Bilan

Le trail, course de l’extrême

Jusqu’à 40 heures et des centaines de kilomètres à courir en terrain accidenté, de jour comme de nuit, avec des dénivelés de plusieurs milliers de mètres. Ce sont les trails, défis ultimes d’ «ultra distance» pour amateurs de course à pied et de haute montagne.
  • Crédits: matterhorn.ultraks.com/ Didier Lafond

Le marathon, avec ses 42.195 km, fait  aujourd'hui figure de course d’entraînement comparé aux nouvelles déclinaisons extrêmes de la course à pied, les trails et ultra-trails. Ces courses en montagne jouissent d’un engouement grandissant, avec des participants toujours plus nombreux, attirés par des épreuves plus haletantes, plus exigeantes, plus longues et plus techniques que les marathons classiques. Outre le défi sportif, les adeptes des trails recherchent avant tout des parcours aux paysages de montagne magnifiques et variés. 

L’Ultra-Trail du Mont-Blanc, la référence

 

L’une des plus célèbres courses de la région, l’Ultra-Trail du Mont Blanc (UTMB) au départ de Chamonix, traverse les Alpes françaises, italiennes et suisses avec pas moins de 9400m de dénivelé positif pour 166 km. Alors qu’il faut environ 7 jours à un bon randonneur pour boucler le fameux parcours pédestre du Tour du Mont-Blanc, les vainqueurs de l’UTMB l’emportent généralement en un peu plus de 20 heures de course. Ce trail connaît d’ailleurs un succès tel que certains ironisent sur le fait qu’il est presque plus facile de la terminer que d’y obtenir un dossard.

Matterhorn Ultraks, le nouveau venu

 

Ce trend de l’ « ultra distance » permet à de nouvelles courses d’apparaître et de bénéficier elles aussi d’un succès immédiat dès leur lancement. C’est le cas du Matterhorn Ultraks (www.ultraks.com), une nouvelle épreuve exceptionnelle qui voit le jour cette année à Zermatt. Elle se déroulera en deux temps : ski alpinisme le 20 avril et trail le 24 août.

Le Matterhorn Ultraks entend se démarquer des courses de trail existantes en faisant la part belle non seulement aux coureurs de tous niveaux, mais aussi en apportant une attention particulière aux accompagnants et spectateurs, souvent négligés. Difficile en effet d’encourager des coureurs sur un parcours de haute montagne pas toujours accessible au public.

En installant écran géant et animations sur la Place de la Gare à Zermatt, le Matterhorn Ultraks permettra aux spectateurs de profiter de l’ambiance de la course, en attendant le retour des compétiteurs qui franchiront la ligne d'arrivée sur cette même place. Grâce au bon réseau de remontées mécaniques de la station, il sera facile aux spectateurs de rejoindre des points clés de passages de la course pour encourager leurs favoris pendant l'effort.

Défis personnels et convivialité

 

« Notre course se veut aussi une base pour les défis personnels », selon Michel Hodara, de la société Done SA, l'un des organisateurs de l’événement.  « Ce point est très important, notamment pour les participants à la course la plus accessible (1K). Je connais ainsi un groupe de filles qui se sont fixé comme but de participer. Ce ne sont pas des athlètes, mais elles se sont mises à s’entraîner: sorties nocturnes en peau de phoque, vacances à Zermatt, ou encore sorties avec guides, afin d’être en mesure de finir la course. Ce sera leur victoire ». 

L’ambiance d’un trail n’a en effet rien en commun avec celle d’un marathon, centré, lui, avant tout sur le chronomètre personnel et la compétition. Entraide ou encouragements mutuels, la solidarité entre coureurs et la convivialité sont toujours présents en trail, le but premier de la plupart des participants étant avant tout de réussir à terminer la compétition.

« Lorsque vous assistez à ces courses, il est fort intéressant de voir les coureurs défiler. Les premiers sont équipés de matériel dernier cri ultra léger, puis on voit passer des silhouettes moins affûtées, plus traditionnelles, un matériel moins performant, mais toujours avec cette idée de faire quelque chose d’extraordinaire, de bousculer son quotidien », raconte encore Michel Hodara. « Les premiers regardent leur montre à l’arrivée alors que les suivants s’embrassent, passent la ligne avec leurs enfants dans les bras, pleurent en relâchant leur effort. Et cela c’est beau, c’est rafraîchissant ».

Des qualités de chef d’entreprise

 

Pour être un bon trailer il est nécessaire de posséder les mêmes qualités qui font un bon chef d'entreprise: mental d’acier, polyvalence, organisation, sens de l'improvisation, capacité d'adaptation. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles on trouve tant de patrons au départ des courses de trail. Fouzia Giannotta, directrice de la société Diafin SA à Neuchâtel, spécialisée dans les pierres précieuses, a été initiée à ce sport par son compagnon qui participe depuis plus de 10 ans à la patrouille des glaciers.

« J'adore l'excitation qu'on ressent avant le départ et après à l'arrivée. Il faut s'adapter à tout, être humble, s'habituer aux changements de météo, à l'effort, au changement de rythme, de pente, l'état de fatigue, l'altitude. Toute est en mouvement. Et c'est puissance mille dans une course. C'est aller encore plus loin et dépasser ses limites » confie-t-elle en pleine préparation de la SkiAlp, la course hivernale à skis du Matterhorn Ultraks.

Egalement au départ de cette nouvelle course, on trouve des dirigeants tels que Christophe de Kepper, directeur général du Comité International Olympique (CIO), Jonathan Stent-Torriani, le co-CEO de Newrest (service de catering aérien) ou encore Christian Bédat, de Bédat Watches. «J’ai fait trois fois la patrouille des Glaciers et cela a chaque fois été une belle aventure humaine et sportive. J’aime avoir un objectif ambitieux pour la saison car cela motive à l’entraînement », nous confie Gilles Besse des vins Jean-René Germanier à Vétroz. Ce dernier ne manque pourtant jamais, afin de garder un esprit convivial et pas trop compétitif, d’emporter  une bouteille de Fendant pour célébrer l’ascension d’un sommet et détendre l’esprit pour la descente !

Une préparation de haut niveau

 

Depuis la Dipsea race, premier trail officiel qui se court aux Etats-Unis depuis 1905 déjà, les courses de trail sont devenues de plus en plus dures et ambitieuses. La surenchère née de la compétition entre les très nombreuses courses met les participants à rude épreuve. Le trail et l’ultra-trail poussent le corps humain à l’extrême limite de ses capacités et demandent une préparation physique et mentale hors du commun.

Ces courses exigent bien sûr une maîtrise de l’effort sur une très longue durée, mais également de la force musculaire pour attaquer les dénivelés en montée comme en descente. L’entraînement doit donc porter sur le développement musculaire tout autant que sur l’endurance et le « cardio ». Il faut savoir qu’un excellent marathonien sur route n’aura pas forcément la capacité de boucler un ultra-trail : la gestion des reliefs changeants et des dénivelés imposent au corps des contraintes nouvelles, très différentes de celles de la course classique, auxquelles il doit s’habituer progressivement.

Un secteur en pleine croissance

 

Grâce à, notamment, la popularité de l’épreuve phare qu’est l’Ultra Trail du Mont-Blanc, créée en 2003 sur les ruines du Super Marathon du Mont-Blanc qui lui a été lancé en 1987, les courses longues distances s’inscrivent dans un trend croissant établi avec une ouverture vers le « grand public », ce qui se traduit par nombre de magazines spécialisés, campagnes de publicité pour les marques autours du trail (Scott, Salomon ou Asics par exemple) et la création d’un vrai segment de marché.

 

 

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