Bilan

Les flippers vibrent encore en Suisse

A l’heure des jeux en ligne et de la disparition des flippers dans les cafés et restaurants, on aurait pu croire à l’extinction de ces jeux mécaniques. Bien au contraire.
  • Kurt Schober, à Meinier (GE), un des rares vendeurs et réparateurs de flippers.

    Crédits: Thierry Parel
  • Le site flipsetcinema.ch diffuse une liste des lieux romands où jouer au flipper.

     

    Crédits: Thierry Parel

Difficile d’amortir un flipper acheté près de 7000 francs. Après avoir partagé les recettes avec le propriétaire de la salle ou du restaurant, son gérant doit gagner environ 135 francs par semaine. En 1996, le célèbre fabricant Gottlieb (rebaptisé Premier Technology) ferme ses portes. En 1999, c’est au tour de Bally d’être «game over». Tous deux sont victimes de la déferlante des consoles vidéo (PlayStation, Nintendo et Xbox). Seul Stern parvient à survivre. Selon son président, l’entreprise a vendu plus de 5000 machines en 2012.

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On est loin du dernier succès, datant de 1992, avec le modèle «The Adams Family», vendu à plus de 20'000 exemplaires. Cela étant, le vent a tourné depuis quelques années. Non seulement de plus en plus de privés se sont offert un rêve de jeunesse, mais, en plus, de nouveaux fabricants se sont lancés, à commencer par Jersey Jack Pinball qui a sorti en 2013 «Wizard of Oz».

Un phénomène de génération

Les ludobistrophiles, comme on appelle les collectionneurs de flippers, sont toujours plus nombreux. «C’est un phénomène de génération. Ceux qui ont joué avec quand ils étaient adolescents ont désormais les moyens de s’en offrir un pour réaliser un vieux rêve. Il faudra voir, par contre, ce qu’il adviendra de ce regain d’intérêt dans vingt ans», observe Christian Gaillard, 46 ans, à la tête d’Electrojeux qui possède un parc de 300 flippers. C’est ce dernier qui a loué à la société vaudoise Molotov Events, organisatrice du Swiss Flipper Tour, la plupart des machines mises à disposition dans des centres Coop entre 2015 et 2017. 

A la tête de Molotov Events, Pierre Dupertuis ne cache pas sa passion pour ce jeu. Il possède d’ailleurs une vingtaine d’appareils. Voilà pourquoi il a créé en 2015 le Championnat de Suisse de flipper, intégré au sein d’IFPA (International Flipper Pinball Association), et dont le champion est ensuite convié au Championnat du monde. Un quadragénaire suisse, Robert Sutter, était un temps le 3e meilleur joueur du monde.

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«La quasi-totalité des 25 personnes qualifiées pour la finale suisse possède au moins un flipper. Ils s’entraînent dessus, participent à des tournois dans toute l’Europe et se connaissent tous», relève Pierre Dupertuis. Qui précise qu’il utilise toujours les derniers modèles de flippers mis sur le marché pour les qualifications «afin que chacun ait ses chances». Cela étant, certains passionnés n’hésiteraient pas à s’en offrir un exemplaire pour mieux se préparer…

Parmi les récents modèles, citons «Aerosmith» (2017) doté d’un écran LCD à la place des afficheurs traditionnels (Stern, à partir de 6900 euros), «Star Wars» (2017), «Pirates of the Caribbean» (2017), «Game of Thrones» (2015), «The Hobbit Black Arrow» ou encore celui sorti à l’occasion des 50 ans de la marque automobile Mustang. 

Une machine coûte en moyenne entre 2500 et 7500 francs 

Depuis 2005 environ, de plus en plus de privés franchissent le pas, soit à partir du moment où les salles de jeux ont fermé leurs portes et où les flippers ont déserté les cafés, bars et restaurants. Il s’est même créé un site internet en Suisse qui propose une liste (à peu près à jour) des endroits où l’on peut aller jouer au flipper. Il indique même le nom des quelque 250 appareils recensés, répartis entre
une dizaine de cantons. La Suisse romande en compte une centaine, dont la moitié se situe sur Vaud (le FunPlanet de Villeneuve en propose 8). Ainsi, pour découvrir le dernier-né de Stern, «Aerosmith», il faut se rendre soit au Bowling du Flon à Lausanne, soit au XL Bowling de La Chaux-de-Fonds. 

Les privés qui optent pour une acquisition vont devoir débourser entre 2500 et 7500  francs en général. Reste ensuite la question de l’entretien et des réparations. Les personnes capables d’effectuer ces tâches ne sont pas légion. Dans la région genevoise, il n’y a plus guère que Kurt Schober qui s’en charge, mais cela représente un certain coût. Il a ainsi récemment récupéré un vieux modèle de flipper «Kiss» dont le client ne voulait pas débourser 2000 fr. pour une restauration complète, avec changement des parties en caoutchouc, entre autres.

La personne en question a préféré se choisir un autre appareil. Il faut dire que cet ancien mécanicien spécialisé dans les installations de sécurité est un perfectionniste. Il rechigne ainsi à reprendre
des flippers qui ont été en service dans des cafés-restaurants: «Ils ont souvent été mal entretenus. Je préfère faire des rachats ou des échanges avec des privés. Cela va souvent de pair avec un juke-box.» Il faut savoir que sa société Juke-Box Center est spécialisée dans ces derniers. Dans son antre, on trouve également des dizaines de milliers de 45 tours, la matière première pour alimenter ces appareils, principalement des Wurlitzer.

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Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef adjoint à Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également responsable du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches.

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