Bilan

Le Bol d’Or, une course unique depuis 77 ans

Plusieurs nouveautés technologiques sont au programme de la régate qui se déroule ce 11 juin sur le Léman.
  • Dans les années 40. Pendant l’occupation allemande, les bateaux doivent longer les côtes suisses, car les eaux françaises sont interdites.

    Crédits: Collection Chantier Naval Corsier
  • 2000 Loïck Peyron à la barre du multi «Bédat&Co»: Peu à peu, l’événement attire des stars des mers. confirmés

    Crédits: jacques-Henri Addor
  • Pierre Bonnet fonde le Bol d’Or en 1939 avec cinq amis du Yacht Club de Genève. La régate, qui se court aussi la nuit, fait 123 km.

    Crédits: Bonzon
  • 1967 Bernard Dunand (debout), vainqueur du Bol d’Or sur son 6 m «JI Vega».

    Crédits: Bernard Dunand
  • Départ du Bol d’Or dans les années 80. Au premier plan, l’«OPNI» (Objet planant non identifié), dont la performance sera remarquée lors de la course de 1983.

    Crédits: Noël Charmillot
  • 2001 Ernesto Bertarelli fête la victoire d’«Alinghi».

    Crédits: Di Nolfi
  • 2009 Alain Gauthier et Michel Desjoyeaux s’imposent à l’aube.

    Crédits: Christophe Lamps
  • 2015 Le team «Tilt» remporte la course.

    Crédits: Loris von Sienbenthal
  • 2015 Antonio Palma, associé de Mirabaud, sur un voilier de type Surprise.

    Crédits: Addor
  • Horace Julliard (en 1963)

    Crédits: Schopfer
  • Philippe Stern en 1984

    Crédits: Schopfer

A la fois course d’amateurs mais également laboratoire d’innovation technologique, le Bol d’Or Mirabaud, plus importante régate du monde en bassin fermé, prend son départ, le 11 juin, au large de la Société nautique de Genève. Environ 500 bateaux barrés par de fins régatiers, des amateurs ou des marins aux palmarès fournis, prendront part à cette 78e édition marquée par de nombreuses nouveautés, tant d’un point de vue sportif que technologique. 

Cette course, devenue légendaire, accueillera en effet, pour la première fois, des petits catamarans de sport de la catégorie C1 (18-21 pieds), des bateaux rapides qui pimenteront encore plus l’événement, notamment au moment du coup de canon du départ. 

De plus, chaque bateau sera équipé d’une balise afin de permettre aux spectateurs de suivre la course en direct, se glissant virtuellement  dans la peau des plus grands skippers. Vidéos, photos et textes seront diffusés en instantané sur Facebook, Instagram, Twitter ou encore YouTube, rendant la course accessible en live à un public beaucoup plus large.

Cela fait bientôt huitante ans que la légende du Bol d’Or fait rêver tous les amoureux de la voile. C’est en 1939, en pleine période de troubles politiques en Europe, que six amis, parmi lesquels le Dr Pierre Bonnet, décident de lancer une régate qui allait aussi se courir la nuit sur une distance de 123 km, de Genève au Bouveret et retour.

«Nous souhaitons organiser une course de grand fond, destinée à éprouver la résistance physique de nos navigateurs, ainsi que leur sens du lac, indiquait alors Pierre Bonnet. Jamais une régate aussi longue n’a été disputée en Suisse, et nous espérons que le succès nous permettra de la rendre annuelle.» 

Pour cette première édition, seuls 26 notables participent sur des embarcations «de fortune», mettant alors en jeu un bol en or. A l’époque, aucune rive n’était éclairée, rendant la course quelque peu chaotique. La seconde régate se déroule en 1940, durant la guerre. Elle aussi se révèle un peu délicate: en raison de l’occupation allemande, les bateaux ont l’interdiction de naviguer en eaux françaises et doivent suivre un tracé longeant les côtés helvétiques.  

«Nous entendions les coqs chanter»

A la fois météorologue, passionné de voile et architecte naval, créateur des multicoques les plus novateurs du Léman, Bernard Dunand s’est lancé dans l’aventure en 1955. Ce dernier, qui a remporté de nombreuses éditions du Bol d’Or dans différentes catégories, se souvient avec nostalgie du temps où la course enregistrait quelques dizaines de bateaux. «Nous naviguions dans un lac quasiment désert. Le matin, en longeant la rive, nous entendions les coqs chanter ou des joueurs de cor des Alpes souffler dans leur instrument. C’était très poétique.»

Philippe Dürr, passionné de voile, rêvait lui aussi, déjà tout petit, de prendre part à la plus grande course d’eau douce du monde. «Quand je voyais mon père faire le Bol d’Or, je trouvais cela magique», raconte celui dont la première participation remonte à 1971.

«Le Bol d’Or, c’est la fête du lac.» Ce constructeur et rénovateur de bateaux sur le chantier naval du Vieux-Port à Versoix a remporté à de multiples reprises la course. Il se souvient: «Lorsque nous naviguions avec Philippe Stern, il nous promettait systématiquement le meilleur cru de toute la course. Quand il n’y avait plus de vent, on débouchait la bouteille «pour faire revenir «par super-stition» le vent… Et puis, avec les années, nous avions des bateaux plus rapides, impossible donc de trinquer durant la course. Nous attendions l’arrivée pour ouvrir le flacon qui était dès lors bien secoué.» 

Avec les années, l’organisation et les concurrents se sont professionnalisés avec un matériel de plus en plus fiable. Petit à petit, l’événement a commencé à attirer des aventuriers des mers confirmés. «Avec l’augmentation des participants, on a vu apparaître des compétiteurs», se remémore Bernard Dunand.

De nombreuses «stars» telles que Loïck Peyron, Eric Tabarly, Ellen MacArthur, Florence Arthaud, Franck Cammas, Russell Coutts, Michel Desjoyeaux ou encore Bernard Stamm ont pris part – et certains viennent régulièrement – à ce rendez-vous devenu incontournable avant l’été. 

Et puis, depuis une petite quinzaine d’années – avec la victoire d’«Alinghi» à la Coupe de l’America à Auckland en 2003, l’intérêt grandit pour la voile en Suisse – la course est devenue ultrasponsorisée. Depuis plus de dix ans, c’est, notamment, la banque privée genevoise Mirabaud qui est devenue le partenaire principal, donnant même son nom à la célèbre course. 

Amateurs et professionnels ensemble

Le Bol d’Or est également devenu un laboratoire d’innovation technologique dans le domaine de la voile. L’évolution technologique a en effet permis aux compétiteurs d’améliorer considérablement les performances des machines de course lémaniques, reconnues mondialement.

«Prochainement, on verra apparaître des bateaux à foils qui pourront voler dès 20 km/h de vent seulement, ce qui pourrait engendrer pas mal de problèmes de sécurité», estime cependant Bernard Dunand. Sans oublier les nouveaux moyens de communication, les drones ou encore les smartphones, qui permettent aujourd’hui d’avoir toutes les informations nécessaires sur la position des concurrents et sur la météo. 

Même si ces évolutions enlèvent un peu de charme à la course, selon Bernard Dunand, la particularité de cette régate réside surtout dans le fait qu’elle mélange amateurs et professionnels de la voile. Petits et grands bateaux, monocoques et catamarans, voiliers de course et bateaux de plaisance sont réunis chaque année sur le même parcours.

«Alors que certains participants s’inscrivent pour passer un bon moment en famille ou entre amis, d’autres y vont pour le sport et la compétition», indique Rodolphe Gautier, président du comité d’organisation. 

Il s’agit en tout cas de l’une des seules courses du monde où toutes les catégories de bateaux et les navigateurs de tous niveaux, y compris des professionnels, se mélangent sur le même parcours. Chaque participant vit la course de manière complètement différente selon la catégorie dans laquelle il court, souligne Rodolphe Gautier.

Chacun peut choisir son bateau et son équipage. Par exemple, Antonio Palma, associé de Mirabaud, a plus de 20 participations à son actif, effectuées sur un voilier monotype de type Surprise. De son côté, le navigateur genevois Dominique Wavre affirme participer régulièrement au Bol d’Or avec des amis sur un petit bateau, «juste pour le plaisir de régater». 

Des moments incroyables

«De manière générale, l’objectif des concurrents est d’arriver suffisamment tôt à la Société nautique de Genève pour manger des filets de perche du jour», raconte un navigateur passionné. Tel ne fut pas le cas de l’équipage – majoritairement féminin – de Dona Bertarelli qui s’imposa pour la première fois en 2010.

Le D35 «Ladycat» passa l’arrivée à 2 h 49 le dimanche matin. «En pleine nuit, il n’y avait absolument plus personne pour les accueillir», se souvient Christophe Lamps, membre du comité d’organisation du Bol d’Or Mirabaud. 

De manière générale, il se passe toujours un événement chaud durant la course qui la rend étonnante. Ce fut par exemple le cas quand Ernesto Bertarelli a disputé son premier Bol d’Or en 1994, couru par une puissante bise. Après avoir chaviré à bord d’un multicoque, il franchit la ligne d’arrivée à la troisième place à l’envers.

Cette aventure le motivera à construire un nouvel «Alinghi», révolutionnaire et précurseur d’une grande aventure. Et puis, il y a aussi cet autre coéquipier, qui, tombé à l’eau au départ, ne souhaitait pas se faire aider pour ne pas disqualifier son bateau. «Ce sont tous ces moments incroyables qui font que cette course reste unique», conclut le président du comité d’organisation.  

Chantal Mathez

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