Bilan

Les expéditions scientifiques fascinent les voyageurs avertis

Aux antipodes du tourisme clinquant, apprendre la faune et la flore d’une région séduit toujours plus les ultrariches. Cette tendance révèle aussi leur besoin croissant de mêler écologie et luxe.
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  • La Colombie possède une faune et une flore d’une richesse rare

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  • Martin Vernier emmène ses clients au cœur de l’Himalaya

     

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Ils pourraient passer leurs vacances sur le ponton d’un yacht ou dans la villa tout confort d’une île paradisiaque. Au lieu de cela, certains ultrariches préfèrent se cultiver. Et ils sont de plus en plus nombreux à faire ce choix selon Quentin Desurmont, propriétaire de l’agence Peplum et fondateur du label Traveller Made : « Le voyage expérientiel sur la trace des pionniers, une sorte d’expédition d’antan, fait partie des grandes tendances actuelles. Les personnes aisées veulent vivre plus longtemps tout en se cultivant en permanence. Il y a l’idée d’un esprit sain dans un corps sain. »

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Cette idée plaît tout particulièrement en Suisse alémanique où les « travel designers » croulent sous les demandes. Roman Sägesser, propriétaire de RSelection à Zurich, a un avis bien tranché sur les raisons de ce succès : « L’aspect écologique explique le plébiscite de ces périples. Le bling-bling, c’est fini! Nos clients partent en Russie, en Papouasie-Nouvelle-Guinée ou en Extrême-Orient, ils souhaitent vivre des aventures sauvages avec des spécialistes déjà présents sur place.»

Pour Monika Wyss, directrice de l’agence lucernoise Travel Gallery et 25 ans d’expérience au compteur, c’est le continent africain qui recèle le plus grand potentiel : « La Namibie, le Botswana et l’Afrique du Sud disposent d’une faune et d’une flore incroyables. Pour les voyageurs fortunés, les scientifiques représentent une véritable valeur ajoutée car ils connaissent parfaitement l’environnement. »

Sur le cratère d’un volcan

En Suisse romande, les ultrariches se tournent rarement vers les agences de voyages pour mettre sur pied ce type d’expédition. Chez Horizons Nouveaux à Verbier, on confie ne pas avoir de véritables demandes. Au sein de VickyH Destinations à Genève, le directeur Nicolas Ambrosetti doit faire appel à sa mémoire pour affirmer : « De telles demandes sont très minoritaires. Ces dernières années, nous n’avons organisé que deux séjours de ce genre. Un dans la vallée du Rift en Ethiopie avec des anthropologues et un autre avec des archéologues à la découverte de certains temples secrets d’Angkor au Cambodge. »

Généralement, les familles fortunées établies en Romandie préfèrent opter pour un contact direct avec un scientifique. Thierry Basset, géologue et volcanologue genevois, l’a bien compris. Après avoir terminé ses études de volcanologie à l’Université de Genève, il décide de se mettre à son compte en 1999. Depuis, il emmène des familles aux quatre coins du globe : Islande, Italie, France, Guatemala ou encore Nouvelle-Zélande.

Au programme, treks naturalistes et trésors archéologiques, mais sa spécialité reste la découverte des volcans : « Peu de gens connaissent l’île de Milos en Grèce, c’est pourtant un endroit fabuleux! Ses paysages volcaniques cachent d’innombrables gisements de roche et de minéraux. Les traces remontent à la Préhistoire, mais elles sont encore bien visibles et accessibles aux randonneurs curieux. »

Découvertes archéologiques

Avec une clientèle de plus de 50 ans, les scientifiques devenus guides à plein temps peuvent s’appuyer sur un pouvoir d’achat permettant des circuits personnalisés. Depuis 1994, Martin Vernier, archéologue vaudois établi dans le petit village d’Essertes, applique les mêmes méthodes que les agences de voyages haut de gamme : « Avant de partir, je rencontre plusieurs fois mes clients afin de comprendre leurs moindres désirs. Les familles fortunées décident toujours de me privatiser et de choisir une destination exceptionnelle et lointaine. Je leur propose du sur-mesure, mais rien d’ostentatoire. Les riches en ont marre du superficiel, ils veulent apprendre, sortir des sentiers battus et surtout vivre des moments puissants. Manger avec les mains, assis par terre, ils adorent cela. »

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Ses périples archéologiques, il les mène dans des contrées invitant à la retraite spirituelle. L’enclave tibétaine du Mustang au Népal, les Etats du Karnataka et du Maharashtra en Inde, la région du Bumthang au Bhoutan ainsi que l’île japonaise de Shikoku, font partie de ses terrains d’exploration préférés. Compter en moyenne 6000 fr. par personne pour deux semaines, vol non compris. Les familles ne souhaitant pas tout partager avec un scientifique peuvent aussi faire le choix d’en rencontrer un sur place.

Installée au Bhoutan depuis 1980, l’ethnologue et tibétologue française Françoise Pommaret organise de tels moments pour des touristes du monde entier. Avec l’idée de transmettre son savoir au plus grand nombre: « Mon travail de chercheuse ne doit pas servir qu’à une élite académique. Les questions tournent autour de la structure de la société au Bhoutan, la position des femmes, le rôle de la religion, le système politique ou encore le concept du bonheur national brut. Les gens ont un vrai désir de comprendre la société et la culture du pays visité. Les scientifiques leur apportent une caution de sérieux avec des informations issues de longs travaux de recherche. » 

Au cœur de la jungle

Inviter les voyageurs à rejoindre des scientifiques déjà établis, c’est aussi le principe des Nomad Lodges. Nichés dans la jungle colombienne au bord de l’Amazone, ces luxueux bungalows promettent une expérience unique dans une nature luxuriante. Passionné de voyages depuis sa plus tendre enfance, le Genevois Pierre-André Kruger a décidé de tout plaquer pour réaliser ce projet : « Nous accueillons des ornithologistes, des biologistes et des botanistes. Notre clientèle a l’habitude de se déplacer en première classe et de dormir dans des palaces. Quand ils découvrent la faune et la flore de la région, ils pleurent parfois d’émotion. »

Convaincu de l’immense potentiel de l’écotourisme de luxe, l’entrepreneur ne compte pas s’arrêter là: « Nous avons deux autres projets en Colombie. Le premier, dans la région du café, permettra aux touristes d’accompagner des archéologues à la découverte des plus anciens tombeaux du pays. L’autre se situera sur la côte Pacifique avec un apprentissage de la faune marine et des espèces végétales. Dans un avenir proche, nous espérons également ouvrir des Nomad Lodges au Pérou, en Argentine, au Chili et en Bolivie. Notre concept permet d’offrir des moments simples avec une relation authentique aux gens et aux choses. Nous y croyons pleinement car le tourisme de demain sera forcément écologique. »

Ce succès grandissant des expéditions scientifiques, Quentin Desurmont l’interprète également comme le sacre de la nature : « En Australie, certains voyageurs partent découvrir les vertus médicinales des plantes. Ils sont accompagnés d’un guide qui passe un mois par année au sein des communautés aborigènes. Les scientifiques sont enchantés de pouvoir accompagner une clientèle fortunée car c’est aussi une bonne occasion de pouvoir récolter des dons pour leurs fondations. Ces périples permettent un retour aux fondamentaux. »

Fabio Bonavita

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