Bilan

Les tissus Swiss made, super- résistants !

Indépendance, savoir-faire et créativité : des atouts communs aux sociétés familiales suisses Christian Fischbacher, Création Baumann et Alumo, spécialisées dans le textile de luxe. Malgré la crise, elles jouent toujours dans la cour des grands et au niveau international. Zoom sur leur recette.
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  • Savoir-faire et innovation: la recette du succès par Création Baumann et Christian Fischbacher

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  • Tapis Aureola, Christian Fischbacher

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Saint-Gall, Langenthal, Appenzell. Milan, Paris, New York, Londres. Cherchez l’erreur. Il n’y en a pas. Création Baumann, basée à Langenthal depuis 1886, est le champion des tissus d’intérieur pour des clients aussi bien institutionnels que privés dans le monde. Experte dans les tissus intelligents, soit à fonctionnalité ajoutée, la société à la production entièrement intégrée n’a rien à envier à ses concurrents internationaux.

Mais peut-être à Christian Fischbacher, mastodonte saint-gallois des textiles d’ameublement et des linges de lit depuis six générations, clairement aussi un big player. Quant à Alumo, spécialiste de la chemise pour homme ultra premium, installée à Appenzell depuis nonante ans, ses plus grands clients sont Brioni, Hermès, Zegna, Stefano Ricci, Zilli, Alfred Dunhill, et bien d’autres. Pour ces maisons toujours en mains familiales qui ont su s’adapter à toutes les conjonctures, la recette suisse est simple et commence par réunir les trois meilleurs ingrédients : identité, qualité et inventivité. 

La force de la marque

« Ce n’est que grâce à la puissance du label Christian Fischbacher que notre maison a pu imposer une augmentation de prix en Europe face au renchérissement du franc suisse », confie Michael Fischbacher, CEO de la marque qui va bientôt fêter son bicentenaire. Les clients finaux acceptent la hausse parce qu’ils veulent ce produit et pas un autre. Pour l’exercice 2014, son chiffre d’affaires s’élève à 56 millions dont 80 % de la production destinée à l’export.

« Nos chevaux de bataille sont les linges de lit et les tissus d’intérieur. Même si 75 % de notre volume de transactions est issu des étoffes, étonnamment selon les pays, les gens ne savent même pas que nous en réalisons. Ce qui n’est pas le cas en Italie et au Japon, par exemple, nos plus grands marchés après les DACH (Allemagne, Autriche, Suisse). »

Chez Alumo, Romuald Eicher, CEO, raconte : « Nos concurrents sont Italiens, le grand groupe Albini, par exemple, mais les gens qui nous connaissent nous sont fidèles.» Le marché de la chemise pour homme de première qualité est certes différent. La manufacture de coton appenzelloise en mains familiales multiples, mais dont le nom des propriétaires est gardé précautionneusement, dispose de deux catégories de clients : les grandes marques masculines d’une part et les chemisiers comme Fray, à Bologne.

Sur le million de mètres de tissu vendus chaque année, la part de chemises sur mesure et de confection est égale. Quant à la force du franc suisse, elle n’a que peu d’incidence sur leur business. « La différence de prix est estompée par la question de prestige. Un homme qui rentre dans un magasin et demande une chemise en tissu Alumo ne va pas changer d’avis si elle est un peu plus chère. Il cherche la qualité. »

Une seule qualité : la meilleure

« De la sélection des fibres au finissage nous ne travaillons qu’avec le top du top et nous sommes toujours des fabricants de tissu qui produisent tout en Suisse, à Langenthal », glisse Philippe Baumann, CEO de la maison homonyme. Avec 180 personnes qui s’affairent au siège et une soixantaine dans les filiales, Création Baumann a aussi exporté 65 % de sa production en 2014.

« Notre chiffre d’affaires s’élève à 46 millions de francs suisses avec en tête des marchés la Suisse, suivie par l’Allemagne, où nous avons une succursale, les Etats-Unis, le Japon et le reste de l’Europe. » Là encore, les tissus d’intérieur arrivent en tête de liste avec quasiment 80 % des ventes.

A Saint-Gall, Christian Fischbacher emballe et contrôle, mais la production a été délocalisée en Europe. « Confectionner en Suisse n’était plus possible avec la force du franc, mais les cotons qui servent aux linges de lit sont de chez nous. Pour la réalisation, Christian Fischbacher travaille avec des fournisseurs locaux parfois depuis plus d’un siècle », commente le manager de la marque.

Romuald Eicher parle, lui, de culture de qualité irréprochable. « Toute la filature, tout le tissage et toute la teinture sont réalisés chez Alumo ou chez des fournisseurs dont nous sommes très proches. Nous comptons environ 200 employés. Le savoir-faire est ici dans notre pays et c’est comme ça que nous sommes capables de maîtriser toute la chaîne des valeurs. » La concurrence en Italie est rude, pourtant elle reste le premier marché d’Alumo, suivie des Etats-Unis et d’une partie de l’Europe.

Parce que pour les uns seule la délocalisation de la production était une solution viable et que pour les autres les prix et les salaires en Suisse sont difficilement compressibles, il faut constamment se réinventer. « Le renchérissement du franc suisse est un challenge qui pèse sur le business. Le consommateur est plus frileux à investir dans son intérieur. Pour ne pas le perdre, on cherche des moyens innovants qui améliorent sa qualité de vie », confie avec lucidité Philippe Baumann.

Innovation et transmission

Des tissus acoustiques, antibactériens, autoadhésifs, découpés au laser pour des musées, des hôpitaux, des bureaux, c’est ce que les départements création et développement poussent chez Baumann avec des résultats impressionnants. Le British Museum de Londres ou le Centre Paul-Klee de Berne, par exemple, comptent parmi leurs clients fidèles.

Chez Fischbacher, c’est Camilla, l’épouse de Michael, qui dirige la création et propose des collections avec des matériaux inattendus, comme celle en bouteilles de PET recyclées. Dans un autre style, l’appellation Soyella Duecento est un coton égyptien rare pour des chemises effet seconde peau, créée par Alumo.

Pour ces trois acteurs suisses, chacun à sa manière face à l’adversité, la responsabilité de continuer dans le respect des traditions et dans une dynamique d’innovation prévaut. Et Philippe Baumann de conclure : « C’est sans doute une mentalité très suisse. Je représente la 4e génération et souhaite que le moment venu un de mes trois fils reprenne la maison. Alors je ne baisse pas les bras là où, peut-être, un Américain aurait pu céder à la tentation de vendre. » 

Carole Kittner

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