Bilan

Le couple Gantenbein, de l’or en flacon

Dans les Grisons, Martha et Daniel produisent un pinot noir digne des plus grands bourgognes. Rencontre à Fläsch, avec des icônes du vin suisse.
  • Martha et Daniel Gantenbein.

    Crédits: Guillaume Perret
  • Un emplacement superbe et des vendanges effectuées tardivement.

    Crédits: Dr

Les Romands connaissent peu les vins des Grisons. Il faut l’avouer, pour s’y rendre, le voyage demande de longues heures de train. Du coup, la Bourgogne, de par sa proximité, est souvent privilégiée pour les visites de caves par les amateurs de pinot noir. 

La distance n’est pas la seule explication: outre un prix quand même assez conséquent, les flacons se font rares chez certains producteurs de talent comme Martha et Daniel Gantenbein. A l’heure où certains vignerons helvétiques n’arrivent pas à écouler tout leur stock, les réputés vignerons de la commune de Fläsch ne peuvent satisfaire toute la demande. 

Devenu mythique, ce couple produit environ 30 000 bouteilles par année (soit 22 000 pinots noirs, 5000 chardonnays et 1000 Riesling surmaturés), vite arrachés par les fins connaisseurs. Impossible donc d’en acquérir sur place, voire d’en commander sur leur site si l’on n’est pas un grand établissement hôtelier, une table gastronomique ou encore une enseigne spécialisée dans les vins fins. 

Par ailleurs, fait rarissime pour un producteur helvétique, 40% de la production est exportée dans une quinzaine de pays, les 60% restants étant écoulé en Suisse. 

Ainsi, au pays de Heidi, pour avoir le privilège de déguster ces crus, il est préférable de passer commande dans un restaurant étoilé tel que chez Philippe Chevrier ou Benoît Violier, deux des plus grands clients des Gantenbein en Suisse romande. Ou alors, tenter sa chance dans une enseigne exclusive qui les reçoit au compte-gouttes. 

Trois monocépages

Mais qu’est-ce qui fait donc la particularité des vins produits par le couple Gantenbein? «Ils sont simplement assemblés avec notre cœur», répondent les deux passionnés sans aucune prétention. Il ne s’agit donc pas de flatter le palais du plus grand nombre. C’est plutôt à force de travail acharné et d’une méthode inimitable que le couple, dont la formation ne vient pas de la vigne, élabore lui-même ses trois vins. Amateurs de bourgognes (et de vins de la vallée du Rhône), les Gantenbein se rendent plusieurs fois par année chez les plus grands vignerons de la Côte-d’Or, devenus des amis, pour s’inspirer de ces maîtres du pinot noir. 

De nombreux autres paramètres rendent leurs crus exceptionnels: une altitude des vignes à 500 mètres au-dessus de la mer. Le Rhin, qui coule à quelques dizaines de mètres de là, donne un aspect très minéral au vin. 

Et puis, il pleut deux fois plus dans les Grisons qu’en Bourgogne, d’où la nécessité de savoir maîtriser les vendanges. Chez les Gantenbein, elles se font souvent plus tardivement qu’ailleurs. Le couple réalise un tri manuel du raisin directement dans la vigne et fait parfois huit passages avant les vendanges pour couper les quelques grappes abîmées. 

Autre spécificité? Depuis 1995, il ne filtre plus ses vins, et les barriques, acquises en Bourgogne, sont remplacées chaque année. Mais avant tout, le secret, c’est de produire uniquement trois vins en monocépage, alors que la majorité des domaines suisses se perd dans la profusion d’étiquettes. 

Au volant d’une deux-chevaux

Malgré une renommée qui dépasse nos frontières et des récompenses à profusion, le couple Gantenbein est resté très humble. Ainsi, c’est en vieille deux-chevaux que l’homme du terroir vient nous chercher à la gare de Bad Ragaz, petit village connu pour ses hôtels de luxe et ses bains thermaux. Puis l’œnologue se mue en guide pour nous faire visiter Fläsch, situé à deux pas du Lichtenstein, petit village habité par 300 âmes, dont plus de dix sont vignerons. 

Très sollicités, les propriétaires du domaine doivent décliner les nombreuses demandes de visites du chai qu’ils reçoivent chaque semaine. Mais une fois par année, ils organisent une visite, suivie d’un grand dîner et d’une dégustation horizontale de leurs crus pour une petite centaine de clients chanceux. La liste d’attente est longue, mais cela permet à la maîtresse de maison «de profiter de l’événement sans être lassée». 

Il y a toutefois également la possibilité de réserver une table dans leur établissement qui ouvre, sur demande, pour un minimum de 12 convives. Une belle occasion de les découvrir...

Chantal Mathez

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."