Bilan

Les livres de philo qu’il faudrait vraiment avoir lus

Bien vivre, voilà un souci commun. Dans la foule des gourous prêchant des recettes faciles, on ne sait plus vers quoi se tourner. Et s’il suffisait de revenir aux fondamentaux? A vos classiques!

Les librairies y consacrent des rayons entiers: le développement personnel est la panacée du siècle, le remède à tous les malaises, le graal des gens pressés. D’où il ressort qu’il faille porter l’estocade à cette nouvelle religion: le développement personnel est surtout un nouveau marché. Parce que sur le fond il n’est qu’un leurre, une boutade, un artifice marketing; la version abrégée de la philosophie, que de plus grands esprits ont formulée depuis plus de deux millénaires. Alors pourquoi recourir aux substituts quand on a accès aux fondamentaux? En voici quelques-uns, indispensables. Et qui devraient donner le goût de tous les autres.

1 «Le Banquet» de Platon (428-348 av. J.-C.)  

Parce qu’il est l’un des plus beaux textes philosophiques sur l’amour et qu’il a 24 siècles. L’amour n’est pas une mode, même si chaque époque prétend le redécouvrir. Au Banquet donc, sept convives en débattent. Le poète Aristophane décrit l’amour tel que nous voudrions qu’il soit, de désir, de fusion, d’absolu mais d’illusion. Socrate, inspiré par une femme, Diotime – c’est assez rare pour être mentionné – en rend compte au travers d’une équation toute simple: l’amour est désir et le désir est manque, une idée reprise par Spinoza. D’où la souffrance. Mais Platon va montrer comment transcender cette équation.

Recommandé à tous ceux qui ont séché les cours de philo mais pas l’école de la vie. Et pour ceux que le verbe antique rebute, lire «Le sexe ni la mort», d’André Comte-Sponville, qui en propose une analyse.

2 «Pensées pour moi-même» de Marc Aurèle (121-180 ap. J.-C.)  

Parce qu’il dit la solitude de l’homme de pouvoir, et qui pourrait mieux en rendre compte qu’un empereur romain dont l’empire est à son apogée? Ces courtes réflexions stoïciennes portent sur le devoir, la responsabilité, la mort, la conduite à tenir devant la méchanceté, la jalousie, les honneurs, l’opinion publique. Ecrites partiellement durant ses campagnes militaires (entre 170 et 180 ap. J.-C.), Les pensées auraient dû disparaître avec leur auteur. Heureusement qu’il n’en fut rien car elles n’en sont que plus authentiques, l’empereur philosophe ne craignant pas d’exposer ses faiblesses. Recommandé à tous ceux qui exercent une parcelle de pouvoir mais qui n’en sont pas dupes.

3 «Les Essais» de Montaigne (1533-1592)  

Parce que «toute cette fricassée que je barbouille n’est ici qu’un registre des essais de ma vie», mais quel registre! Unique en son genre, Les essais est un fourre-tout magnifique, traitant du quotidien, des affaires domestiques, de la médecine, mais toujours avec pour but la connaissance de soi et, partant, la condition humaine. C’est toute la Renaissance qui est présente dans ces réflexions, mais à travers l’héritage des antiques, des stoïciens, des sceptiques, de tous les penseurs qui précédèrent Michel Eyquem de Montaigne et qu’il revivifie avec un talent formidable. Et un objectif: «Savoir vivre cette vie; cela seul est philosopher en vérité.» Recommandé aux libres penseurs qui estiment qu’on n’en a jamais fini avec soi-même.

4 «Les Pensées» de Blaise Pascal (1623-1662)

Parce qu’il est bien davantage que l’homme du «pari». Mais laissons la parole à André Comte-Sponville, pourtant athée, qui ne saurait mieux résumer ce génie: «Mathématicien surdoué (il contribue à inventer le calcul des probabilités et le calcul infinitésimal), physicien novateur (il met en évidence la pression atmosphérique et la réalité du vide), Pascal fut surtout un écrivain éblouissant, un psychologue hors pair, un théologien et un mystique rigoureux, et, enfin, l’un de nos plus profonds penseurs. On lui dénie parfois le titre de philosophe, parce qu’il n’a pas inventé de système. C’est qu’il a compris, après Montaigne et avant Nietzsche, la fausseté de tous. Ce chrétien ne croit en rien, ou plutôt il ne croit qu’en Dieu: sur tout le reste – l’homme, la raison, la politique, l’amour –, il jette une lumière crue, qui fait ressortir nos mensonges, nos petitesses, nos illusions. Tout homme veut être heureux, constate-t-il, mais nul ne le peut ici-bas. On ne peut échapper au malheur que par la foi. Ou bien il faut échapper à Pascal. C’est en quoi tous, croyants ou non, ont intérêt à le lire.» Recommandé à ceux que les paradoxes philosophiques interpellent: l’infini et le néant, la foi et la raison, l’âme et la matière, la mort et la vie, la misère et la grandeur, le sens et la vanité.

  5 «Totalité et infini» d’Emmanuel Levinas (1961)

Parce qu’il annonce le XXIe siècle, une époque où les grands systèmes philosophiques ne nous parlent plus beaucoup, leur préférant l’éthique. Portée éthique dans les grands enjeux de société, responsabilité individuelle face à l’altérité et aux générations futures, rencontre avec l’autre. Juif français d’origine lituanienne, influencé par Martin Heidegger, il part d’une réflexion sur le génocide hitlérien pour construire sa théorie. Recommandé à tous les férus d’humanitaire et de morale altruiste. Afin de ne pas confondre philosophie et code moral, la méthode éprouvée des idéologues.

Quelques bonus Petite mise en jambes avant la course de fond.

– Qu’est-ce qu’une vie réussie? (2002), par Luc Ferry. Luc Ferry revient ici, de façon abordable, sur les réponses des principaux courants philosophiques à cette question et propose une nouvelle piste de réflexion. – Connais-toi toi-même… et fais ce que tu aimes (2012), par Lucien Jerphagnon. Historien de la philosophie, grand humaniste, spécialiste de la Rome antique et belle plume, Lucien Jerphagnon réunit dans ce dernier livre Socrate et Gladiator, saint Augustin et Umberto Eco, avec profondeur, intelligence et verve. – La philosophie comme exercice du vertige (2011), par François Gachoud. Vertige de l’amour, de la mort, du temps, de la liberté, du désir, du doute, du mal… Partant du constat que l’on ne comprend véritablement que ce qui nous ébranle et que nous sommes tous, un jour ou l’autre, confrontés à des sentiments puissants, l’auteur fribourgeois offre une initiation pratique à la philosophie.

Credits photos: Dr

Laure Lugon

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