Bilan

Les 10 oeuvres les plus chères de 2013

L'année dernière, le marché de l'art a affiché une insolente santé. 2014 devrait faire encore mieux.
  • "Three Studies of Lucian Freud", Francis Bacon, 1969: 142 millions de dollars

    Aux enchères, un clou chasse l'autre. Comprenez que les records qui s'y enregistrent ne tiennent jamais très longtemps. Achetée en 2012 pour la bagatelle de 119, 9 millions de dollars, la quatrième version du Cri d'Edvard Munch était le tableau le plus cher jamais vendu en vacation. Depuis le 12 novembre 2013, le fantôme du peintre nordique s'est évanoui au profit de ce triptyque de Francis Bacon vendu chez Christie's à New York pour 142 millions de dollars et représentant trois fois Lucian Freud dans le style tourmenté typique de l'artiste anglais.

  • "Silver Car Crash (Double Disaster)", Andy Warhol, 1963: 105 millions de dollars

    Pas de palmarès des oeuvres les plus chères sans un Warhol qui traîne dans un coin. L'artiste du Pop Art avait traversé les années 80 un peu mollement. Revigorés depuis 2000, au point de devenir en 2012 le peintre le plus cher de l'année avec 329 millions de dollars de résultat d'enchères cumulés (selon Artprice), ses travaux battent régulièrement des records de vente. Ce monumental Silver Car Crash peut carrément se prévaloir d'être la peinture de Warhol la plus onéreuse de tous les temps. Peinte en 1963, elle reprend ces images de "mort et de désastre" que l'artiste va démultiplier au début de sa carrière.

  • "Balloon Dog (Orange)", Jeff Koons, 1994-2000: 58,4 millions de dollars

    On aime ou on déteste ses sculptures bibendum post-pop tellement bling, tellement marché de l'art. Même s'il faut reconnaître à Jeff Koons une forme artistique de génie des affaires. L'un des artistes les plus banquables du moment s'installe régulièrement dans le top 10 des enchères les plus élevées de l'année. En 2013, il a carrément pris la place de l'artiste vivant le plus cher du monde avec ce puppy rutilant vendu chez Christie's 58,4 millions de dollars. Acheté en 2000 par l'homme d'affaire et maxi collectionneur Peter Brant, ce Balloon Dog appartient à une série de cinq dont les autres exemplaires appartiennent aux grosses fortunes de la planète. Steve Cohen possède la version jaune, François Pinault la rose, Dakis Joannou la rouge et Eli Broad la bleu. Le nouveau propriétaire de l'orange a préféré rester anonyme.

  • "Number 19", Jackson Pollock, 1948: 58, 3 millions de dollars

    100'000 dollars en dessous du Koons, voici Number 19 de Jackson Pollock. Le plus sauvage des tenants de l'Expressionisme abstrait, peint cette toile enchevêtrée pile pendant la période de trois ans (entre 1947 et 1950) où il va parfaire sa technique du dripping. Le tableau avait déjà été vendu chez Christie's en 1993. Son prix? Une paille: 2'422'500 dollars. Jolie plus-value.

  • "Coca-Cola (3)", Andy Warhol, 1962: 57,2 millions de dollars

    Encore un Warhol. Il faut dire que l'artiste a énormément produit et sur tous les supports. Ce tableau d'une bouteille de Coca-Cola a le double intérêt (commercial et historique) d'être très grand - il est de taille humaine - et de représenter l'un des motifs iconiques dans l'oeuvre de l'artiste américain (avec les dollars, Marilyn, les boîtes de soupe Campbell et Elvis). La toile de 1962 appartenait à la famille Mugrabi qui en possède 800 autres. Ce qui fait de cette collection consacrée au pape du Pop, la plus importante en main privée.

  • "Woman with Flowered Hat", Roy Lichtenstein, 1963: 56,1 millions de dollars

    Pop et repop. Le marché de l'art tend à résumer le Pop Art à deux artistes: Andy Warhol et Roy Lichtenstein. Et tant pis pour les autres (Robert Rauschenberg, Richard Hamilton, Tom Wesselman, James Rosenquist etc.) qui se vendent, certes, très bien aussi, mais beaucoup moins chers. Inspirée d'un portrait de Dora Maar par Picasso, cette femme au chapeau fleuri apparaît au début de la carrière du peintre américain qui piquera surtout ses images dans les comics. Le diamantaire Laurence Graff se l'est offert chez Christie's le 15 mai 2013 pour fêter son 75e anniversaire.

  • "Dustheads", Jean-Michel Basquiat, 1982: 48, 4 millions de dollars

    L'amour entre Jean-Michel Basquiat et ses collectionneurs ne faiblit pas. Le New-yorkais fait toujours recette auprès des acheteurs qui adulent son travail violent et frénétique, son style street et sa biographie d'artiste junkie. Cette toile coïncide avec le début de la reconnaissance du peintre sur la scène de Soho. Il exécute alors ces "Dustheads" dans le sous-sol que la galeriste Annina Nosei, son premier sponsor, lui a mis à sa disposition, là même où The Radiant Child - comme l'appelait l'artiste René Ricard dans un article publié dans Art Forum - se transforma en Jean-Michel Basquiat.

  • "Untitled (no 11)", Mark Rothko, 1957: 46,1 millions de dollars

    Cette toile orange et blanche ne détrônera par Orange, red, yellow vendu 81 millions de dollars en 2012. Pas grave. Le peintre américain, représentant éminent de l'Expressionisme abstrait, jouit toujours d'une cote confortable auprès des collectionneurs qui aiment ses abstractions atmosphériques et ses champs de couleurs hautement méditatifs qui donnent l'impression à celui qui les regarde d'être aspiré dedans.

  • "Saying Grace", Norman Rockwell, 1951: 46 millions de dollars

    Le peintre américain par excellence, celui des Thankgiving en famille et des jamborees scouts, des enfants polissons et de la vie quotidienne dans le plus grand pays du monde. Artiste et illustrateur précis et minutieux préfigurant l'hyperréalisme des années 1960, Rockwell dépeint une Amérique d'image d'Epinal, clean et toute blanche dont la cote des représentations augmente parfois de manière fulgurante. Le dernier record pour l'une de ses peintures datait de 2006. Breaking Home Ties représentait un jeune fermier quittant la campagne pour la ville. La toile repartait de chez Sotheby's pour la somme de 7,5 millions de dollars. Une performance atomisée en décembre 2013 avec la vente, par la même maison, mais pour 46 millions de dollars de cette scène pieuse dans un café bondé.

  • "Femme assise près d'une fenêtre", Picasso, 1932: 44,9 millions

    Acheté chez Christie's en 1997 pour 7,5 millions de dollars, Femme assise près d'une fenêtre retournait à l'encan en 2013, mais chez Sotheby's cette fois, où il repartait contre 44,9 millions de dollars. La toile de 1932 représente Marie-Thérèse Walther, jeune modèle de 17 ans amante de Picasso et mère de Maya. Outre sa biographie et son style, le prix du tableau se justifie par le fait que la plupart des oeuvres ayant Marie-Thérèse pour sujet se trouvent exposées dans des musées.

Bon an mal an, le marché de l'art tient toujours bon la rampe. En 2012 il avait engrangé 10,64 milliards de dollars, un chiffre en légère baisse par rapport à 2011, année record, et ses 11, 78 milliards de billets verts.

2013 aura donc encore fait mieux en enrichissant de 12,05 milliards ses acteurs. Une performance qu'Artprice, l'entreprise qui compile tous les résultats de ventes aux enchères à travers le monde, prédit d'ores et déjà en dessous des résultats de 2014. Cela dit, 2013 enregistre également un autre record: celui du nombre de très belles pièces d'art moderne restées invendues. Le succès des uns compensant donc les déconvenues des autres.

Encore une chose: le classement qui suit ne prend en compte que les oeuvres achetées aux enchères. Les pièces échangées de gré à gré le sont souvent à des prix plus élevés, mais leurs transactions demeurent totalement secrètes. A l'exception de celle du Rêve de Pablo Picasso. Une petite folie qui coûta la somme colossale de 155 millions de dollars à l'homme d'affaires Steve Cohen.

Reste à savoir quelle sorte d'art les acheteurs, principalement chinois et américains, regardent avec les yeux de l'amour remplis de dollars? Pas d'immense surprise à l'arrivée de la course. Picasso, Bacon, Rothko, Warhol... Comme chaque année, le casting qui truste ce marché réservé aux poids lourds se suit et se ressemble. Petit tour des 10 oeuvres les plus chères de 2013.

Emmanuel Grandjean

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