Bilan

Les derniers rebelles de l’automobile

Normes de sécurité, limitations de vitesse et autres règles environnementales ont malheureusement contraint certains petits constructeurs à fermer leurs portes. Mais il en reste quelques-uns, irréductibles, qui continuent à produire des voitures politiquement incorrectes. Ce sont les derniers rebelles de l’automobile.

La Noble M600 Speedster

Crédits: (Crédits: Dr)

Noble

Lee Noble, ingénieur, designer et entrepreneur anglais, a imaginé plusieurs des créations les plus exotiques de ces dernières décennies, telles que l’Ultima MK1 ou l’Ascari GT. Mais Lee avait un problème: il était souvent en désaccord avec les marques qui l’embauchaient. Selon lui, toutes vendaient leurs voitures à des tarifs trop élevés. En 1999, Lee a donc décidé de fonder sa propre marque, Noble, dans la volonté de proposer au plus grand nombre des sportives à prix contenu. Pour parvenir à cet objectif, il a fait fabriquer les coques de ses voitures en Afrique du Sud. Celle-ci étaient ensuite transportées jusqu’au Royaume-Uni pour y être assemblées aux moteurs, Ford ou Volvo. Actuellement, la gamme est reconnue pour son modèle Noble M600 Speedster. Une supercar à l’ancienne: un bloc moteur V8 de 4.4 litres de cylindrée en provenance de chez Yamaha et préparé par Judd (société d’ingénierie automobile britannique), délivrant 650 ch dont la puissance passe aux seules roues arrière, sans assistance électronique. Il va falloir mouiller sa chemise !

Lee, lui, est déjà parti vers d’autres horizons. Après avoir échoué à contenir ses prix autant qu’il l’aurait souhaité, il s’est séparé de Noble en 2008 pour créer Fenix, un autre constructeur automobile, qu’il a aussi fini par quitter en 2012. Aux dernières nouvelles, Lee Noble travaillerait sur le projet de l’Arrinera Hussarya, une supercar… polonaise.

Le bolide de la marque Ariel : l’Atom délivre jusqu’à 500 chevaux pour un poids de 550 Kg, dans sa version V8. (Crédits: Dr)

Ariel

Restons Outre-Manche avec cet autre constructeur singulier, Ariel, une firme née en 1870. D’abord spécialisée dans la fabrication de vélos, puis d’automobiles dès 1900, elle ne fabriqua plus que des motos à partir de 1916. C’était sans compter sur l’esprit rebelle de ses dirigeants actuels, qui au tournant des années 2000 décidèrent de concevoir la voiture de route la plus extrême qui soit, dotée d’accélérations et d’une tenue de route hors normes. Pour y parvenir, un seul mot d’ordre: légèreté ! Un châssis tubulaire apparent, aucun confort, pas de pare-brise et encore moins de toit, et un moteur de série emprunté à un grand constructeur, Rover. L’Ariel Atom était née.

Depuis, l’Atom en est à sa quatrième génération et est désormais motorisée par un quatre cylindres Honda délivrant jusqu’à 315 chevaux. Une version à moteur V8 produite à 20 exemplaires a même été développée en accolant deux 4 cylindres en provenance de la moto Suzuki Hayabusa. Un monstre de 500 chevaux pour un poids de 550 kg capable de pulvériser les records, atteignant le 0 à 100km/h en 2,5 secondes et les 320km/h en vitesse de pointe. Autant dire qu’avec l’absence de carrosserie et les cheveux au vent (casque fortement recommandé), il faut avoir une sacrée dose de folie pour la pousser à fond! Atom-ique.

En parallèle à son modèle Atom, Ariel a également développé le Nomad, sorte de buggy à ciel ouvert. Fidèle à son histoire, la marque continue également de produire des deux-roues baptisés Ace. De véritables artisans passionnés, comme seule l’Angleterre en connaît encore!

Révélée au Salon de l’automobile de Genève 2019, la Jesko de Koenigsegg déploie 1600 chevaux et peut atteindre les 480 km/h. (Crédits: Dr)

Koenigsegg

Un sacré personnage que ce Christian von Koenigsegg. Tout d’abord, il s’agit là d’un authentique baron, issu d’une longue lignée aristocratique européenne. Cinq ans après sa naissance en Suède, le petit Christian a une illumination après avoir regardé le film d’animation « Flåklypa Grand Prix », dans lequel un fabricant de vélos réussissait à concevoir sa propre voiture. Le destin de Christian se dessina alors clairement: il sera fabricant d’automobiles. Il se mit au travail et acheva à l’âge de six ans la construction de son premier karting à moteur. Une précocité qui se confirma quelques années plus tard lorsqu’il fonda Koenigsegg, à l’âge de 22 ans. Amusés par la volonté du jeune homme, les dirigeants de Volvo lui prêteront main forte en lui permettant d’utiliser leur tunnel aérodynamique. Quatre ans plus tard, il présentait lors du Festival de Cannes la première voiture portant son nom, la CC. Une hypercar avant l’heure dessinée par David Craaford, dotée d’une carrosserie découvrable en carbone et équipée d’un moteur de 655 chevaux.

« Personne n’a besoin d’une telle voiture, on a juste besoin d’en vouloir une. »  Christian von Koenigsegg, fondateur de la marque suédoise Koenigsegg (Crédits: Dr)

Depuis, Koenigsegg n’a jamais cessé d’innover. Malgré une production extrêmement limitée – moins de 100 voitures construites depuis la fondation de la marque en 1994 – Christian von Koenigsegg a réussi à développer des technologies assez folles pour ses automobiles, dont une suspension triplex à trois niveaux, des moteurs à soupapes libres ou une voiture sans boîte de vitesses, le système Direct Drive.

Aujourd’hui, tous les modèles proposés par Koenigsegg dépassent les 1000 chevaux de puissance et les 400 km/h de vitesse de pointe et peuvent rouler au Bioéthanol. Comme le dit Christian lui-même : « Personne n’a besoin d’une telle voiture, on a juste besoin d’en vouloir une. »

La Huayra Roadster BC de la marque Pagani développe 802 chevaux et une vitesse de pointe de 360 km/h. (Crédits: Dr)

Pagani

Horacio Pagani naît en 1955 à Casilda, en Argentine. Alors que ses deux parents, d’origine italienne, sont boulangers, Horacio a d’autres idées pour sa vie. Petit, il se met à sculpter dans le bois de petits modèles réduits de sa conception. Après des études d’ingénierie, il conçoit un premier châssis de Formule 2. En 1983, il déménage en Italie, près de Modène, et commence à travailler chez Lamborghini. Il se lie d’amitié avec un autre argentin, le légendaire pilote Juan Manuel Fangio. En 1992, il crée sa société sous le nom « Pagani Automobili S.p.A » et travaille au développement de sa propre automobile. Fangio lui accorde le droit d’apposer son nom sur la voiture, et grâce au réseau du quintuple champion du monde il acquiert les bonnes grâces de Mercedes, qui accepte de lui livrer une version spécifique de son moteur à douze cylindres pour sa future super sportive. Patatras, Juan Manuel décède peu de temps avant la commercialisation de la voiture. Par respect, Horacio renonce à l’appeler Fangio. Ce sera Pagani Zonda, du nom d’un vent de ses Andes natales.

En 2011, Pagani dévoile son second modèle, l’Huayra. Tout comme sa devancière, elle se démarque grâce à la qualité ahurissante de ses finitions à la main. Il faut dire que Pagani est passé maître en carbone-kevlar, un matériau dont il use tant pour la construction que pour l’esthétique de ses voitures.

Aujourd’hui, Pagani continue de décliner ces deux modèles en de nombreuses séries limitées, vendues bien au-delà des deux millions d’euros. Dans la salle des machines, toujours le fantastique V12 en provenance de Mercedes, dépassant dans certains cas les 7 litres de cylindrée.

Ci-contre, le fondateur Horacio Pagani. (Crédis: Dr)
Jorge Guerreiro

FONDATEUR DE JSBG.ME

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Après avoir travaillé dans des domaines aussi variés que l'industrie du disque ou l'hôtellerie, Jorge S. B Guerreiro a lancé en juin 2010 le blog JSBG.me (JSBG, comme ses initiales). Depuis, toute une équipe de chroniqueuses a rejoint le projet. Devenu petit à petit un véritable webzine, JSBG.me se décline désormais également, en plus du français, en anglais et brésilien et couvre un choix éclectique de sujets: de la mode à la musique, en passant par les voyages, le design, l’horlogerie ou le cinéma.

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