisées Ironman dans le monde entier.

En Suisse, c’est à Zurich qu’elle a lieu (l’Australien Craig Alexander est l’homme de fer par excellence depuis 2011 avec un record en 8 h 03. Quant au Zurichois Ronnie Schildknecht, il est rentré dans la légende en gagnant pour la 7e fois la compétition suisse.)

Le spot de rêve

Le summum pour tous les compétiteurs: participer au Championnat du monde Ironman WTC qui a lieu, chaque année, au mois d’octobre à Hawaï. Mais attention, toute la motivation du monde ne permet pas de s’inscrire à cette manifestation puisque, pour y participer, il faut se qualifier dans l’une des courses Ironman contenant le label officiel de la marque (désormais très lucrative) WTC.

Les précieux sésames sont distillés au compte-gouttes chez les meilleurs athlètes de chaque compétition ouverte au public. L’Ironman Triathlon d’Hawaï est légendaire par son exclusivité, son emplacement, mais aussi son histoire, puisqu’il a été la première compétition majeure sur la distance.

Les témoignages

«J’étais à la recherche d’un nouveau challenge. J’ai commencé à faire des triathlons il y a trois ans. Avant mon Ironman je me suis entraîné avec un coach, Roy Hinnen, durant près de six mois. Pendant la compétition, j’étais concentré sur mon cœur et ma nutrition. Lorsque j’ai franchi la ligne, j’étais juste bien, fier, soulagé et épuisé. Tous les sentiments s’entremêlaient, explique Marcel Bellia, teamleader customer care. Je ne sais pas combien de fois je vais faire cette discipline. Je sais que j’ai envie de l’exercer aussi longtemps que je le pourrai. Mon prochain challenge est de terminer en moins de dix heures. »

Une discipline sportive qui demande une préparation de fer comme l’explique Roy Hinnen, coach sportif spécialisé dans les triathlons et Ironman. «Les qualités requises ? La patience et la régularité. La préparation est de six mois. Durant cette phase, mon « élève » court, nage, pédale, je le fais aller au-delà de ses limites. A cela s’ajoutent des exercices de méditation, de la nutrition, le choix d’un équipement approprié. Lorsque je m’occupe d’un sportif, je ne veux aucune excuse, aucune distraction, seul le résultat compte.»

Une compétition qui emmène les participants hors des sentiers battus et leur apporte une évolution gratifiante bien au-delà du domaine du sport. « D’un point de vue professionnel, j’ai acquis diverses compétences telles que la ténacité, la patience, mais aussi la capacité de me dire que nul défi n’est impossible. Bref, ma confiance en moi est décuplée et je connais parfaitement mes limites. Just be an Ironman ! », conclut Johan Christen.

ALPINISME

La performance

Au-delà des verts pâturages et de la moyenne montagne il existe la haute montagne. Terme souvent employé par les alpinistes, il désigne le lieu où les capacités physiques de l’homme sont soumises à rude épreuve. Altitude, conditions météorologiques, équipement, forme physique et mentale font partie du quotidien des amateurs d’alpinisme.

Le spot de rêve

La Patrouille des Glaciers reste une référence parmi les courses les plus prisées. Celle-ci se déroule entre Zermatt et Verbier en passant par Arolla. Cette épreuve répond à quelques règles d’inscription claires: les patrouilles militaires ouvrent le bal.

Du côté des civils, il faut former un groupe de trois compagnons (groupes de femmes, d’hommes ou mixtes). Pour le parcours Zermatt-Arolla-Verbier, les participants doivent avoir au minimum 20 ans. S’ils s’inscrivent à l’épreuve Arolla-Verbier, c’est 18 ans.

Les témoignages

«Il y a quelques années, la pression était peut-être moins forte. Les businessmen et women consacraient plus de temps au networking. Nous nous tournons vers des activités désormais plus extrêmes physiquement. Autour de moi, les positions se diversifient et se radicalisent», explique Aline Bonard, avocate au barreau et associée au sein de l’étude Chaudet Bovay Wyler Mustaki & Associés.

Se retrouver face à la nature, aux éléments, se ressourcer, mais aussi dépasser ses limites sont des envies qu’éprouvent de plus en plus d’hommes et de femmes, comme l’explique Jocelyne Gay, alpiniste chevronnée au sein du Club alpin.

«La clientèle a changé, les gens sont plus jeunes, il y a plus de femmes. J’ai rencontré beaucoup de personnes issues du corps médical ainsi que des professions libérales.» Un sport qui demande toutefois un certain entraînement.

«Même s’il ne faut pas être un sportif de haut niveau pour pratiquer la haute montagne, il ne faut pas non plus brûler les étapes. Il faut commencer par alterner des marches en montagne ou courir deux ou trois fois par semaine en privilégiant les dénivelés. Un bon entraînement trois fois par semaine peut permettre de réaliser un premier 4000. Maintenant, pour faire la Patrouille des Glaciers, c’est une autre histoire.»

Aline Bonard, qui a participé à plusieurs reprises à la Patrouille des Glaciers, avoue trouver dans la haute montagne un équilibre professionnel: «Pratiquer un sport d’endurance dehors, en altitude, m’apporte une forme de ténacité, la possibilité de me recentrer sur l’essentiel et gagner une meilleure qualité d’écoute. J’ai l’esprit clair quand je suis à l’étude ou au tribunal.»

SKATE

La performance

Nées dans les années 1930, les premières planches à roulettes étaient des trottinettes de fortune que se façonnaient les enfants des quartiers défavorisés. Au début des années 1970, un duo révolutionne le skate: les Californiens Frank Nasworthy et Bob Bahn mettent au point les roues en uréthane.

Un succès mondial. C’est aussi le début des skateparks. Après avoir connu des hauts et des bas, le skateboard revient sur le devant de la scène.

Le spot de rêve

Alors que Barcelone est une ville très prisée par les skaters de par sa structure, mais aussi son architecture urbaine, d’autres villes sont de véritables terrains de jeu pour les skateurs. Ce qui fait un bon spot? Le design de la ville, puisque, pour le skateur, tout ce qui l’entoure devient «un outil» pour réaliser des figures.

Depuis 2010, une importante compétition internationale a vu le jour, il s’agit de la Street League Skatebording (SLS). Des tournois ont lieu dans le monde entier dans des skateparks spectaculaires et éphémères.

Les meilleurs s’affrontent pour la finale et celui qui remporte cette manifestation gagne plus de 200 000 dollars. La compétition compte de plus en plus de sponsors et d’adeptes. Bref, une référence.

Les témoignages

« Une fois que l’on a goûté au skate, le sport devient addictif, constate Jim Zbinden, skate archivist et propriétaire du Musée Pulp68. On peut s’y mettre à n’importe quel âge, mais notre corps nous rappelle que l’apprentissage sera peut-être plus fastidieux passé la quarantaine. » – « J’ai toujours fait un peu de skate, nous confie Gregory, consultant en communication. J’ai grandi avec l’arrivée des sports de glisse. Je m’y suis remis avec mes enfants. C’est pour moi l’occasion de m’amuser, mais c’est surtout une activité qui m’apporte la sensation unique des sports de glisse que l’on retrouve dans le ski, lorsque l’on fait de la poudreuse, notamment. C’est une réelle impression de liberté, de fluidité, de légèreté et même d’euphorie. »

Aujourd’hui, même si tout a été inventé au niveau des figures, c’est le skate en général qui a changé : « Avec l’arrivée de la professionnalisation de ce sport, notamment dans les compétitions, les gens trouvent le skate plus sérieux et non uniquement fun ou cool. Certains cadres refont du coup du skate sans honte. Les skateparks sont plus harmonieux. On le remarque aussi dans les vêtements portés par les skaters. Désormais c’est jean slim, T-shirt griffé ou encore jaquette collector qui priment sur les fameux pantalons XXL, explique Jim Zbinden. En amenant mon fils au skatepark, j’ai eu envie de m’y remettre, peut-être pour me sentir plus jeune ? Dans tous les cas, même si c’est un sport qui demande des heures d’entraînement pour valider des tricks, la motivation est là. Les qualités requises ? La concentration, une bonne gestion du stress et la persévérance ! »

KITESURF

La performance

On peut dire que les sports nautiques ont la cote! Alors que le stand up paddle a conquis les stars, le kitesurf est une activité sportive respectée qui fait de plus en plus d’adeptes.

Le principe: en équilibre sur une planche, il faut se faire tracter par un cerf-volant. Même si le sport est né dans les années 1960, la première compétition internationale a vu le jour en 2000. Bruno Sroka a été le premier kitesurfeur et le seul à avoir traversé, en neuf heures et sans halte, le cap Horn sur une distance de 168 km.

Le spot de rêve

Il en existe plusieurs pour les kitesurfeurs. Le Brésil fait partie du top trois avec des lieux incontournables situés à 80 km au sud de Fortaleza.

Les plages y sont sauvages, l’eau entre 20 et 25 degrés et le vent permet de pratiquer le kitesurf sans pour autant devoir porter une combinaison. Autre destination, autre coin de paradis, direction l’Australie, Lano pour être précis. Situé à une heure de Perth, le spot de Lancelin est un lieu idyllique pour son paysage de carte postale mais aussi pour les conditions optimales de plongée.

Les témoignages

« Dans mon entourage, les sports les plus prisés restent le golf, le tennis ou encore l’équitation, nous explique Stéphane, trader chez un banquier privé à Genève. Beaucoup de financiers pratiquent la voile ou la plongée, mais la petite communauté dont je fais partie préfère les côtés plus techniques, réguliers et atypiques de ce sport.»

Et, désormais, les adeptes de ce sport ne sont plus tout à fait les mêmes, comme le souligne Olivier Caillet, professeur et propriétaire d’Airone.

«La clientèle s’est élargie. Au départ, les personnes étaient des sportifs aguerris, venant du monde de la planche à voile en mal de sensations fortes. Désormais, de plus en plus de personnes des milieux financiers et tertiaires pratiquent cette activité. J’imagine qu’ils apprécient la simplicité du short T-shirt et la sensation de liberté que le kite procure!»

Alors que d’autres activités requièrent une forme physique impeccable, ce sport de glisse est plus accessible. «Au niveau de l’endurance et du renforcement musculaire, c’est véritablement un sport complet, mais ce n’est pas un sport réservé à des athlètes. L’évolution arrive rapidement si l’on fait preuve de persévérance, explique Olivier Caillet.

Psychologiquement, il permet de faire un break et de libérer son esprit.» Pour Stéphane, le kitesurf est surtout un moyen de se développer de manière complémentaire par rapport à d’autres sports.

«J’ai toujours pratiqué régulièrement du sport. Pour moi, le kitesurf est nettement moins exigeant que la plongée technique. Je cherchais quelque chose qui m’offrait plus de possibilités que le VTT. Avec ce sport je peux sauter, rider, réaliser des figures ou planer selon mon envie. Et je retrouve de vrais moments de sérénité lorsque je suis seul avec les éléments. Désormais, il ne me manque plus qu’à trouver un sport dans l’espace!»

Lucie Notari

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