Bilan

Les services originaux des hôteliers romands

Des hôteliers romands font preuve d’imagination pour satisfaire leurs hôtes: pêche sur le Léman, visite de fromageries, tournée des caves, cours de cuisine, d’œnologie ou de pâtisserie, etc.
  • Le pêcheur Patrice Brügger (ici avec un brochet) embarque les touristes lorsqu’il relève ses filets.

    Crédits: Stephan Engler
  • La sortie se termine les bacs pleins de féras, de perches et de brèmes.

    Crédits: Stephan Engler

Il est 8 h du matin sur le quai Perdonnet à Vevey. Un soleil magnifique illumine le Grammont et les Dents-du-Midi. Le pêcheur Patrice Brügger salue ses visiteurs du jour, des hôtes des Trois-Couronnes, l’un des plus fameux cinq-étoiles du Léman. Comme chaque matin, une nuée de goélands et de hérons l’attendent de patte ferme.

Ils savent que la pitance est au bout des filets. C’est précisément pour relever ses filets posés la veille jusqu’à Saint-Gingolph, de l’autre côté du lac, que le pêcheur au tablier vert emmène ses touristes du jour: «Il faut tenir compte du calendrier de pêche, chaque type de poisson a ses dates, explique Patrice Brügger. La pêche de la perche est fermée en mai, la féra et l’omble de mi-octobre à mi-janvier. Et cela change chaque année.»

En relevant ses filets avec l’aide de son assistant venu de Marseille, le pêcheur professionnel fait un peu la grimace, même si les bacs se remplissent de grosses féras, de perches généreuses et de brèmes volumineuses, un poisson d’eau douce de la famille des carpes qui nage en eau peu profonde mais qui n’a pas bonne presse auprès des gastronomes.

Ils lui préfèrent l’incontournable filet de perche. Un brochet est pris dans les filets. Patrice lui ouvre sa gueule béante qui dévoile des dents coupantes. Il lui arrive même de s’attaquer à ses congénères pris dans les filets. En grand connaisseur de la Riviera, Patrice Brügger raconte les poissons, le Léman, les montagnes environnantes dont il connaît tous les sommets. «La pêche miraculeuse, c’est bien fini, ressasse le marin d’eau douce. Je suis obligé de commercialiser tous les poissons pour que mon activité soit rentable.»

A 60 fr. le kilo de perche, il faut en remonter un certain nombre dans ses filets pour amortir la journée des deux pêcheurs et du bateau, «L’Adriméline», un nom composé des prénoms de ses trois enfants. Dans ses filets, pas mal de gardons trop petits pour être consommés. Ils sont relancés à l’eau au grand bonheur des oiseaux qui ne lâchent pas le bateau des ailes.

«Autrefois, le rempoissonnement du lac était meilleur, il était réalisé en commun avec les Français, mais c’était devenu trop cher pour les Suisses», confie encore le professionnel du Léman, qui partage ses activités avec plus de cent autres collègues des deux côtés du lac. 

L’accompagnement des touristes lui assure un peu de compagnie et de beurre dans ses filets de… perche. Pour une demi-journée de pêche en commun, le tour en bateau est vendu par les Trois-Couronnes au prix de 150 fr. jusqu’à 5 personnes. Il est suivi d’un dîner de pêche accompagné de chasselas à 50 fr. le convive.

Durant l’été, Jay Gauer, directeur de l’hôtel, propose même une baignade au milieu du lac, chaque jour du 15 juin au 1er septembre : «Par la suite, l’hôtel prévoit d’enchaîner avec les vignerons, trois ou quatre jeunes de la région qui invitent à la dégustation dans leurs caves. Il s’agit de faire vivre une expérience à nos hôtes. L’idée, c’est de leur raconter l’histoire de nos produits. Je vais aussi leur proposer de goûter à ceux du fromager affineur. Raconter des histoires de la région et de ses produits, du poisson au fromage en passant par le vin et le chocolat, participe à la mise en valeur de la Riviera.» 

Le pêcheur Patrice Brügger donne aussi ses conseils de préparation, de même que le chef étoilé des Trois-Couronnes, Lionel Rodriguez, qui va même les initier à sa cuisine. Un tartare de poisson résultant d’un mélange de brochet et de tanche, avec du jus de citron et un peu de crème, permet de réaliser de petits «burgers» délicieux: «Il n’y a pas que les incontournables perches, ajoute son adjoint, Alexandre Moreau. Si les tanches contiennent trop d’arêtes, on peut aussi concocter une délicieuse pâte de poisson.» 

Fabriquer son couteau suisse

A l’autre bout du lac, un autre palace ne fait pas qu’accueillir pour le gîte ou le couvert : «Certes, les touristes viennent avant tout pour une destination et ensuite pour l’hôtel, mais pas mal de clients ont d’autres envies plus enrichissantes, notamment mieux connaître la région et ses produits, confie Alexandre Nickbarte-Mayer, CEO du Beau-Rivage de Genève.

Le palace organise des cours de cuisine avec le chef étoilé Dominique Gauthier, des cours d’œnologie avec le sommelier Vincent Debergé, des ateliers chocolat en pâtisserie pour les enfants avec Yohan Coiffard, un tour sur les traces de l’impératrice Sissi, un atelier pour apprendre à créer son propre couteau suisse avec Victorinox et des visites privées de Sotheby’s.

Un partenariat avec un loueur de bateaux est prévu cet été pour les amateurs de baignade: «Il est vrai que Genève n’est pas vraiment vue comme une destination lac, mais cela peut changer», concède l’hôtelier.

www.hoteltroiscouronnes.ch
www.beau-rivage.ch

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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