Bilan

Les milliards de la boxe

De la boxe, on connaît les grands combats retransmis en Mondovision, souvent depuis Las Vegas, et les sommes exorbitantes touchées par les stars du sport. Mais les millions empochés par les plus grands ne représentent de loin pas le quotidien des milliers de professionnels qui tentent de vivre de ce sport.

Crédits: AP / Eric Gay

Floyd Mayweather a récemment empoché 500 millions de dollars pour deux combats. Mais pour un Mayweather dont la fortune est estimée à 1 milliard de dollars, il y a des milliers de pros et semi-pros qui ne dépassent pas les 20’000 dollars par an. Trois légendes vivantes, George Foreman, Lennox Lewis et Evander Holyfield, ont accepté de débattre du sport qu’ils connaissent par cœur, mais aussi de l’influence de l’argent et des sponsors dans la boxe.

A 70 ans, Foreman a été deux fois champion du monde dans la catégorie poids lourds et médaille d’or aux Jeux olympiques de 1968. A 56 ans, Evander Holyfield a réussi la prouesse d’être le champion incontesté des lourds-légers puis des poids lourds à la fin des années 80. Le plus jeune des trois, Lennox Lewis, aujourd’hui âgé de 53 ans, a été triple champion super-lourds et médaille d’or aux JO de 1988. Il a connu 44 combats dont 41 victoires. Cette rencontre exclusive pour le magazine Bilan Luxe s’est déroulée à l’Hôtel Wynn de Vegas en mai dernier avant la Nuit des champions, parrainée par les montres Hublot.

La boxe a longtemps été vue comme un sport du peuple avant de devenir ces dernières décennies une discipline qui brasse des milliards chaque année, avec des combats retransmis sur les télés du monde entier. Comment jugez-vous cette évolution ?

Lennox Lewis : Nous avons tous les trois vécus cette évolution durant notre carrière.

George Foreman : S’il y a une chose qu’un boxeur doit rapidement apprendre lorsqu’il commence à être payé pour des combats, c’est de devenir un businessman pour ne pas se faire bouffer par les vampires qui rôdent dans ce sport.

Est-ce que les champions de boxe ne projettent pas une mauvaise image du sport en dépensant des fortunes pour des objets de luxe qu’ils affichent en public ?

LL : La première vérité du sport est qu’aucun jeune ne veut devenir champion de boxe pour faire du sport. Tous sont nés pauvres. Si vous rencontrez un boxeur qui vous dit qu’il a commencé à monter sur un ring et se prendre des coups par amour de la compétition, c’est un menteur (rires). C’est pour le fric !

GF : Je ne connais pas un seul champion qui n’a pas un jour croisé le chemin d’un entraîneur ou d’un agent qui lui a fait miroité des millions parce qu’il avait les qualités pour devenir un gagnant !

Evander Holyfield : La boxe n’est pas un sport comme les autres. C’est un mode de vie qui s’est développé dans les quartiers pauvres. Quand un jeune, presque toujours Noir, est un athlète, fort, grand, musclé et qui a la rage au ventre, il va forcément aller faire de la boxe. L’autre option, c’est de se faire exploiter sur des chantiers ou dans n’importe quel job difficile qu’un Blanc ne ferait jamais.

Que dire des nombreuses marques de luxe qui courtisent les champions de nos jours ?

GF : Cela a été une progression naturelle qui a pris de la vitesse avec la montée en puissance des réseaux sociaux. A mon époque, on était content quand Nike ou une marque de sportswear nous payait pour être ambassadeur.

EH : Aujourd’hui, tout est négocié en fonction du nombre de followers sur Instagram, par exemple, et des marques de prestige comme Jaguar qui s’y intéressent.

LL : Pendant très longtemps on considérait la boxe comme une discipline beaucoup trop violente et pas assez « haut de gamme » pour attirer des marques de luxe. Les Suisses ont été parmi les premiers à aider à changer cette perception. Je dois dire que c’était une sacrée bonne décision marketing de la part de Hublot, car tous les fans de boxe connaissent la marque à présent.

Qu’apporte un partenaire comme Hublot, par exemple, dans la boxe ?

EH : Ricardo Guadalupe, CEO de la marque, a tout de suite compris l’importance d’avoir des sportifs qui font rêver plusieurs générations. Leur implication dans la boxe est un acte gagnant pour ces montres comme pour ce sport. Le luxe participe à positionner l’image d’un champion d’une manière positive.

GF : La boxe est vue davantage comme un art noble depuis que de grandes marques de luxe s’y intéressent et sponsorisent des combats à Vegas ou ailleurs. Soutenir la Nuit des champions, une action souhaitée par cette marque, est unique, car elle nous permet d’aider les héros des rings qui ont tout perdu. C’est un grand geste du cœur.

Plus concrètement, qu’est-ce que cette action apporte au sport ?

LL : Sans la générosité d’un tel partenaire, tout cela ne serait pas possible. L’édition 2019 a permis de récolter des dons de plus d’un million de dollars (ndlr: chiffre exact 1,2 million). Cet argent est utilisé par le WBC José Sulaiman Boxers Fund pour aider financièrement des boxeurs à la retraite qui n’ont plus de revenu ni d’aide pour survivre.

EH : Le fond aide à payer leurs soins de santé, leur maison de retraite, par exemple.

LL : Tout le monde ne devient pas champion. On connaît tous des dizaines de grands boxeurs qui ont donné leur vie, leur transpiration et leurs corps au sport, mais qui n’ont rien reçu en retour. Cette initiative est là pour les aider.

GF: Pour nous, c’est l’un des plus beaux jours de l’année car on se retrouve entre potes et anciens compétiteurs. On s’amuse, on passe une excellente soirée et on aide à ramasser de l’argent pour aider nos collègues qui n’ont pas eu la même chance que nous… Et on reçoit une sublime montre suisse en cadeau (ndlr: Foreman fait un clin d’œil).

LL : Il existe un vrai sentiment de famille dans la boxe. Un boxeur comprend davantage la vie à chaque combat, qu’il soit gagné ou perdu. Nous n’avons pas besoin de nous battre lorsqu’on se retrouve pour un gala, bien au contraire. Il y a un respect mutuel énorme.

EH: En fait, je crois que nous nous protégeons, car ceux qui n’ont pas connu les rings de boxe ne peuvent pas comprendre le courage qu’il faut pour un combat. Tous les boxeurs ont en commun la volonté de travailler dur, du dépassement de soi physique et mental… Et une certaine dose de chance pour arriver au sommet.

Comment voyez-vous l’évolution de la boxe à travers le monde et plus particulièrement en Suisse ?

LL : Etant Anglais de naissance, je sais qu’il existe des centaines de milliers de jeunes boxeurs en Europe. La Suisse n’a jamais produit de grand champion au niveau mondial, mais cela ne veut pas dire que ça n’arrivera jamais. La hargne de réussir à se sortir d’un milieu difficile et le dépassement de soi, c’est quelque chose d’universel.

(Crédits: Omar Vega)

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