Bilan

Le marché du bien-être s'adapte face à la crise du Coronavirus

Méditation, hypnose, yoga, danse ou encore cuisine... Depuis la mise en place des mesures de restrictions de déplacement et de confinement de la population dans la plupart des pays européens, les offres en ligne se multiplient et le public est au rendez-vous ! Certains professionnels du secteur existent déjà sur Internet depuis longtemps, tandis que d'autres doivent s'adapter pour répondre à la demande. Tour d'horizon.

En période de confinement, le yoga se pratique seul, mais aussi souvent en connexion en ligne.

Crédits: DR

Le coronavirus affecte notre santé mentale et psychique. La crise sanitaire et les conséquences qui en découlent – inactivité, isolement, confinement – contribuent à saper le moral des Européens en proie au stress et à l'anxiété, voire même à la dépression.

Selon un sondage réalisé par l'institut Sotomo pour la SSR et rendu public mardi 24 mars, l'état d'esprit des Suisses s'est dégradé depuis le début de la crise. Leurs inquiétudes concernent la restriction des libertés (38% de fortes craintes), les pertes financières (33%), la perte d'emploi (15%) et l'augmentation des conflits privés (10%). Comment ne pas se laisser déborder par ses émotions ? Et quelles sont les options à notre disposition pour apaiser notre esprit ?

Se rendre utile

Face à cette situation inédite, Petit Bambou a été l'un des premiers acteurs à réagir. L'application de méditation en ligne qui compte 4,7 millions d'utilisateurs dans le monde, dont 300'000 en Suisse, a décidé de rendre accessibles gratuitement certains de ses programmes pour les adultes, ainsi que les séances d'initiation pour les enfants et les adolescents. «On voulait réagir vite pour apporter notre aide à toutes les personnes dans le besoin en cette période particulière: toutes celles et ceux qui sont sur le front au quotidien, mais aussi les parents et les enfants confinés à la maison», explique Benjamin Blasco, le co-fondateur de Petit Bambou.

La startup française a également mis en place un rendez-vous de méditation collective avec une dizaine d'experts bénévoles, du lundi au vendredi à 9h, en live sur sa page Facebook. L'objectif étant offrir à tous un petit moment de bien-être et d'échange avant de commencer la journée. Et le succès est là: «Le nombre d'utilisateurs a été multiplié par trois ces derniers jours», constate Benjamin Blasco.

Thomas Busigny a guidé la séance de lundi consacrée à la joie. Cet exercice n'est pas nouveau pour lui. Le psychologue et psychothérapeute belge organise, depuis plusieurs années déjà, des programmes de méditation collective en petits groupes dans son cabinet à Toulouse: «Beaucoup de gens méditent seuls», précise-t-il, «la dimension collective permet d'apporter un vrai plus: l'échange entre les gens. Avec l'instauration du confinement en France, j'ai voulu me rendre utile donc j'ai décidé de lancer un nouvel atelier quotidien de méditation public pour tous les francophones sur la plateforme Zoom.»

Depuis une semaine, une centaine de personnes participe, chaque jour, à ces sessions: certaines sont habituées à ce type d'exercices, mais pour d'autres c'est une première... «Il y a une réelle demande qui va grandir avec la crise», selon Thomas Busigny, «les gens ont pris conscience du besoin de se reconnecter et de leur capacité de résilience.»

La résilience comme remède

La résilience – ou «la capacité de rebondir et de grandir face à l'adversité» – c'est un sujet cher à Alexia Michiels. Dans son livre L’Elan de la résilience publié en 2017 aux éditions Favre, la co-fondatrice du Resilience Institute Europe détaille cent «clés pratiques» pour développer notre résilience personnelle au quotidien. Par exemple: «prendre le temps de se calmer en exerçant sa respiration», «éviter les écrans avant d'aller se coucher», «se rappeler les bons souvenir pour stimuler une émotion positive»... Des exercices simples à appliquer qui prennent tout leur sens en cette période de crise pour Alexia Michiels: «il faut s'astreindre à une discipline, mais aussi être capable de faire des ajustements si nécessaire.»

Depuis dix ans, la consultante belge basée à Genève aide les entreprises à développer leurs compétences de résilience pour relever le défi de la transformation de nos sociétés, à travers la mise en pratique des enseignements théoriques du docteur Sven Hansen, fondateur du Resilience Institut en Nouvelle-Zélande. Pour répondre à la crise du coronavirus, elle a mis en place avec son équipe, dans l'urgence, un programme de diagnostic et d'accompagnement 100% numérique à destination de toutes les entreprises touchées de près ou de loin par le Covid-19.

Pour gérer le stress et l'anxiété excessive, certains se tournent vers l'hypnose. Cette pratique thérapeutique qui permet d'agir sur notre état de conscience a prouvé son efficacité dans le domaine médical et rencontre un franc succès depuis une dizaine d'années. «L'hypnose permet d'apaiser le mental et de réduire le stress en baissant le taux de cortisol», explique Florence Noël, hypnothérapeute indépendante en Suisse.

Elle s'est associée avec une cinquantaine de collègues indépendants pour lancer une plateforme de consultation en ligne, entièrement sécurisée, sponsorisée par le centre de thérapies contemporaines MHP de Lausanne. Durant toute la période de la pandémie, ils proposent des séances au tarif solidaire de 60CHF. «Notre objectif est double», précise Florence Noël, «nous voulions nous mobiliser pour apporter notre aide à toutes les personnes qui rencontrent un surcroit de stress et d'anxiété actuellement et, par cette action, nous voulons aussi soutenir économiquement tous les indépendants privés de revenus durant la crise.»

Bien bouger, bien manger, bien vivre

Pour bien vivre, il faut aussi bien bouger et faire de l'exercice physique. Parmi les activités en vogue: le yoga et le pilates. Ces disciplines sont plébiscités parce qu'elle permettent de travailler le corps et l'esprit, à travers des exercices de respiration notamment. Les offres existent depuis longtemps sur Internet (Asana Rebel, Alo Moves, Cyberobics...) et la plupart de ces plateformes proposent des tarifs avantageux en ce moment. Alors pour ne pas perdre leurs clientèles, les structures traditionnelles s'organisent et les professeurs se mettent à la vidéo... tant bien que mal !

Cathy Maeder dirige le studio Pilates Focus à Chene-Bourg. «On n'a pas le choix, il faut s'adapter. Quand j'ai été contrainte d'arrêter les cours, mes clientes m'ont immédiatement contactée pour me demander comment elles pouvaient continuer à travailler chez elles, alors j'ai téléchargé l'application Zoom et j'ai décidé de poursuivre tous mes cours en ligne.» Mais pour Cathy Maeder rien ne remplacera le contact et l'échange physique: «je suis mes clientes depuis plusieurs années, pour certaines d'entre elles, je connais leurs défauts et leurs besoins, alors c'est difficile de ne pas pouvoir les corriger directement», déplore-t-elle, «il faut bien choisir le type d'exercices et être beaucoup plus rigoureux dans son vocabulaire.»

Soraya Francisco. (DR)
Soraya Francisco. (DR)

Soraya Francisco a créé le Studio SoHam dans le quartier des Pâquis, à Genève, il y a quatre ans. Et pour elle, la vidéo offre de nouvelles opportunités, alors elle relayé un appel sur les réseaux sociaux pour ouvrir ses cours gratuitement à de nouvelles personnes via la plateforme Join.me. «Le bouche à oreille a bien fonctionné: une vingtaine de personnes participe à chaque cours, en moyenne, et plus de la moitié ne sont pas des membres du studio», constate-t-elle. «Je pense qu'il y a un nouveau marché qui se développe», poursuit-elle, «notamment avec les gens timides qui sont plus ouverts à ce type de pratique en restant dans leur environnement, et dans ce cas là, le yoga en ligne permet d'abolir les distances et de créer des liens supplémentaires!»

D'autres activités physiques et artistiques sont remises au goût du jour en cette période de confinement, comme la danse, la musique ou même la cuisine. Toutes peuvent se pratiquer à la maison. Le site internet Superprof met en relation les élèves avec des professeurs particuliers dans plus d'un millier de disciplines allant des matières scolaires aux loisirs. «Depuis plusieurs années déjà, on constate un regain d'intérêt pour toutes les activités de bien-être: en sept ans, la demande a doublé», note Camille Lemardele, directeur des opérations chez Superprof.

Chez Superprof. (DR)
Chez Superprof. (DR)

Face aux mesures de restrictions de déplacement et de confinement mises en place dans la plupart des pays européens, la startup française qui est présente dans 28 pays, dont la Suisse, avec 27'000 professeurs, a demandé à tous ses collaborateurs de donner leurs cours exclusivement par webcam. «Certains professeurs le faisaient déjà; pour les autres, on a préparé un petit guide pratique qui présente les différentes applications possibles et les règles à suivre pour produire une vidéo de bonne qualité.» Objectif: répondre à la demande et aider les gens à tirer profit du temps qui leur est offert pour apaiser leur corps et leur esprit.

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Laure Wagner

Journaliste

Lui écrire

Laure Wagner est correspondante indépendante à Genève pour les médias francophones. Elle a travaillé pendant six années en tant que journaliste rédactrice et reporter au sein de la rédaction de France 24 à Paris.

Pour le service politique, elle a couvert tous les grands événements de ces dernières années et notamment les élections présidentielles et législatives françaises de 2012 et 2017. Elle a également réalisé de nombreux reportages sur des sujets d'économie et de société pour les différents magazines de la chaîne internationale.

Elle est titulaire d'une double licence en Histoire et en Science Politique et d'un master en Histoire des relations internationales (Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne).

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