Bilan

Le ciel comme muse

Des profondeurs de la mer aux mouvements des astres, les horlogers se sont toujours inspirés du ciel. Des grandes complications comportent la rotation de la Lune. De la météorite s’invite dans les montres. Récit de prouesses.

  • Louis Moinet - Space Revolution: Louis Moinet a mis au point deux tourbillons satellites au sein de la même montre. L’un d’entre eux effectue un chemin en sens horaire, l’autre en sens antihoraire. « Ils se croisent 18 fois par heure », ajoute Jean-Marie Schaller.

    Crédits: Watch I Love Magazine 2020
  • Crédits: Dr

Felix Baumgartner portait une Zenith lorsqu’il a sauté de la stratosphère à la Terre. Buzz Aldrin portait, lui, une Omega lors des premiers pas de l’homme sur la Lune. Faire rêver, c’est ce à quoi aspirent les maisons horlogères qui créent des montres ayant pour thématique les astres. Et beaucoup s’y sont essayées, puisque le ciel semble être une muse inépuisable. Les vingt-quatre heures d’une journée, les mois et les saisons sont autant de mesures possibles grâce aux mouvements des planètes. « L’astronomie est la sœur de l’horlogerie », note Jean-Marie Schaller, à la tête de Louis Moinet. « Il y a cette universalité du ciel. Peu importe où l’on se trouve, on peut regarder vers le haut et l’apprécier », avance Raynald Aeschlimann, CEO d’Omega. Les horlogers étaient d’ailleurs souvent astronomes, en témoigne le créateur de Zenith, Georges-Favre Jacot. « Zenith a d’abord été un mouvement. La maison créée par le fondateur portait son nom. C’est après que la maison s’est appelée Zenith et a pris une étoile pour logo », explique Julien Tornare, actuel CEO de Zenith. Alors que les montres de plongée sont nées du besoin concret de faire ses paliers, les montres à grandes complications s’axent dans une logique plus abstraite. Patek Philippe a mis au point des montres donnant le jour sidéral. Dans la vie quotidienne, cela ne change rien. « Vous seriez étonnée de voir à quel point les clients tiennent aux phases de la Lune », glisse Raynald Aeschlimann. Il remarque une certaine fascination du ciel et de la technologie. C’est cette même fascination qui pousse tous les horlogers au-delà de leur zone de confort. Interrogé sur les limites à atteindre, Jean-Marie Schaller répond qu’il n’y en a pas. « Il faut retrouver son âme d’enfant », plaide-t-il.

Des pendules aux montres-bracelets

La mécanique n’a de cesse de se complexifier. Les pendules de Strasbourg (1574) et de Prague (1410) réalisaient déjà des prouesses. Patek Philippe avait lancé la montre de poche la plus compliquée de l’époque en 1933: la Henry Graves Supercomplication: 24 fonctions, notamment le ciel de New York affiché sur le cadran. Dès lors, comment aller plus loin ? « Nous nous efforçons de miniaturiser tout cela. Nous apprenons des ancêtres et apportons notre savoir-faire avec de nouveaux matériaux », indique Philip Barat, responsable développement montres chez Patek Philippe. Son équipe prend soin de respecter la réalité du ciel. Elle se fonde pour cela sur un calendrier d’astronomie et collabore avec un ingénieur de l’Observatoire de Genève. Les résultats se retrouvent sur la Star Caliber 2000 et sur la Grand Complication Celestial. « On y trouve une représentation exacte des étoiles de l’hémisphère nord », précise le responsable développement montres. Jaeger-LeCoultre a, de son côté, choisi de représenter ce même hémisphère depuis le 46e parallèle, latitude de sa manufacture à la vallée de Joux. « Il y a un grand défi esthétique. Souvent, les montres comprenant le ciel étoilé disposent d’un disque qui couvre le cadran, ce qui leur donne globalement la même forme », constate Stéphane Belmont, directeur du patrimoine au sein de Jaeger-LeCoultre. Pour contrer cela, Jaeger-LeCoultre a mis au point un tourbillon volant orbital dans sa Master Grande Tradition Grande Complication. Un tourbillon qui effectue un tour complet du cadran en l’espace d’une journée sidérale: 23 heures, 56 minutes et 4 secondes. La Rendez-Vous Celestial joue aussi avec la profondeur, avec sa carte du ciel présente sur un second niveau. Louis Moinet va même jusqu’à utiliser des météorites de Lune dans certaines de ses créations. « Il faut déjà les trouver, puis les traiter », note le patron. Il peut compter sur un ami proche pour les découper sans les casser. « Les experts se comptent sur les doigts de la main. » Omega a aussi réalisé des garde-temps avec ce matériau d’exception. « Nous avons réalisé quelques pièces pour des clients passionnés », confirme Raynald Aeschlimann. Le travail sur les cadrans est aussi très poussé. Julien Tornare évoque la série Defy Midnight. « Pour créer ces dégradés, il y a tout un travail de laques et de bains donnés aux cadrans. »

La dernière en date : la Speedmaster Silver Snoopy. (Crédits: Dr)

Opportunisme ?

Trahir la beauté du ciel serait la pire des choses. Du moins c’est ce qu’affirme le patron d’Omega. « Il ne faut pas créer ces montres pour se montrer », avertit-il. Il évoque ces maisons qui s’aventurent dans des terrains sans y mettre d’émotion. « Certains font semblant de s’associer avec des icônes du ciel. C’est incohérent », lâche-t-il. Omega, créatrice des montres qui sont allées sur la Lune, jouit d’une légitimité certaine. La marque a récemment sorti une Speedmaster Silver Snoopy Award. « Ce chien est présent à côté de la rampe de lancement de la NASA », explique Raynald Aeschlimann. Un chien devenu mascotte, qui a plus tard donné lieu au Silver Snoopy Award. Ce prix, qu’Omega a obtenu, est remis par les astronautes aux personnes ou aux entreprises qui ont contribué de manière significative au succès des missions habitées. L’équipe de Patek Philippe insiste sur l’importance du client. « Il achète car cela fait rêver, non par simple utilité », constate Philip Barat. Quant à la rentabilité, elle est discutable. « Bien sûr que la rentabilité n’est pas la même selon les produits », indique Jasmina Steele, responsable communication et relations publiques. Le jeu en vaut la chandelle, avec des notions de prestige et de savoir-faire. La Sky Moon Tourbillon est l’une des Patek Philippe les plus recherchées sur le web, après la Nautilus. Pour Stéphane Belmont, les défis technique et esthétique sont présents. « Pour indiquer l’heure sidérale, nous devons modifier le mouvement. Le temps réel n’est pas si régulier et n’a pas vingt-quatre heures en une journée », indique-t-il. A cela s’ajoutent les différents matériaux à disposition. De quoi représenter un vivier sans fin pour les horlogers.

(Crédits: Dr)
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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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