Bilan

Les caprices des étoiles

Cette année, tous les festivals et événements musicaux ont été annulés à la suite de la pandémie du Covid-19. L’industrie du spectacle souffre mais se rappelle volontiers quelques anecdotes historiques sur la venue d’artistes mythiques en Suisse.

« Même si notre métier consiste en partie à garder confidentiel ce qui doit le rester, les artistes ne m’en voudront probablement pas de lever un petit voile sur des souvenirs marquants » Michael Drieberg, fondateur de Live Music Production

Crédits: Joseph Carlucci

Le coronavirus a sonné le glas de nombreux événements musicaux prévus cette année en Suisse: Le Cully Jazz, le Paléo Festival, le Montreux Jazz ou encore Sion sous les étoiles ont tous été contraints d’annuler leur édition 2020… Alors que les organisateurs résilients planchent déjà sur 2021, ils se remémorent, pour Luxe, quelques anecdotes sur les groupes et chanteurs ainsi que des événements marquants des éditions passées. Michael Drieberg est le premier à s’exprimer : « Il y a une grande différence entre les exigences des stars quand j’ai commencé ce métier, il y a trente ans, et aujourd’hui », raconte le fondateur de Live Music Production. « Même si notre métier consiste en partie à garder confidentiel ce qui doit le rester, les artistes ne m’en voudront probablement pas de lever un petit voile sur des souvenirs marquants. »

Un convoi pour transférer la centaine de personnes du staff de Michael Jackson sans jamais s’arrêter... (Crédits: Redferns)

Réaliser l’impossible

« C’était en 1992. Michael Jackson donnait un concert au stade de la Pontaise et la soirée s’annonçait légendaire. La star avait refusé l’hélicoptère et avait demandé à se rendre à Lausanne par un convoi qui transférerait tout son staff – donc des centaines de personnes – sans jamais s’arrêter. Nous avons dû faire en sorte qu’il n’y ait aucun embouteillage et que tous les feux de signalisation soient verts », raconte le producteur genevois. « A cette époque, nous pouvions encore aller chercher les gens sur le tarmac de Cointrin. Michael Jackson était une star interplanétaire, à tel point que les polices genevoise et vaudoise se sont tiré la bourre pour savoir qui l’escorterait ! Pour finir, elles ont fait chacune la moitié du trajet. C’était un traitement que même un chef d’Etat n’aurait pas aujourd’hui ! »

Mylène Farmer est connue pour sa faculté à créer des shows exceptionnels. « Elle s’est installée pendant près d’un mois à Genève où se déroulait la première représentation de son spectacle avant le Stade de France. On avait loué l’Arena, pour tous les danseurs et le staff. L’exigence était qu’aucune photo ne paraisse avant la représentation, ni des répétitions ni de rien de ce qui se passait dans le stade, ce qui est un classique de sécurité. Nous nous sommes rendu compte que depuis les fenêtres des couloirs de l’hôtel voisin, les gens pouvaient voir par-dessus l’enceinte. Nous avons loué des grues et fait murer les fenêtres de l’extérieur, parce que de l’intérieur n’importe qui aurait pu les défaire. Ça a marché ! »

Louer des grues et faire murer les fenêtres de l’extérieur de l’Arena pour Mylène Farmer (Crédits: Nathalie Delépine)

Une autre époque

Pour satisfaire les caprices des stars, il s’agissait de se préparer à tout. Un tour en jet privé autour du Mont-Blanc ? Dégoter cinq BMW identiques introuvables en Suisse pour chacun des membres du même groupe ? Recouvrir un stade avec de la moquette rouge ? Céline Dion, Bruno Mars, Metallica, Pink Floyd, Johnny Hallyday. Michael Drieberg ne manque pas d’anecdotes sur ces stars. Il raconte cet épisode où U2 souhaitait qu’on lui organise un tour privé pour dix personnes sur un des bateaux de la CGN. « Nous avons réussi à privatiser l’étage supérieur du plus grand. Cinq cents personnes n’ont pas su qu’au-dessus de leur tête, le groupe irlandais était du voyage ! »

Sébastien Vuignier, de Takk Productions, rappelle que « les «caprices de stars » relèvent aujourd’hui plus du fantasme que de la réalité. Ou plutôt de souvenirs d’une époque où l’extravagance et les drogues étaient très présentes, dans les années 60 et 70 notamment. » Les histoires plus ou moins légendaires des rock stars qui détruisaient leurs chambres d’hôtel, jetaient les télévisions par les fenêtres, ou exigeaient un bol rempli de chocolats de telle ou telle couleur appartiennent à l’imaginaire collectif. Le marché du concert est beaucoup plus organisé et encadré, « c’est devenu une industrie générant des milliards de dollars, enfin, jusqu’à fin février dernier… Dans ce contexte, il y a bien moins de place pour l’irrationnel, observe Sébastien Vuignier. Il est vrai que l’accueil des têtes d’affiche répond à des standards très élevés en matière d’hôtels, de véhicules et de restaurants. »

Un tour privé pour dix personnes sur un des bateaux de la CGN pour le groupe U2... (Crédits: CGN)

Des histoires de sous

Quant à savoir comment se passe le financement de ces caprices de stars, « c’est notre job, cela fait partie du contrat, poursuit Michael Drieberg. Comme de louer deux suites dans deux hôtels différents pour une prima ballerina appartenant à un ballet de renommée mondiale dont on ne citera pas le nom. Il lui arrive de se réveiller au milieu de la nuit en raison des mauvaises ondes de sa chambre. Et de partir dormir dans l’autre hôtel… »

Dégoter cinq BMW identiques introuvables en Suisse pour chacun des membres du même groupe (Crédits: Victor Jon Goico)

« Les tournées des têtes d’affiche reposent sur des dizaines (voire des centaines) de millions de dollars, reprend Sébastien Vuignier. Elles sont bien sûr couvertes par des assurances et celles-ci posent des conditions très strictes sur la sécurité, les transports et l’hébergement. » Le patron de l’agence Takk évoque ce groupe de rock qui remplit les plus grandes salles de la planète mais ne se déplace jamais sans son propre cuisinier afin de ne pas revivre un épisode d’intoxication alimentaire qui l’avait forcé à annuler plusieurs concerts.

« Ce qui est nouveau tourne autour de l’alimentation, renchérit Michael Drieberg. Sur un festival, des milliers de repas sont servis, sur un concert, des centaines. Il faut cuisiner sur place, tenir les repas au chaud assez longtemps pour les techniciens et les artistes qui ne mangent pas en même temps… à cela viennent s’ajouter les intolérances, les préférences et le véganisme : un casse-tête invraisemblable ! » Ces artistes aux exigences parfois farfelues ont-ils des limites d’un point de vue légal ? A cette question, les deux organisateurs répondent que cet aspect leur incombe. La limite se trouve souvent là où s’arrête la faisabilité des demandes. La sécurité est l’un des arguments les plus convaincants.

Un tour en jet privé autour du Mont-Blanc (Crédits: Dr)
Monica D'Andrea

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