Bilan

Le ride des gentlemen extraordinaires

De plus en plus de «gentlemen riders» chevauchent leur moto tirés à quatre épingles, habillés en costume-cravate. Une mouvance sur deux-roues qui couronne le style Café Racer.
  • Mark Hawwa fonde en 2012 l’événement Distinguished Gentleman’s Ride

     

    Crédits: Marc Ninghetto
  • 57 000

    Elégants et élégantes ont participé à la balade 

    Crédits: Mike Marsland
  • 57000

    Elégants et élégantes ont participé à la balade

    Crédits: Mike Marsland
  • L’événement est associé à deux causes : la lutte contre le cancer de la prostate et la prévention contre le suicide.

    Crédits: Marjorie Besson Photographies
  • La marque horlogère suisse Zenith est le partenaire de l’événement. La montre Heritage Pilot Ton-Up a été créée pour l’occasion.

    Crédits: Mike Marsland
  • Crédits: Marjorie Besson Photographies
  • Les femmes aussi apprécie le Distinguished Gentleman’s Ride

    Crédits: Dr
  • 3,5

    millions de dollars totalisés pour les dons.

     

    Crédits: Dr
  • Une élégance très sixties style «sartorial ride» est de rigueur.

    Crédits: Mike Marsland

Le dimanche 25 septembre dernier, plus de 57 000 élégants et élégantes se sont élancés pour une balade à moto dans les rues de 503 villes de 90 pays autour de la planète. Baptisé Distinguished Gentleman’s Ride (DGR), cet événement vise, annuellement, à récolter des fonds en faveur de la recherche contre le cancer de la prostate.

Cette année, les dons ont totalisé la coquette somme de 3,5 millions de dollars. Mais cette rencontre sert également de prétexte à toute une frange d’amateurs de deux-roues pour célébrer joyeusement leur passion. Une mouvance qui couronne le style Café Racer, une appellation d’origine anglaise désignant un type de moto customisée au style rétro, au guidon bas et dépouillée de ses artifices aérodynamiques. Le motocycliste se doit, lui, d’être « dapper », un terme traduisible par élégant, pimpant, coquet.

L’événement Distinguished Gentleman’s Ride a été fondé à Sydney, en Australie, par Mark Hawwa, en 2012. C’est une photo issue de la série télévisée «Mad Men» sur laquelle Don Draper, le protagoniste incarné par l’acteur Jon Hamm, chevauche sa moto tiré à quatre épingles et vêtu d’un costume-cravate qui lui en fournit l’inspiration.

« L’idée de départ était de rassembler sur une journée les amateurs de ce style de motos à travers le monde. En Australie, le regard porté sur les motards peut encore être négatif de nos jours, car associés aux loubards. Mais je voulais briser ce stéréotype en offrant une image positive », déclare Mark Hawwa. L’idée va réussir au-delà de toute attente. Lors de la première édition, pas moins de 2500 amateurs se sont réunis dans 64 villes du monde. Un succès qui a totalement surpris et dépassé Mark et qui l’a poussé à se demander ce qu’il pourrait en tirer de plus constructif.

Il décide dès 2013 d’associer l’événement à une cause, celle de la recherche contre le cancer de la prostate. Et depuis 2016, il y ajoute celle de la prévention du suicide. Il précise : « Le cancer de la prostate, qui fait des ravages parmi la population masculine mondiale, reste encore un sujet tabou. Le simple fait d’en parler favorise la prévention et attire l’attention sur la nécessité de faire des contrôles réguliers dès 40 ans. Cela sauve des vies. » Pour aider à la redistribution des sommes collectées, Distinguished Gentleman’s Ride s’est rapproché de Movember, une association également d’origine australienne devenue la plus grande organisation de lutte pour la santé masculine du monde, afin que les fonds restent dans les pays où ils ont été récoltés.

En parallèle à leur passion des motos classiques, les adeptes de cette tendance se distinguent par le soin apporté à leur tenue vestimentaire. Aux antipodes des looks de bikers à la Hells Angels, ils s’inspirent d’une élégance très sixties. « Cette mouvance « sartorial ride », continue Mark, attire toujours plus de monde, car elle fait appel à une notion de courtoisie chevaleresque et un certain sens de la mise en scène. Parmi les participants, de 18 à plus de 60 ans, quelques-uns n’ont pas l’habitude de ce style et s’habillent spécialement pour l’occasion. »

Parmi eux, nombre de dirigeants et de cadres supérieurs, une catégorie socioprofessionnelle largement représentée. « Après s’être investis dans leur carrière professionnelle et leur vie de famille, beaucoup de quadragénaires reviennent à leurs premières amours et rachètent de vieilles motos pour se faire plaisir le week-end. Et le phénomène attire toujours plus la gent féminine. Lors de notre premier ride en 2012, il n’y avait que 3% de femmes. Depuis, leur nombre ne cesse de croître. Nous nous en réjouissons », précise Mark.

Une vision que vient confirmer Ludovic, cadre actif dans le family office et propriétaire d’une splendide moto BMW orange retravaillée par le garage Motomillesime (voir photo p. 80). Spontanément, lui aussi cite l’influence de la série « Mad Men ». « Il s’agit d’un art de vivre, d’une culture célébrant les fifties et les sixties. Un retour au vintage que l’on constate un peu partout: dans le mobilier, dans les vêtements, et, bien sûr, dans la moto. »

Jeune, il s’est d’abord offert un Solex, puis une Vespa. Depuis, il a fait du deux-roues un mode de vie. Chaque année, il « retape » une vieille moto et part en « roadtrip ». Il en possède désormais quatre, mais n’a aucune intention de s’arrêter là. « Steve McQueen en possédait bien deux cents! Avec les café racers, il s’agit de dépouillement, d’enlever le superflu, de ne conserver que l’essentiel, d’en faire une pièce unique. Un principe qui me convient aussi dans d’autres domaines de la vie. » Impliqué dans différents clubs de moto et dans l’organisation de la journée Distinguished Gentleman’s Ride genevoise, il en apprécie la tolérance, l’entraide et le partage d’une même passion. Un esprit qu’il essaie de garder dans sa vie professionnelle par un clin d’œil vestimentaire quotidien, du nœud papillon à la veste en tweed chinée. 

Signe des temps, la notion de liberté est centrale dans ce concept, un moyen de prendre la tangente sans pour autant dépasser les limites, une soupape face à un quotidien très structuré. Une tendance qui n’a pas échappé aux grandes marques. La croissance exponentielle du mouvement attire des sponsors d’envergure tels que la marque de motos Triumph ou la manufacture de montres Zenith. Lors de la foire horlogère internationale Baselworld au mois de mars de cette année, la marque locloise a dévoilé un modèle spécialement conçu pour célébrer ce partenariat, le modèle Heritage Pilot Ton-Up.

Lors de sa présentation, une foule de motards avait fait vrombir ses moteurs en marge du salon bâlois. « Ce partenariat s’est dessiné de manière très naturelle, nous explique Mark Hawwa. Depuis longtemps, Zenith soutient le milieu des automobiles classiques. Etendre ce soutien aux motos vintage fait tout à fait sens. Grâce à l’implication de ses équipes, nous avons obtenu, au-delà de l’apport financier, une visibilité médiatique inestimable. Bien sûr, son but est aussi de vendre des montres. Mais nous partageons une valeur commune primordiale: la passion. »

D’ailleurs Mark lui-même compte bien surfer sur la tendance pour développer sa propre marque DGR. « Nous sommes pour l’instant une toute petite équipe, et notre priorité va à l’organisation annuelle de notre événement. Mais nous avons prévu à terme de lancer une ligne d’accessoires tels que boutons de manchettes, pochettes ou pinces à cravate apportant une touche finale au look de nos gentlemen riders. »

Jorge S.

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