Bilan

Les nouveaux territoires des voyageurs fortunés

Au-delà des yachts et des villas de rêve, le tourisme des ultrariches profite pleinement de la montée en puissance du luxe expérientiel. Les voyages haute couture doivent être ébouriffants et loin des foules.
  • L’hôtel Jabal Akhdar se situe sur les monts Hajar, une importante chaîne montagneuse de la péninsule Arabique, présente à l’Est des Émirats arabes unis et au Nord-Est du sultanat d’Oman

    Crédits: Dr
  • Salar de Uyuni, le plus vaste désert de sel au monde à plus de 3000 mètres d’altitude en Bolivie

    Crédits: Horizons Nouveaux
  • Aurore boréale sous le ciel d’Islande. Le Somewhere Club propose, entre autres, de voyager avec les plus grands explorateurs. 

    Crédits: Andy Parent
  • Devenir acteur de ses vacances

    Quand TF1 déprogramme l’émission « Ushuaïa Nature » en 2011, Stéphane Brunner a une idée un peu folle : « Avec Pierre Malherbe, un ami féru de sensations fortes, nous avons voulu reconstituer un noyau de passionnés pour permettre à tout un chacun de revivre les périples de Nicolas Hulot. Accompagnés par une équipe de tournage, des scientifiques ou des sportifs de renom, nos clients peuvent rapporter un documentaire professionnel de leur voyage. » Avec ce concept unique, le Somewhere Club vise une clientèle fortunée. Pour trois semaines de tournage en Indonésie, compter 1 million d’euros pour huit personnes. A ce tarif-là, tout est compris. www.somewhereclub.com

    Crédits: Bernard Guerrini

Le monde est un immense terrain de jeu pour les millionnaires. Leur règle ? Ne rien faire comme les autres. Quand le touriste lambda choisit Bali pour effleurer la culture indonésienne, le voyageur fortuné s’envole pour l’île de Sumba, plus intime. En Polynésie française, ce n’est pas à Tahiti mais sur l’atoll de Tetiaora qu’il pose ses valises. La mer des Caraïbes regorge aussi d’adresses confidentielles : Canouan, Virgin Gorda, Musha Cay ou encore Calivigny. Pour Sanae Gillot, directrice des opérations de la conciergerie de luxe Quintessentially à Genève, l’envie de s’éloigner des foules s’explique par un souci de discrétion, mais aussi par l’omniprésence de la menace terroriste : « Cette année, les questions liées à la sécurité ont impacté le choix des destinations de nos clients. » 

Le sacre du sur-mesure

Chez les ultrariches, il y a ceux qui se barricadent sur une île ou un yacht et les autres, toujours plus nombreux, qui souhaitent vivre des moments uniques. Le groupe hôtelier Four Seasons a bien compris cette tendance. Il propose à sa clientèle une série d’« expériences extraordinaires ». Privatiser l’opéra de Prague ? Savourer des préparations culinaires infusées avec de la poussière de météorite au Costa Rica ? Pratiquer le beach-volley à Santa Barbara en compagnie d’un ancien champion olympique ? Tout est possible, à condition d’y mettre le prix. Conséquence directe, les « travel designers » sont devenus les nouveaux gourous des millionnaires. Depuis 2013, le réseau Traveller Made permet de labelliser ces spécialistes du sur-mesure. Son fondateur, Quentin Desurmont, aussi propriétaire de l’agence Peplum, est parti d’un constat : « Les voyages hors du commun doivent être préparés avec minutie car le temps a plus de valeur que l’argent pour nos clients. »

A Genève, Nicolas Ambrosetti, directeur de Vickyh Destinations, revendique le même souci de se différencier : « Nous avons emmené des clients dans le Ladakh, une région grandiose au nord du Cachemire indien. Tous les douze ans s’y tient le Naropa Festival, l’un des plus grands rassemblements bouddhistes. L’hébergement est prévu dans des tentes de luxe et les déplacements se font à moto. »

Toujours à moto, les aventuriers fortunés peuvent aussi s’essayer au Grand Trek, un périple qui relie Le Cap à Johannesburg. C’est sur cette route que se déroula la grande migration des fermiers boers de 1835 à 1840. Au menu, paysages grandioses et rencontres déroutantes. Quant à ceux qui souhaitent vraiment sortir de leur zone de confort, l’Empty Quarter, le désert le plus hostile du monde, est l’endroit idéal.

Paul Kennes, cofondateur d’Horizons Nouveaux à Verbier, ne tarit pas d’éloges sur cette expérience : « Ce lieu est envoûtant avec ses dunes rouges géantes qui s’étalent sur le sultanat d’Oman, les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite et l’extrême nord du Yémen. » Pour Jean Viard, sociologue français et directeur de recherche associé au CNRS, cette quête de sensations fortes a une origine : « Les riches sont fascinés par l’imaginaire du danger car ils estiment avoir pris beaucoup de risques dans leur business pour faire fortune. Pas étonnant que les destinations polaires comme le Svalbard, le Groenland ou l’Antarctique soient très en vogue. » 

L’écologie séduit

Si la démesure accompagne encore souvent le développement du luxe expérientiel, les périples eco-friendly connaissent un succès grandissant. « Un multimillionnaire genevois est parti en Islande faire du camping avec sa fille, sourit Nicolas Ambrosetti. Les enfants, nés dans une époque plus soucieuse de l’avenir de la planète, poussent leurs parents à éviter certains excès. »

Un avis partagé par Roman Sägesser, de l’agence zurichoise RSelection : « Les Suisses allemands recherchent plutôt la simplicité. Nous organisons souvent des expéditions scientifiques incluant un apprentissage de la faune et de la flore d’une région. » Avec sa promesse d’authenticité, l’Afrique séduit naturellement les explorateurs fortunés à la fibre écologique. Selon une étude du cabinet New World Wealth, le continent accueille plus de 43 000 touristes multimillionnaires par an. Sur le podium des pays les plus visités, l’Afrique du Sud caracole en tête suivie du Maroc et du Botswana.

C’est au Botswana justement qu’Exclusif Voyages propose de partir à la rencontre des Bushmen, un peuple nomade au cœur du désert du Kalahari. Sophie Arbib, directrice de l’agence parisienne, aime à rappeler que ce sont les voyageurs qui s’adaptent et non l’inverse : « Les ultrariches ne veulent pas forcément être désolidarisés de l’endroit où ils vont. Pour ce périple, un camp mobile les suit, mais les Bushmen ne changent en rien leurs habitudes. »

Au sein de l’agence lucernoise Travel Gallery, la directrice Monika Wyss constate également une envie de retourner à l’essentiel : « Cette année, beaucoup de nos clients sont partis au Canada ou en Alaska, des destinations autrefois visitées par des touristes à bord de leur camping-car. L’écologie, c’est très chic ! » 

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