Bilan

Le vin est-il un médicament?

L’antioxydant resvératrol est associé aux vertus de la consommation modérée de vin. Mais cette molécule magique est plus ou moins présente selon les cépages.

Le spécialiste Johan Auwerx: «Les vins de la région de Cahors, les cabernets, les sagrantinos et les vendanges tardives sont particulièrement riches en resvératrol.»

Crédits: Alain Herzog/EPFL

Faut-il vraiment boire du vin avec modération? Bien sûr. L’abus d’alcool commence par provoquer la vasodilatation des vaisseaux, colorant progressivement le nez, les joues avant de provoquer de plus graves pathologies. En même temps, le vin a fait l’objet de nombreuses études scientifiques mettant en évidence ses effets positifs sur la santé.

A la fin des années 1980, l’Organisation mondiale de la santé rend publique son étude «Monica» sur les maladies coronariennes de 10 millions de personnes dans 21 pays. Une donnée va frapper l’opinion: le «paradoxe français». Soit le fait qu’en dépit d’une consommation de graisses saturées équivalente à celles des Américains les habitants du sud-ouest de la France présentent un risque de maladies cardiovasculaires 3,5 fois moins élevé, grâce à une consommation d’un à trois verres de vin par jour. Pas de n’importe quel vin, cependant.

Depuis «Monica», les scientifiques se sont penchés sur les différents composés du vin pour déterminer ceux susceptibles d’expliquer le paradoxe français. Le rôle antioxydant des polyphénols et surtout de l’un d’entre eux, le resvératrol, que l’on trouve en abondance dans le raisin, a été progressivement mis en avant. Il faut dire qu’il a tout de la molécule miracle. En 2010, des chercheurs montraient qu’il limite la prise de poids chez des lémuriens.

En 2012, il apparaît avoir un rôle de frein sur la dégénérescence des cellules à l’origine de la maladie de Parkinson. Et l’année suivante, on lui a encore trouvé un rôle protecteur des cellules, ralentissant leur vieillissement. Mais toujours via des études sur des animaux de laboratoire et non pas chez l’homme. Si bien que le verdict sur le resvératrol est toujours pendant.

Titulaire de la chaire Nestlé à l’EPFL et grand spécialiste du métabolisme énergétique dans la cellule, le professeur Auwerx connaît à fond la question. En 2006, à l’Université de Strasbourg,
il publie une recherche démontrant que la prise de resvératrol double l’endurance de souris de laboratoire. Signe de l’intérêt que suscite la molécule, il doit dénicher en urgence un studio de France 3 pour répondre en direct aux questions du JT d’ABC le soir même.

Le rouge, cinq fois plus fort

«Le resvératrol booste la production d’énergie et a aussi un rôle sur d’autres processus de vieillissement, explique le chercheur. Mais il ne faut pas perdre de vue que c’est une toxine et que ça dépend beaucoup du dosage. C’est un frein. Pour avoir un effet chez la souris, nos études concluaient qu’il faudrait arriver à une consommation de milliers de bouteilles par jour pour obtenir la concentration adéquate.» Fausse piste alors? «Pas forcément, le métabolisme de la souris est différent de celui de l’homme, chez qui le resvératrol pourrait être cent fois plus efficace.»

Se pose alors la question de la concentration du resvératrol dans le vin. Non seulement le vin blanc en contient en moyenne cinq fois moins que le rouge, mais la production de resvératrol étant une réponse de la plante à des stress comme les maladies et les sécheresses, tous les cépages ne sont pas égaux. «Les vins de la région de Cahors, les cabernets, les sagrantinos qu’on trouve en Ombrie et aussi les vendanges tardives sont particulièrement riches en resvératrol», poursuit le professeur.

Il ajoute à cela le rôle des fûts de chêne, qui en augmentent le taux. Une étude canadienne sur la concentration de resvératrol dans les vins commerciaux a aussi montré que les pinots noirs et les malbecs sont les cépages qui en concentrent le plus tandis que ce n’est le cas que pour les cabernets sauvignons des régions froides. Alors, santé?

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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