Bilan

Les fils et les filles de la Silicon Valley

L’ascension fulgurante des rois de la Silicon Valley est-elle compatible avec une réplicabilité du « succes model »? Tour d’horizon des héritiers de la tech. Mark van Huisseling

90 milliards, fortune du fondateur de Microsoft, Bill Gates, ici avec sa femme et ses trois enfants

Crédits: Gates Archive
21 milliards, héritage de Steve Jobs, fondateur d’Apple. Ici, sa fille Eve Jobs. (Crédits: Dr)

Quelques-unes des plus grandes fortunes de la planète appartiennent à des entrepreneurs qui ont développé ou commercialisé de nouvelles technologies. Jeff Bezos, fondateur et patron du supermarché en ligne Amazon, est actuellement l’homme le plus riche du monde avec, selon «Forbes», 112 milliards de dollars. Aux 2e, 5e et 10e rangs on trouve le fondateur de Microsoft Bill Gates (90 milliards), Mark Zuckerberg, de Facebook (71 milliards) et Larry Ellison, fondateur du fabricant de logiciels Oracle (59 milliards).

La génialité, la persévérance et la volonté des pères – dans le secteur technologique on trouve encore moins de femmes aux postes élevés que dans l’économie générale – sont-elles héréditaires? Possible. Mais il n’existe pas de dynasties au sens strict. Ou plutôt, peut-être qu’il n’en existe simplement pas encore. Car beaucoup de ces personnalités hors du commun qui ont adopté le modèle d’affaires numérique ont des enfants, mais ces derniers sont encore trop jeunes pour avoir tracé leur propre carrière. Après tout, la numérisation est l’une des évolutions les plus récentes de l’histoire économique; par ailleurs, certains de ces superentrepreneurs ont été eux-mêmes exceptionnellement précoces.

Jeff Bezos, 53 ans, marié depuis vingt-cinq ans avec la même femme, a trois fils et une fille, âgés de 13 à 18 ans. Bill Gates, 62 ans, et Melissa ont deux filles et un fils; l’aînée, Jennifer, 21 ans, est l’une des meilleures cavalières américaines de moins de 25 ans et son père lui a acheté plusieurs ranchs de chevaux pour plus de 40 millions. Et Eve Jobs, fille de Steve Jobs, fondateur d’Apple décédé en 2011 à 56 ans, et de Laurene Powell-Jobs, dont l’héritage pèse 21 milliards de dollars, est également cavalière de concours et étudie dans la même université que la fille de Gates. Il leur arrive de s’affronter en compétition. On ne sait pas grand-chose des CV des deux autres enfants Jobs-Powell, Reeds, le garçon de 26 ans, et Erin, l’autre fille de 23 ans. Lisa Brennan Jobs, l’aînée issue d’un premier lit, mène une existence retirée et passe pour peu matérialiste, de sorte que les 10 millions qu’elle a reçus de son père devraient lui suffire. Cela dit, Bill et Melissa Gates ont annoncé qu’ils ne laisseraient pas des milliards à leurs enfants mais des montants de l’ordre de dizaines de millions «seulement», puisqu’ils envisagent de consacrer le reste à des causes charitables.

112 milliards, fortune de Jeff Bezos, fondateur d’Amazon. Ici avec sa femme et ses quatre enfants. (Crédits: Todd Williamson)

Larry Ellison, 74 ans, voit les choses autrement: le fondateur d’Oracle a acheté à son fils David, âgé aujourd’hui de 35 ans, un avion alors qu’il fréquentait encore l’école. Papa Ellison professait que l’argent est comme l’alcool: mieux vaut apprendre à le manier tôt à la maison que plus tard dans la rue. David est producteur de cinéma tout comme Megan, sa cadette de trois ans, connue pour être à Hollywood l’interlocutrice idéale pour les comédiens et scénaristes dotés de grandes ambitions pour de bons films sans trop de perspectives commerciales. On dit qu’elle a payé de sa poche 45 millions de dollars pour «Zero Dark Thirty», film consacré à la traque d’Oussama ben Laden qui a valu à Jessica Chastain de multiples distinctions pour son rôle principal.

59 milliards, fortune de Larry Ellison, fondateur d’Oracle. Ici avec ses deux enfants. (Crédits: Lester Cohen)

Michael Dell, le producteur de PC à la fortune de 24 milliards, a quatre enfants. Les deux aînés, Alexa, 24 ans, et Zachary, 21 ans, semblent avoir hérité de son gène de startuppeur. Zach a notamment développé une application de recherche de partenaire destinée aux étudiants, sa sœur partageait la vie du patron de Tinder, développé une appli du même genre, avant de faire la connaissance d’un promoteur immobilier avec qui elle vit et travaille. Les enfants de Mark Zuckerberg, 34 ans, et de son épouse Priscilla Chan, médecin, n’ont encore que 2 ans et demi et 1 an. Elon Musk, 47 ans, fondateur de Tesla et de Space X, possède 20 milliards et a des jumeaux et des triplés, tous des garçons, les plus grands âgés de 14 ans. Cofondateur de Microsoft, Paul Allen est le célibataire le plus riche des Etats-Unis: 20 milliards, pas d’enfants. Tim Cook, 57 ans, patron d’Apple, et Peter Thiel, 50 ans, cofondateur de PayPal qui investit l’essentiel de ses 2,5 milliards dans des startups technologiques, sont homosexuels et sans enfants (Thiel s’est marié l’an dernier). Tim Cook a annoncé qu’il ferait un jour don de sa fortune, actuellement de 400 millions de dollars.

Si l’on compte les médias numériques au nombre des entreprises de technologie, il est loisible de décrire les Murdoch comme une dynastie: Rupert, 87 ans, pèse 19 milliards. Il y a soixante-cinq ans, il avait hérité de son père un journal régional australien. Ce sont surtout les TV à péage et les chaînes d’information qu’il a créées ou rachetées qui ont fait sa fortune, de même que des studios de cinéma. Il a eu quatre enfants avec sa première épouse, dont deux, Lachlan, 46 ans, et James, 45 ans, travaillent dans l’entreprise. Sa fille Elisabeth, 50 ans, dirigeait une entreprise de production de films qui fut reprise par l’une des entreprises paternelles, ce qui fut critiqué par les observateurs et les investisseurs. Rupert Murdoch a eu des jumeaux, aujourd’hui âgés de 15 ans, de son deuxième mariage avec Wendy Deng, qui travaillait pour l’une de ses TV à Hongkong.

Il apparaît donc que, dans les technologies, les dynasties soient encore dans les limbes. Mais il est bien possible que leur nombre reste moindre que celui d’autres branches telles que la mode et les articles de luxe. Beaucoup d’entrepreneurs de l’univers numérique sont devenus très riches en très peu de temps, ce qui rend probable que leur modèle de succès ne soit guère héréditaire, ni d’ailleurs réplicable. Car il est vraisemblable qu’ils ne doivent pas leur formidable ascension uniquement à leur génie, à leur persévérance et à leur capacité à s’imposer mais aussi au fait qu’ils ont commercialisé leur idée au moment précis où les temps et les circonstances étaient les plus favorables. C’est aussi ce qu’on appelle de la chance.

sean layland

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