Bilan

Le poil, entre mode et business

Il y a les hommes qui le chérissent, le laissant prospérer librement, ceux qui le traquent sur tout le corps, et ceux qui désespèrent de le voir chuter. Le poil, question de goût personnel ou simple mode?
  • Un concours mondial réunit chaque année les fans de barbes (ici en 2014).

    Crédits: Thomas Boyd/Landov/Keystone
  • Les hipsters ont remis la grosse barbe à la mode. Epaisse, elle demande beaucoup d’entretien.

    Crédits: Spiros Politis/Corbis
  • L’un des participants au Championnat du monde de barbes et moustaches 2014 aux Etats-Unis.

    Crédits: Greg Anderson

Au fil des siècles, la pilosité a connu un destin houleux. Traquée par les Romains de l’Antiquité qui combattaient cheveux ras et visage glabre pour se démarquer des barbares hirsutes, elle est plébiscitée dès le VIIe siècle par les rois mérovingiens. Puis, au XIIe siècle, l’Eglise l’associe au paganisme et l’interdit en citant la Bible: «La nature elle-même ne nous enseigne-t-elle pas que c’est une honte pour l’homme de porter de longs cheveux?»

En 1658, alors que la mode est à nouveau aux moustaches et aux cheveux longs, la noblesse européenne se rase le crâne et porte une perruque afin d’imiter Louis XIV, chauve depuis qu’il a contracté la fièvre typhoïde. Autres temps, autres mœurs. Quelques siècles plus tard, la barbe fluviale devient avec Karl Marx un symbole révolutionnaire puis, dès 1960, le signe d’une jeunesse émancipée qui rejette les codes établis. De nos jours, le poil reste un marqueur fort d’identité et de différence culturelle. Tour d’horizon des tendances. 

Certains l’aiment chauve

Les années 1990 ont vu naître le métrosexuel, un homme amateur de produits cosmétiques et partisan de l’épilation intégrale. Deux décennies plus tard, le corps glabre est toujours en vogue. Selon Marie-France Auzépy, historienne à l’origine de l’ouvrage collectif Histoire du poil, le triomphe du lisse s’explique par le fait que notre civilisation, adepte du politiquement correct, ne supporte plus ce qui dépasse, poils y compris.

Si peu d’hommes franchissent le cap de l’épilation, trop douloureuse, ils sont nombreux à se débarrasser de leurs poils au moyen de rasoirs et de crèmes dépilatoires. Dans les fitness en particulier, la majorité de la clientèle masculine a les jambes, les aisselles et le torse rasés. Assiste-t-on au déclin de la virilité? «Le poil n’est plus un identifiant sexuel, explique Nadia Pellicer, esthéticienne auprès du fitness California. Nos clients se sentent très virils. Certains ont d’ailleurs des barbes bien fournies! Ils choisissent un corps lisse par hygiène, esthétique ou amour du sport.»

Le poil contre-attaque

Alors que les hommes se délestent de leurs poils corporels, ils les laissent prospérer autour du menton. Grâce aux hipsters – ces individus à la recherche d’une mise en scène de soi qui détonne – la barbe n’est plus synonyme de débraillé mais de branché. Une tendance exacerbée par le mouvement Movember qui incite à se laisser pousser la moustache en novembre pour attirer l’attention sur le cancer de la prostate.

La mode du poil au menton influence même les députés genevois qui ont introduit en mars une motion afin que le gouvernement supprime l’ordre de service obligeant les policiers à se raser.

Seuls mécontents de cette invasion de barbus, les vendeurs de rasoirs. Procter & Gamble – la maison mère de Gillette – a vu ses bénéfices de l’an dernier chuter de 15%. Le groupe dit avoir relancé cette branche grâce à deux nouveautés introduites cet été: le Gillette Body, conçu pour faciliter le rasage des zones intimes, et le ProGlide FlexBall, un rasoir muni d’une boule permettant à la lame de pivoter pour épouser le relief du menton. 

Autant en emporte le cheveu

Si les poils du corps et du visage sont souvent question de préférence ou de mode, un crâne dégarni est rarement le résultat d’un choix délibéré. A l’instar de Louis XIV ou, plus récemment, d’Andre Agassi qui priait lors de la finale de Roland-Garros en 1990 non pas pour la victoire mais pour que sa perruque ne tombe pas, nombreux sont les hommes terrifiés à l’idée d’exposer leur calvitie au regard du monde.

Une angoisse que le marché des produits capillaires a su exploiter à son avantage. Lotions, shampooings et gélules antichute à prix prohibitifs pullulent dans les commerces. Ces produits ne freinent cependant que temporairement la chute du cheveu. Héréditaire, la calvitie est inéluctable.

A terme, l’homme qui souhaite retrouver sa jeunesse chevelue n’a que deux options: la perruque ou les implants capillaires. A Montreux, Laclinic opère cinq ou six patients par mois. «Deux techniques sont utilisées, explique Michel Pfulg, fondateur de l’établissement. La technique FUT, ou transplantation des unités folliculaires, consiste à prélever une bandelette de cuir chevelu au niveau de l’occiput. La séance dure en moyenne de deux à trois heures et coûte entre 8000 et 12 000  francs. La technique FUE, ou extraction des unités folliculaires, plus récente, permet le prélèvement au niveau de l’occiput, cheveu par cheveu.» Cette méthode est plus longue – de cinq à dix heures – et plus coûteuse, le prix pouvant aller jusqu’à 15 000  francs la séance.

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Amanda Castillo

Journaliste

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Amanda Castillo est journaliste freelance. Elle collabore régulièrement avec plusieurs médias dont Bilan et Le Temps. Ses sujets de prédilection: le management et le leadership.

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