Bilan

Les expos de l’automne invitent au voyage

Les musées de Suisse vous emmènent de l’Afrique à la Chine. Sélection des meilleurs rendez-vous de la rentrée.

Crédits: Dr

De belles expositions sont à voir à la rentrée en Suisse. La pandémie de coronavirus fait que certains rendez-vous, comme celui de l’artiste d’origine ghanéenne El Anatsui au Musée des beaux-arts de Berne, ont été prolongés jusqu’à cet automne. Une visite qui s’impose, car les artistes non occidentaux restent bien trop rares dans nos musées et nos galeries. Au Mamco de Genève, les travaux du Suisse Olivier Mosset, grande figure de la peinture abstraite, vont rester aux murs jusqu’à décembre. Et puis, la scène artistique suisse propose des nouveautés vivifiantes. Le Romand Julian Charrière propose une vision des défis environnementaux empreinte des découvertes scientifiques les plus récentes à l’Aargauer Kunsthaus. Dépaysement à Zurich, avec une exposition consacrée à l’art de représenter la nature en Chine au Musée Rietberg. Et un retour sur l’œuvre révolutionnaire de Jean Dubuffet au Musée d’ethnographie de Genève (MEG). C’est le moment de renouer avec ces lieux de culture et de rencontres qui nous ont tant manqué ce printemps.


Archéologie du futur

Julian Charrière a recours aux découvertes scientifiques les plus récentes pour élaborer ses créations. (Crédits: Dr)

Reconnu comme l’un des artistes les plus novateurs de sa génération, Julian Charrière associe dans ses travaux la recherche scientifique à une approche artistique. Ecologie, archéologie, géologie, physique et recherche historique se mélangent dans le but d’explorer l’intrication de la civilisation humaine et du paysage naturel. Livrant un message fort, ses créations où la lumière joue un rôle central sont empreintes d’une grande poésie. Né à Morges en 1987, Julian Charrière est actuellement basé à Berlin. Son œuvre est d’ores et déjà présente dans les circuits internationaux. Disciple de l’Islando-Danois Olafur Eliasson, l’artiste s’est rendu dans les régions les plus inhospitalières de la planète pour réaliser le film qui donne son nom à l’exposition, « Towards No Earthly Pole ».

« Towards No Earthly Pole », Julian Charrière, Aargauer Kunsthaus, jusqu’au 3 janvier 2021.


Une magie monumentale

(Crédits: Dr)

Au Musée des beaux-arts de Berne, les tapisseries monumentales d’El Anatsui contrastent joyeusement avec l’austérité des couloirs de pierre. De couleurs éclatantes, ces œuvres de taille gigantesque ont été créées à partir de minuscules capsules de boisson gazeuse, de minces bandes d’aluminium qui ceignent les goulots de bouteilles d’alcool local ou encore de minuscules logos reliés par une infinité de fils de cuivre. Ghanéen d’origine installé au Nigeria, El Anatsui (76 ans) se profile comme une figure tutélaire pour les artistes du continent africain. Ses réalisations figurent notamment dans la collection publique du MoMA (Museum of Modern Art à New York). Derrière l’énergie positive qui émane de son œuvre se cachent cependant des références douloureuses à l’esclavagisme et au colonialisme.

Les œuvres d’El Anatsui ont été conçues à partir d’éléments de récupération minuscules. (Crédits: Maximilian Geuter)

«El Anatsui, Triumphant Scale», Musée des beaux-arts de Berne, jusqu’au 1er novembre.

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Jean Dubuffet a créé une œuvre à la fois protéiforme et pleine d’humour. (Crédits: Dr)

Des gribouillis révolutionnaires

Pour ses détracteurs, il est resté jusqu’au bout un dessinateur de gribouillis. Peintre, sculpteur et écrivain, Jean Dubuffet (1901-1985) n’en a pas moins révolutionné la scène artistique du XXe siècle en l’enrichissant du concept de « l’art brut ». Le Français définit par ce terme les productions de personnes exemptes de culture artistique. Les œuvres sont signées par des patients d’hôpitaux psychiatriques, des prisonniers, des anarchistes ou encore des marginaux. Cet ami d’enfance de Raymond Queneau a fait un travail de pionnier en constituant la Collection de l’art brut, cédée à la ville de Lausanne. Parallèlement, ce natif du Havre a créé une œuvre protéiforme, où l’humour fait le lien entre le surréalisme et l’expressionnisme abstrait.

« Jean Dubuffet, un barbare en Europe », Musée d’ethnographie de Genève, jusqu’au 28 février 2021.

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Une radicalité fort peu helvétique

Figure centrale de la peinture abstraite de l’après-guerre, Olivier Mosset (75 ans) est certainement l’un des artistes helvétiques les plus méconnus dans son pays d’origine. Le Mamco propose de réparer cette injustice avec une rétrospective qui se déploie sur la quasi-totalité du musée. Installé depuis 1977 aux Etats-Unis, ce peintre aux allures de motard se plaît dans les grands espaces américains. Le plasticien affectionne les monochromes, les motifs comme les flèches, les cercles et les croix. Compagnon de route de Daniel Buren, ce natif de Berne finira par se disputer avec lui lorsqu’il dessinera à son tour des raies, marque de fabrique du Français. Acteur de la scène underground new-yorkaise des années 80, il participera avec une toile toute noire à la première exposition de Jean-Michel Basquiat et Keith Haring.

«Olivier Mosset», Mamco Genève, jusqu’au 6 décembre.


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Chine : passé-présent

Si l’on connaît la tradition historique de la représentation du paysage dans la culture chinoise, des œuvres récentes présentent une approche beaucoup plus inattendue. C’est là le plus grand mérite de l’exposition «Nostalgie de la nature» présentée par le toujours excellent Musée Rietberg à Zurich. Cette institution est consacrée aux cultures traditionnelles extra-européennes dans leurs aspects les plus actuels. Cet accrochage permet de découvrir des artistes contemporains chinois dont on ne soupçonne pas forcément sous nos latitudes la liberté d’expression et l’inventivité. Explorant la relation universelle entre l’homme et la nature, les 90 œuvres réunies à cette occasion couvrent six siècles d’histoire.

«Nostalgie de la nature, l’art chinois à l’écoute du paysage», Musée Rietberg à Zurich, jusqu’au 17 janvier 2021.

Omniprésent dans l’art chinois, le paysage se décline aujourd’hui aussi en tatouages. (Crédits: Dr)

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Une rencontre explosive

A l’instar de la Parisienne Niki de Saint Phalle et du Fribourgeois Jean Tinguely, le couple d’artistes biennois M.S. Bastian et Isabelle L. a développé un univers commun à la fois pop et explosif. La graphiste et le dessinateur de bandes dessinées s’inspirent de motifs des guerres du siècle dernier, ainsi que de figures mythologiques pour lui, et du manga japonais pour elle. Ensemble, ils créent un langage pictural commun détonnant, volontiers anarchique et macabre. Le tandem a vécu à Zurich, puis a fait un tour autour du monde avant de revenir poser ses valises à Bienne. L’exposition « Musée imaginaire » met en scène des travaux abordant les grandes questions du temps comme la violence et la conservation de l’environnement.

« Musée imaginaire », Musée d’art et d’histoire de Fribourg, espace Jean Tinguely.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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