Bilan

Le domaine Dom Pérignon cultive l’exception

La célèbre marque de champagne poursuit les collaborations prestigieuses en s’associant avec le chef catalan Ferran Adrià. mais surtout, elle ouvre ses portes cette année aux passionnés de vin, livrant à cette occasion quelques-uns de ses secrets.
  • En 2013, l’artiste Jeff Koons sculptait spécialement des Balloon Venus.

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  • L’abbaye Saint-Pierre d’Hautvillers accueillera bientôt les amateurs.

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  • En 2012, le réalisateur David Lynch a signé quelques étiquettes.

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  • Une collaboration prometteuse: le chef Ferran Adrià (à g.) et l’œnologue Richard Geoffroy.

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C’était le champagne préféré de Marilyn Monroe. Et pas que. De nombreux experts voient en Dom Pérignon la quintessence du vin parfait. Harmonieux, soyeux, pur, mystérieux, magique, iconique, solennel, spirituel, presque mystique… Les termes décrivant le célèbre nectar sont dithyrambiques.

A la tête du domaine depuis vingt ans, Richard Geoffroy est considéré par certains comme un demi-dieu dans le monde viticole (on parle d’«acte créateur» et de «pouvoir de création»).
Il réinvente sans cesse de nouveaux territoires d’expression du vin. Un œnologue a dit du chef de cave qu’il est un génie avec un savoir-faire unique, voire parmi les «meilleurs vinificateurs au monde». Capable surtout de produire en grande quantité avec une qualité toujours irréprochable, il frise parfois l’excellence lors de millésimes exceptionnels. «Le 2004 tutoie, du bout du bouchon, le divin», admet Fabrice Sommier, Meilleur ouvrier de France sommelier. Avec Dom Pérignon, on plonge ainsi dans le sacré.

Si ce savoir-faire reconnu par le milieu profite d’une large publicité, les chiffres de la maison, propriété du groupe LVMH, restent, eux, irrémédiablement secrets. Dom Pérignon ne diffuse même pas le volume de bouteilles produites chaque année. Des experts l’estiment toutefois aux alentours de 5 millions de flacons. Pourtant,  «qualité» ne signifie pas forcément «rareté». Discrètement, on apprend juste que la prestigieuse marque est très rentable mais qu’elle ne cherche pas forcément la croissance.

Ainsi, même s’il s’agit de l’un des plus grands champagnes de la région, le plus ancien et probablement le plus connu au monde, Dom Pérignon se veut toujours plus innovant et entend garder un esprit «fun» et créatif. Veillant à ne jamais se laisser enfermer dans son rôle d’œnologue, Richard Geoffroy tricote des passerelles entre le monde de l’art et la maison champenoise. D’où la collaboration en 2013 avec l’artiste pop Jeff Koons, qui réalisa pour la sortie du millésime vintage 2003 Rosé des écrins – ou plutôt des sculptures en acier inoxydable – baptisés Balloon Venus. Les 650 exemplaires, vendus aux alentours de 20 000 francs, se sont arrachés en quelques jours.

Une année auparavant, la célèbre maison d’Epernay demandait au réalisateur David Lynch de concevoir une étiquette en édition limitée pour le millésime 2003 et le Rosé 2000.

Au mois d’avril dernier, Dom Pérignon annonçait une collaboration de trois ans avec la star des fourneaux, le chef catalan Ferran Adrià (du Restaurant El Bulli), nommé cinq fois meilleur chef du monde, afin de trouver les clés pour «décoder» l’univers de leur grand cru aux fines bulles, ou plutôt de déterminer d’où vient sa singularité.

Le 40e millésime

Sa singularité, justement, c’est d’être une cuvée millésimée, c’est-à-dire élaborée avec des raisins récoltés la même année, lors d’une saison aux conditions climatologiques exceptionnelles. Ainsi, lors de mauvaises météos, la célèbre étiquette ne sort pas de champagne. Ce fut le cas en 1997 et 2001, par exemple. La cuvée 2005, sortie cette année après neuf ans d’élaboration en cave, est le 40e millésime de Dom Pérignon depuis 1921. Même si l’année fut contrastée, globalement chaude et en déficit hydrique, une sélection drastique du vignoble a finalement garanti un volume limité d’une grande qualité et a permis à la maison de sortir le Vintage 2005, un vin minéral aux arômes nouveaux.

Respect du terroir

Dom Pérignon est un produit bien positionné avec une image forte et une histoire. Elle porte en effet le nom d’un homme reconnu comme étant le père spirituel du vin effervescent. Selon la légende, c’est le moine bénédictin dom Pierre Pérignon qui a découvert les secrets de la méthode champenoise à l’abbaye d’Hautvillers.

Depuis quelques années, dans le microcosme viticole, le maître de cave actuel est presque aussi célèbre que le moine: «Richard Geoffroy est, je pense, le prolongement de dom Pérignon, commente Fabrice Sommier. Il est celui qui a compris la démarche. Ils sont quasiment indissociables, ce qui peut poser des problèmes de «succession». Et le Meilleur ouvrier de France sommelier d’ajouter: «Il a une conception du temps qui passe, avec en parallèle l’évolution du vin dans sa bouteille qui est très philosophique.»

Le maître de cave, poète à ses heures, témoigne: «Le terroir, l’héritage, l’inspiration sont essentiels pour assembler un grand vin. D’où l’importance de bien connaître son histoire pour comprendre sa spécificité et son caractère. Pour tendre à l’idéal de Dom Pérignon, il faut aussi prendre les décisions justes, comme laisser la maturation du raisin atteindre son optimum.

Ensuite, il est nécessaire de sélectionner drastiquement la cueillette pour ne garder que le meilleur. Et c’est finalement l’assemblage parfait entre le chardonnay et le pinot noir qui décide, comme toujours, de la déclaration du millésime.» C’est cela l’acte créateur: la symbiose entre la nature et l’être humain, le yin et le yang, ou tout simplement les clés du succès d’un parfait millésime. 

Chantal Mathez

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