Bilan

Le grand dessein aborigène de Bérengère Primat

La mécène basée en Valais entend faire de la Fondation Opale le centre européen de cet art provenant d’Australie.

  • Bérengère Primat: «S’occuper de cette fondation est un vrai bonheur plus qu’un travail.»

    Crédits: Sedrik Nemeth
  • «Territoire autour du Mont Allan», de Clifford Possum Tjapaltjarri.

    Crédits: Vincent Girier-Dufournier, 2020 Pro Litteris, Zurich

Cela fait dix-huit mois maintenant que Bérengère Primat a repris la Fondation Pierre Arnaud à Lens/Crans-Montana. Elle l’a rebaptisée Fondation Opale, du nom d’une pierre mythologique de la culture aborigène. C’est de cet art, en effet, que la mécène du haut plateau est tombée amoureuse il y a maintenant dix-huit ans, lorsque son ex-mari, l’artiste et galeriste parisien Arnaud Serval, lui avait fait découvrir l’Australie et sa population autochtone où lui-même avait vécu jeune adulte. «Il m’a permis d’avoir accès à ces gens-là et de découvrir le savoir-faire ancestral de cette communauté d’Océanie.»

Petit à petit, elle acquiert, sans s’en rendre compte, des pièces uniques qui composeront une collection de près de 900 œuvres, l’une des plus importantes d’Europe. Tous ces objets qui sont ou seront exposés en partie à Lens dès cet été représentent des «morceaux de sa vie». Cette vie justement qui se déroule depuis quarante-cinq ans entre Paris, Genève, Crans-Montana, les Etats-Unis et l’Australie.

Bérengère Primat est l’aînée de huit enfants. Ses parents, Martine et feu Didier Primat, sont des industriels, héritiers de l’empire pétrolier Schlumberger, dont la fortune est estimée par Bilan entre 2 et 3 milliards de francs. D’origine française, la famille s’est installée en 1981 à Genève. Martine Primat et ses enfants possèdent aujourd’hui encore 2% du capital de la multinationale de services et équipements pétroliers ainsi que la société d’investissement Primwest qui gère le patrimoine familial. Parmi celui-ci, le resort Primland en Virginie. C’est justement là-bas que Bérengère Primat ira travailler après avoir obtenu son diplôme de l’Ecole hôtelière de Lausanne en 1997. L’établissement cinq étoiles a été construit par son père sur un terrain de 6000 hectares où l’on peut croiser des ours et autres animaux sauvages. Le domaine propose du golf, de la chasse et possède même son propre observatoire astronomique. Les clients peuvent dormir dans le lodge principal, au milieu des montagnes ou dans des cabanes de luxe suspendues dans des arbres.

Heureux hasard de la vie, c’est en Virginie, non loin de là, que se trouve le seul grand musée d’art aborigène des Etats-Unis. «Mon père – décédé en 2008 – aimait les contrées sauvages. Il m’a donné le goût de ces régions reculées que l’on retrouve notamment aux Etats-Unis et en Australie», raconte Bérengère Primat. La famille possède également le Domaine des Etangs, près d’Angoulême en Charente limousine. Le château du XIIIe siècle qui s’étend sur 1000 hectares de nature préservée est géré par la sœur de Bérengère, Garance Primat. Elle aussi a le virus de l’art puisqu’elle organise chaque année au sein du domaine des expositions d’artistes contemporains internationaux.

Cela fait sept ans maintenant que Bérengère Primat vit à Crans-Montana, entourée de sept enfants entre 4 et 21 ans (cinq enfants à elle et deux de son compagnon). Martine, sa mère et son frère Harold y sont également domiciliés. Ce dernier, pilote de course automobile aujourd’hui à la retraite sportive, est même ambassadeur de la station. Bérengère Primat est par ailleurs vice-présidente du Régent Crans-Montana College, car elle est convaincue que «l’art et l’éducation transmettent des messages importants qui permettent à tous de mieux vivre ensemble. Avant de reprendre la fondation, j’ai demandé l’accord de mes enfants, car ce sont eux qui reprendront l’établissement plus tard.» Son fils aîné et sa mère font déjà partie du conseil de fondation. «Mais s’occuper de cette fondation est un vrai bonheur plus qu’un travail, commente Bérengère Primat. Car travailler avec des artistes aborigènes et recevoir des dizaines de remerciements couchés quotidiennement dans le livre d’or font chaud au cœur. Sans compter que l’art permet de s’évader, de rêver, de devenir immortel en quelque sorte.»

Prochaine exposition

En attendant, si le monde revient à la normale après la crise mondiale générée par la pandémie du coronavirus, la Fondation Opale accueillera mi-juin des artistes aborigènes et leurs homologues de la scène internationale contemporaine. L’exposition, intitulée «Résonances», fait suite à «Before Time Began» qui a fait connaître au grand public les origines de cet art venant d’Australie. Avant cela, Bérengère Primat a accueilli la première exposition rétrospective du photographe Yann Arthus-Bertrand en Suisse. Un succès, avec 33 000 visiteurs en 2019.

Après deux premiers mois prometteurs, 2020 sera toutefois plus difficile étant donné la fermeture actuelle des établissements durant de longues semaines. Mais la résidente de Crans-Montana ne perd pas espoir. Selon elle, «Résonances» tombera à pic puisque l’art aborigène «relie le passé et le présent, les gens avec leur territoire. Il montre l’importance de prendre soin de la nature, et aussi des êtres humains qui proviennent de poussières d’étoiles et d’écorces terrestres».

Cette dernière n’entend pas dévoiler le budget de fonctionnement de la fondation. Elle explique simplement qu’il faut compter environ 250 000 francs minimum pour monter une exposition. Le musée fonctionne également grâce aux recettes du restaurant et à l’aide financière de l’Association des communes de Crans-Montana, de la Fondation du Casino et de la Loterie Romande.

«RÉSONANCES»: exposition du 14 juin 2020 au 4 avril 2021 au Centre d’art Opale, du mercredi au dimanche de 10 h à 18 h à Lens/Crans-Montana.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève (IHEID) en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l'Université de Genève. Après avoir hésité à travailler dans une organisation internationale, elle décide de débuter sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Depuis 2010, Chantal est journaliste pour le magazine Bilan. Elle contribue aux grands dossiers de couverture, réalise avec passion des portraits d'entrepreneurs, met en avant les PME et les startups de la région romande. En grande amatrice de vin et de gastronomie, elle a lancé le supplément Au fil du goût, encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal est depuis 2019 rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan et responsable du hors série national Luxe by Bilan et Luxe by Finanz und Wirtschaft.

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