Bilan

Le luxe automobile s’épanouit à Gstaad

Trois propriétaires de la marque anglaise Aston Martin sont des habitués de l’Oberland: Peter Livanos, Ernesto Bertarelli et Lawrence Stroll, un milliardaire canadien de Genève.

  • La livraison du nouveau SUV DBX d’Aston Martin a été repoussée.

    Crédits: Aston Martin
  • Le Genevois Ernesto Bertarelli a pris une participation de 3,4% dans Aston Martin...

    Crédits: Georges Cabrera
  • ... et Peter Livanos a possédé jusqu’à 75% du contructeur automobile de luxe.

    Crédits: George Pahountis Photography
  • Lawrence Stroll, président exécutif d’Aston Martin, vit entre Genève et Gstaad.

    Crédits: Lawrence Stroll, président exécutif d’Aston Martin, vit entre Genève et Gstaad.

Cela devait être une «première» du Salon de Genève, mais le coronavirus l’a bloquée au garage dès les premiers beaux jours de mars. Nouveau président exécutif d’Aston Martin, Lawrence Stroll comptait beaucoup sur le nouveau SUV DBX. Concurrente des SUV (voitures bicorps tout-terrain) de Lamborghini ou Bentley, la DBX devait être l’arme pour relancer la marque de prédilection de James Bond. C’est raté.

Lawrence Stroll n’est pas un inconnu dans l’automobile. Ce Canadien de 61 ans, qui vit à Genève et Gstaad, quand il n’accompagne pas son fils Lance sur les circuits, a investi gros dans la marque anglaise. Il a gagné sa fortune dans la mode en important au Canada les vêtements Pierre Cardin, Ralph Lauren, Tommy Hilfiger, etc. Il est aussi propriétaire du circuit Mont-Tremblant près de Montréal. Une fortune que Lawrence Stroll compte réinvestir dans Aston Martin, dont il détiendra à terme 20% du capital.

600 millions d’argent frais

Le 30 mars, les actionnaires d’Aston Martin Lagonda ont approuvé une levée de fonds de 600 millions de francs, soutenue par une injection de 300 millions de la part de Yew Tree, consortium d’investisseurs dirigé par Lawrence Stroll aux côtés du CEO Andy Palmer et Marek Reichman, designer en chef de la marque.

L’objectif avoué du Canado-Genevois est de doubler Ferrari à la fois sur les circuits et sur la route: «Je ferai d’Aston Martin la marque de luxe N°1 au monde», a-t-il déclaré pour commenter sa prise de participation. Mais alors que Ferrari construit ses modèles selon les données spécifiques du client, Aston Martin produit des voitures sans acheteur déterminé. En période de crise, cela crée des stocks difficiles à écouler.

Lawrence Stroll connaît bien la marque au cheval cabré. Il en a été l’importateur au Canada et un gros collectionneur. Mais battre Ferrari n’est pas gagné d’avance. Même si l’homme d’affaires genevois Ernesto Bertarelli (54 ans) – que l’on connaît mieux pour sa passion de la voile – lui a prêté main-forte en prenant une participation de 3,4% dans Aston Martin Lagonda Global Holding. Par le jeu d’émission de nouvelles actions, sa participation reste modeste, diluée finalement à 0,7%.

Avant eux, un autre amoureux à la fois d’Aston Martin et de Gstaad avait pris les commandes de la marque chère à James Bond. En 1983, Peter Livanos, fils d’armateur grec de Gstaad et de Lausanne, avait porté sa part à 75%. A 35 ans, le fils de George Livanos avait carrément acheté l’usine. Plus tard, les principaux actionnaires – l’italien Investindustrial et le koweïtien Adeem Investment – avaient tiré les marrons du feu, mais laissé la société redressée par Ford livrée à elle-même. Le Brexit n’a pas aidé la marque aux deux ailes, elle qui achète les moteurs et les systèmes de transmission auprès de constructeurs européens, notamment à Cologne. La production britannique a chuté de 14,2% pour atteindre son niveau le plus bas depuis 2010.

Usines rouvertes en Angleterre

En mars dernier, l’entreprise a dû fermer ses usines de Gaydon, au nord-ouest de Londres, et de St Athan au Pays de Galles. Elle doit les rouvrir le 5 mai en appliquant de strictes mesures de protection. Les syndicats britanniques veillent au grain et cela a un coût. En l’espace d’un an, le cours de l’action a chuté de 80% et la livraison du nouveau SUV DBX a encore été repoussée. Vendu à plus de 200 000 francs, il devrait faire son apparition en version Coupé. Pour le directeur des opérations Andy Palmer, la priorité sera donnée par la suite aux nouveaux modèles à moteur central, la Valkyrie, développée en collaboration avec l’écurie Red Bull, et sa petite sœur, la Valhalla en 2022. Produit à 500 exemplaires, ce coupé en fibre de carbone recevra une mécanique hybride combinée à un moteur V6 turbocompressé de quelque 1000 CV!

En mars, les nouveaux patrons d’Aston Martin ont dévoilé la future V12 Speedster, prototype inspiré de la F1 et qui sera produit à 88 unités pour la somme de 765 000 livres (920 000 francs). Quant au modèle électrique dévoilé au Salon de Shanghai, la Rapide E, sa production est reportée à 2025.

L’inconnue de la Formule 1

La situation n’est guère plus rose en F1. La saison ne devrait débuter qu’en juillet en Autriche après l’annulation ou le report des huit premières courses. Selon Chase Carey, nouveau PDG de la Formule 1 et successeur d’un autre résident de Gstaad, Bernie Ecclestone, les monoplaces devaient reprendre la piste de septembre à novembre en Eurasie et dans les Amériques, puis terminer la saison dans le Golfe en décembre avec Bahreïn et la finale à Abu Dhabi, soit entre 15 et 18 courses. Les premières épreuves pourraient être organisées à huis clos, mais des problèmes doivent encore être résolus pour assurer la santé et la sécurité.

Naviguant en plein brouillard, les actionnaires d’Aston Martin ont approuvé malgré tout le retour en F1 en tant que constructeur pour 2021. L’écurie Racing Point de Lawrence Stroll deviendra Aston Martin F1 Team, toujours basée à Silverstone, circuit proche de l’usine. Racing Point avait été créée en 2018 après la faillite de Force India et son rachat par Lawrence Stroll. Son fils Lance (22 ans) possède également le passeport belge. A 18 ans, il avait conquis son premier podium au Grand Prix d’Azerbaïdjan à Bakou.

Historiquement, Aston Martin était déjà engagée en Formule 1 en 1959 et 1960 avec l’équipe de David Brown, l’homme aux initiales DB attribuées aux modèles de la marque. Elle a ensuite brillé au Championnat du monde d’endurance, notamment avec un doublé historique aux 24 Heures du Mans de 1959.


McLaren et le groupe TAG de Mansour Ojjeh

Actionnariat McLaren Group est contrôlé à 56% par une compagnie du Bahreïn et à 14% par le groupe TAG de Mansour Ojjeh. Installé à Genève, le fils aîné de l’homme d’affaires et multimilliardaire saoudien Akram Ojjeh avait revendu en 1998 l’horloger biennois TAG Heuer pour racheter la compagnie de jets d’affaires Aeroleasing, rebaptisée TAG Aviation. Sa holding familiale est devenue l’un des piliers de McLaren Automotive, constructeur britannique cofondé avec Ron Dennis. En 1992, McLaren Cars a présenté sa première création, la McLaren F1. Œuvre de Gordon Murray, ingénieur issu de la Formule 1, elle sera déclinée en plusieurs versions. En 1998, à la suite du partenariat entre l’écurie McLaren Racing et Mercedes en F1, les deux marques se sont associées pour concevoir la Mercedes-Benz SLR McLaren. En 2019, le constructeur avait produit son 20 000e exemplaire en huit ans, atteignant les chiffres de Lamborghini.


Morgan et le prince banquier Eric Sturdza

Soutien Fondateur de la Banque Baring Brothers Sturdza en 1984 après des études à l’Uni de Lausanne, devenue Banque Eric Sturdza en 2015, le prince d’origine roumaine a suivi de près les destinées du fabricant de voitures anglaises Morgan. L’entreprise, fondée en 1910 par Henry Frederick Stanley Morgan, continue sa production artisanale sur le modèle des années 1930, tout en gardant les normes modernes de sécurité. Une partie du châssis est toujours en bois de frêne.

Au décès du fondateur en 1959, son fils Peter a maintenu la tradition familiale. En 2003, le petit-fils Charles assura la continuité jusqu’à son éviction par les actionnaires en 2013, après les remous causés par son mariage avec une mannequin de trente ans sa cadette. Sous sa direction, un modèle AeroMax a été lancé en 2005 «inspiré par le passionné de Morgan, le prince Eric Sturdza à Genève, indique le site de Morgan. Bien qu’initialement prévu comme véhicule unique et vu l’intérêt montré, il a été décidé de mettre la voiture en production, mais comme édition limitée très spéciale à 100 exemplaires. Tous ont été vendus en quelques mois!»

Contacté, le banquier genevois précise: «Je n’ai jamais investi, ni eu de participation, mais il est vrai que je les ai beaucoup aidés.»

Oliver Grivat

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