Bilan

Paris: les artistes émergents de la Ville Lumière

Pour découvrir des galeries parisiennes hors des sentiers battus, il faut mettre le cap sur le nord-est. Le parcours s’étire du Marais à Romainville.

Chez Gagosian Le Bourget, l’ancien entrepôt aux dimensions monumentales accueille quatre toiles d’Anselm Kiefer, rassemblées sous le titre de «Field of the Cloth of Gold».

Crédits: Courtesy Gagosian

Ce printemps à Paris, les feux projecteurs sont braqués sur la Bourse de commerce – Fondation Pinault, qui a ouvert en mai en plein cœur de la capitale française. Après une rénovation à 195 millions de dollars, cet édifice historique s’est mué en écrin pour la vaste collection d’art du milliardaire français François Pinault (Kering, Gucci, Saint Laurent). De leur côté, les amatrices et amateurs de surprises mettront le cap sur le nord-est de la Ville Lumière. Belleville, Pantin et Romainville en Seine-Saint-Denis se profilent comme les secteurs à explorer afin de découvrir les artistes émergents, dans des lieux souvent inattendus. Notre parcours débute dans le Marais à la rue du Temple, où la Galleria Continua a inauguré un nouvel espace, en ce début d’année. L’endroit montre notamment des œuvres de JR, star du trompe-l’œil et du street art. A la fois épicerie, librairie ou encore café, la galerie a pris place dans l’ancien magasin d’un grossiste chinois en maroquinerie. Un magnifique travail architectural a été effectué pour restituer les strates du temps sur les murs, tantôt une arche cachée dans une paroi, tantôt une colonne à facettes issue directement des années 1970. Née dans la petite ville italienne de San Gimignano en 1990, Continua est aujourd’hui présente à Beijing, La Havane ou encore São Paulo. L’antenne parisienne vit le déconfinement dans l’effervescence. «Notre exposition actuelle s’appelle «A bras ouverts». Ce titre est le message que nous voulons faire passer au public, qui peut venir ici voir des travaux de JR en même temps que ceux d’artistes émergents du monde entier. Nous avons à cœur de favoriser la diversité sous toutes ses formes», commente la directrice Giusy Ragosa.

A la Galleria Continua, un gros travail architectural a été effectué pour restituer les strates du temps sur les murs. (De Chabaneix Capucine)

Nos pas se dirigent ensuite vers Belleville: un faubourg populaire dont l’embourgeoisement récent débouche sur un microcosme juvénile, dynamique et hybride. Il y a une vingtaine d’années, les galeries du Marais les plus avides d’avant-garde ont commencé à migrer vers cette zone, misant sur l’émergence d’une scène innovante. Les lieux d’exposition se sont multipliés sur les flancs de Belleville, avec en permanence des départs, des fermetures et de nouvelles arrivées. Situés dans des anciens ateliers ou lieux industriels, ces espaces font honneur à la patine du béton.

L’adresse internet www.legrandbelleville.com pourra vous renseigner sur les acteurs de cet écosystème.

Voici quelques adresses phares 

Figurant parmi les pionniers de l’art contemporain à Belleville, le projet Glassbox a été lancé en 1997 afin de promouvoir la jeune création. Géré par des artistes, Glassbox accueille événements et projets artistiques en haut de la rue Oberkampf, bien connue des noctambules. Allons plus avant dans le quartier pour trouver la galerie Marcelle Alix. Celle-ci présente depuis 2009 un programme éclectique qui défend des artistes à l’esprit libre, critique et décalé. Et puis perchée à la rue des Envierges, à côté du belvédère de Belleville, la galerie 22,48 m2 se love dans un espace minuscule derrière une vaste vitrine qui invite à y entrer. Passionné d’installations conceptuelles et de vidéos, Rosario Caltabiano prouve depuis 2010 que l’on peut faire des merveilles dans un mouchoir de poche.

Plus loin, toujours au nord-est, on croise le canal de l’Ourcq qui vient de quitter La Villette pour traverser Pantin. C’est dans des anciens locaux industriels aux allures de cathédrale que l’Autrichien Thaddaeus Ropac a installé, en 2012, une seconde antenne parisienne. Pour célébrer ses 30 ans de présence à Paris, le galeriste présente ce printemps une rétrospective qui réunit actuellement des valeurs sûres comme Gilbert et George, Georg Baselitz ou encore Sigmar Polke. Une fois la crise Covid passée, l’espace Ropac-Pantin compte remettre à l’honneur de jeunes artistes sélectionnés avec grand flair, comme il en a la vocation.

Un pas de côté à l’aéroport du Bourget permet de découvrir une surprenante succursale du marchand d’art international Gagosian. Situé à un jet de pierre de la piste d’atterrissage des jets internationaux, l’ancien entrepôt aux dimensions monumentales accueille quatre toiles d’Anselm Kiefer, rassemblées sous le titre de Field of the Cloth of Gold. Allemand d’origine vivant et travaillant en France, ce virtuose a déjà eu droit à de nombreuses rétrospectives. «L’artiste a aujourd’hui 76 ans. Il a créé ce cycle d’œuvres expressément pour cet espace», dévoile Anthony Bigot, de Gagosian Paris.

Et puis, départ pour Romainville où se trouve le dernier jalon de cette exploration: la Fondation Fiminco. Le long du canal de l’Ourcq s’affichent les signes d’un début de gentrification. Des bistrots branchés le long des berges, une péniche culturelle et un projet de port de plaisance qui fait flamber les prix des logements. Cette commune de Seine-Saint-Denis s’est dotée ces deux dernières années d’un nouveau pôle artistique, qui rejoint en voisin la Philharmonie de La Villette, les ateliers Hermès et le Centre national de la danse. En 2019, la Fondation Fiminco (du promoteur immobilier du même nom) a investi une ancienne friche industrielle pour y établir un quartier culturel. Significatif du mouvement actuel qui s’opère, le galeriste Jocelyn Wolff, pilier historique de la scène bellevilloise, vient d’y ouvrir un nouvel espace. Des artistes en résidence, des galeries de même qu’un lieu d’exposition du Frac baptisé «Les Réserves de Romainville» y sont rassemblés. Inauguré en mai dernier, le site dernier-né du Frac (Fonds régional d’art contemporain) a la possibilité de déployer ici quelque 2000 œuvres cachées jusqu’ici dans des entrepôts privés.


Le surprenant bestiaire des Lalanne à Versailles

(Thomas Lannes)

Cet été, une cinquantaine de pièces issues du bestiaire fantastique de Claude et François-Xavier Lalanne vont prendre place dans les jardins du domaine du Trianon, à Versailles. Reconnaissable entre tous, le style de ce duo fait honneur au genre animal avec des sculptures à l’esprit surréaliste comme «Le rhinocrétaire», un rhinocéros bureau en laiton, ou «Les choupattes», mi-chou, mi-animal. Réunis par la Galerie Mitterrand, les travaux du couple de sculpteurs français sont à découvrir dans un parcours qui va du Petit-Trianon au Hameau de la Reine. Le public pourra y voir leur «Wapiti» (1996) et «L’âne bâté» (1985) ou encore «Les moutons» de François-Xavier seul, ainsi que «Le lapin de la victoire» signé par Claude Lalanne. Les Lalanne à Trianon, jusqu’au 10 octobre 2021, à Paris-Versailles.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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