Bilan

Les jeunes Jedi de la joaillerie

Agés de moins de 30 ans, des artisans, suisses et français, ont ouvert ateliers et boutiques au cœur de Lausanne et de Lyon. Portrait croisé d’une aventure humaine aussi risquée qu’exaltante.
  • A 26 ans, Vincent Michel dirige un atelier-boutique qui porte son nom à Lausanne.

    Crédits: Wavre/lundi13
  • A Lyon, Svetlana de Voronine, 25 ans, a fondé l’Atelier Joaillier avec Richard Larget, 23 ans.

    Crédits: Lebé

Comme les Jedi de la Guerre des étoiles, leur énergie se nourrit de la force vivante, de la connaissance et de l’autodiscipline. La force vivante des joailliers Vincent Michel (26 ans), Svetlana de Voronine (25 ans) et Richard Larget (23 ans), c’est la réalisation de leur rêve d’enfant; la connaissance, c’est l’initiation aux secrets de l’un des métiers les plus anciens; l’autodiscipline, c’est un travail sans relâche pour la maîtrise non pas du sabre laser mais du métal au service de la pierre précieuse. 

Bien avant de remporter le Championnat de Suisse de bijouterie en 2009 destiné aux apprentis de dernière année, Vincent Michel est fasciné par le feu qui sort du chalumeau du bijoutier Carlo Fasola, à Estavayer-le-Lac (FR), chez qui il fait un stage dès l’âge de 12 ans. Avec une mère dessinatrice en bâtiment et un grand-père ébéniste avec lequel il bricole à haute dose, le jeune garçon apprend vite à manier pinces et limes et à monter chez lui un petit atelier de joaillerie.

Svetlana de Voronine, détentrice d’un CAP de sertissage (équivalent du CFC suisse), garde comme un trésor une plaque offerte par son beau-père sur laquelle sont collés des minéraux avec leurs noms et provenance. Quant à Richard Larget, bijoutier de formation comme son père et ses grands-parents, il rêve dès son adolescence de créer sa propre entreprise. Comment ces jeunes artisans ont-ils pu si vite passer du rêve à la réalité, Vincent en s’installant au pied de la cathédrale de Lausanne avec Laurence en mars 2016, Svetlana et Richard au cœur de Lyon, à deux pas de la célèbre place Bellecour, avec l’Atelier Joaillier ouvert en juin 2015? 

Recherche de financement 

Le talent attirerait-il le succès aussi inexorablement que l’aimant attire la limaille de fer? Car si des embûches parsèment le parcours des jeunes joailliers, les événements conduisant à leur succès semblent s’enchaîner naturellement comme les perles d’un collier qu’on enfile les unes après les autres. «Si tu veux t’installer, personne ne te prêtera de l’argent», dit-on à Vincent, qui cependant obtient «facilement» une ligne de crédit de la Banque UBS pour financer un fonds de commerce, un complément d’outillage et des travaux de rénovation budgétés à environ 75  000 fr. Vincent ne part pas de zéro.

En 2009, âgé de seulement 19 ans, il s’est déjà mis à son compte, partageant une place de travail avec deux autres artisans, place Pépinet à Lausanne. Il a eu sept ans pour se perfectionner, développer une clientèle et même engager une bijoutière, Laurence, qui l’a suivi dans son présent atelier-boutique. La banque a sans doute apprécié son chiffre d’affaires, en hausse régulière, qui atteint aujourd’hui quelques centaines de milliers de francs. 

De l’autre côté de la frontière, c’est un peu plus compliqué. Las de sa condition de salarié allègrement exploité, Richard se fait embaucher par le patron de Svetlana, avant que les deux joailliers – qui se sont connus durant leur formation – ne décident de s’associer et de devenir indépendants. A eux deux, ils disposent de 40  000 euros d’économies.

Ce montant est certes insuffisant pour racheter un fonds de commerce pourtant vendu à un prix bradé, faire des travaux de rénovation, s’équiper en outils, constituer un stock. Mais il est trop élevé aux yeux de Rhône Développement Initiative (RDI), une association d’aide aux créateurs d’entreprises, qui refuse de les aider à obtenir un prêt d’honneur à taux zéro et des garanties sur emprunt bancaire.

Malgré un manque à gagner de 20 000 euros, Svetlana et Richard parviennent à monter leur entreprise dont le chiffre d’affaires augmente mois après mois. Depuis le début, ils se versent des salaires fort modestes ne dépassant pas 1500 euros. Mais dans une France économiquement fragile, c’est quasiment un exploit. La vente de quelques montres de la marque suisse Davosa Watches leur assure un complément financier bienvenu.

Joaillerie vivante 

Dans leurs actes créateurs, les joailliers perçoivent les aspirations les plus secrètes de leurs clients avant de les réaliser, comme l’alliance de cet homme dans laquelle Svetlana a découpé la forme de
la bague de sa fiancée. Soigner la relation, c’est aussi le sceau de cire que Vincent pose au chalumeau sur l’emballage cadeau du bijou que son client vient d’acheter. A la qualité du geste d’un travail à l’ancienne, qui se conjugue néanmoins avec un site web méticuleusement entretenu, s’ajoute un sens aigu des responsabilités.

Vincent affirme s’approvisionner auprès de fournisseurs de diamants lui garantissant que ces derniers ont été extraits dans des conditions sociales et environnementales sans reproche. Quant à l’or fourni, il est entièrement recyclé. Depuis deux ans, l’or Fairtrade Max Havelaar vient compléter les stocks. Quant à l’Atelier Joaillier de Lyon, il s’approvisionne également en diamants propres, selon Svetlana et Richard. Reste les pierres de couleur dont la traçabilité demeure hélas quasi impossible. 

Ces Jedi de la joaillerie, qui ne comptent pas leurs heures, sont encore au tout début de leur développement. Mais face au côté obscur de la force illustrée par une conjoncture plutôt défavorable, ils ont appris à faire rayonner le côté lumineux de leur passion et de leur engagement.  

Philippe Le

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