Bilan

Le célèbre chausseur de Ferrare

A l’occasion des journées particulières (du 12 au 14 octobre), le public peut aller à la rencontre des talents des maisons du groupe LVMH. Luxe a pu visiter l’une d’elles, la Manifattura Berluti de Ferrare où sont produites aujourd’hui les prestigieuses chaussures.

  • 8000 m2, superficie de l’usine où les chaussures Berluti sont fabriquées à la main en 250 opérations.

    Crédits: Dr
  • L’artisanat rend chaque chaussure unique.

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  • Pierluca Patierno, responsable des achats de cuir. Ici, avec une peau de kangourou douce.

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  • Commande spéciale : un tatouage personnel sur la chaussure.

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  • Le motif crocodile est accentué à la main.

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Le groupe du luxe LVMH a mis le paquet en chargeant en 2012 les architectes parisiens Barthélémy-Griño de construire la manufacture ultramoderne du fabricant de chaussures de luxe Berluti. La bâtisse quadrangulaire se présente comme un carton à chaussures de bois et de verre sur l’immense terrain verdoyant aux abords de Ferrare. LVMH avait intégré la marque il y a vingt-cinq ans à son portefeuille et, depuis 2011, Berluti est dirigée par Antoine Arnauld, fils du propriétaire du groupe. On estime que la marque a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros, y compris la mode masculine qui enrichit l’assortiment depuis 2011.

La « manifattura » proche de Ferrare a été inaugurée, il y a trois ans, pour réunir sous un seul toit divers ateliers qui, auparavant, étaient dispersés en ville; 100% italien, se dit-on. En réalité, le siège de la société se situe au 26, rue Marbœuf, à Paris. On y trouve aussi le magasin flagship de l’entreprise et l’atelier de production sur mesure où sont produites les chaussures les plus exclusives et les plus coûteuses de la maison. On vous y mentionne fièrement les clients célèbres qui ont fait ou font réaliser leurs chaussures ici : Yul Brynner, Jean Cocteau, Robert De Niro, Andy Warhol, Gérard Depardieu…

Entre-temps, sous l’impulsion de LVMH, 77 boutiques Berluti ont ouvert leurs portes dans le monde entier, entre Abu Dhabi et Pékin, entre Munich, Moscou et Milan, entre Beverly Hills et Paris où Berluti n’en compte pas moins de quatre. Les ventes se font principalement par le biais des magasins de la marque. Berluti fait encore patienter les fondus helvétiques de chaussures. « Mais c’est en bonne voie », assure Francois Berthet, directeur de la Manifattura Berluti de Ferrare. En attendant, chez nous, on se contente de la boutique en ligne ou alors on déniche quelques pièces de l’assortiment Berluti chez Tasoni, à Zurich, Zoug et Andermatt.

François Berthet, jeune manager venu de France, à l’origine spécialiste de la finance, s’est pris de passion en peu de temps pour l’antique artisanat de la chaussure de haute qualité. Il guide les rares visiteurs (« Ici, tout est secret comme une veille recette de cuisine ! ») avec enthousiasme à travers les ateliers lumineux, connaît les quelque 60 modèles et leurs innombrables variantes fabriquées ici en plus de 250 étapes. En bonne partie à la main, notez-le, par plus de 200 employés tous spécialistes dans leur domaine. Ils ont été en partie formés dans l’« Accademia » maison, une formation professionnelle continue par laquelle Berluti apporte sa contribution à la survie d’un artisanat ancien. « Nous ne fabriquons pas ici des chaussures sur mesure comme à l’atelier de Paris, mais quand même des collections entièrement faites à la main. Du prêt-à-chausser, souligne François Berthet. Conserver et transmettre ce savoir-faire est une de nos préoccupations majeures. » Ce n’est pas désintéressé: Berluti s’assure ainsi une relève de collaborateurs hautement qualifiés.

Processus en plusieurs étapes : la patine et la finition de la chaussure. (Crédits: Dr)

Au cœur de ce savoir-faire il y a la recherche et le choix des meilleurs cuirs et c’est un défi. « Seuls des veaux très bien nourris peuvent le fournir », explique Pierluca Patierno, responsable des achats de cuir. Il distingue entre cuirs d’hiver et cuirs d’été car l’alimentation des veaux change de saison en saison. Sa main experte effleure les peaux tannées, son regard aiguisé scrute le détail du grain. « Seulement 1% des cuirs que nous voyons convient à notre qualité Venezia. » Il trouve les meilleurs cuirs de veau en France, en Suisse et aux Pays-Bas. Ils sont d’abord tannés en blanc (!) et leur couleur finale est sprayée dans un deuxième temps.

Plus tard, quand des mains habiles ont découpé les diverses parties pour en faire une chaussure sur patron, les ont cousues en vue du produit final et fixées sur une semelle interviennent les vrais artistes. Par des mouvements précis mais routiniers, la teinte de base est éliminée et une nouvelle teinte de fond est appliquée. Suivant le modèle et la version, des tons noirs ou bruns élégants, parfois un orange lumineux, un bleu saturé ou du vert… Et finalement le cuir bénéficie du finish typique de Berluti : une patine subtilement apposée depuis les coutures. Ou, plus exclusif, un véritable tatouage au choix de l’acquéreur, piqué à la main « comme un tatouage sur la peau », complète François Berthet. Sur d’autres modèles – et c’est également typique des cuirs Berluti – sont gravés quelques mots: on dirait une écriture manuelle, indéchiffrable mais décorative. C’est Olga Berluti, petite-fille du fondateur Alessandro, qui a créé ce design. A plus de 70 ans, la vieille dame réside toujours dans son atelier du quartier du Marais.

François Berthet, directeur de la manufacture Berluti à Ferrare (Crédits: Dr)

Il va de soi que ces petits extras ont leur prix. Pour une clientèle masculine nantie (Berluti ne fabrique que des chaussures pour homme) qui dépense autour de 2000 francs dans le meilleur des cas pour des chaussures de Ferrare, mais même deux fois, trois fois ou quatre fois plus, ça en vaut vraiment la peine. Que ce soit du cuir Venezia ou d’alligator (provenant d’un élevage de Louisiane), de peau d’autruche ou de fin kangourou, quiconque porte son choix sur le prêt-à-chausser Berluti entend porter la qualité à ses pieds, pour soi-même et en toute discrétion, ou mettre un goût insolite en vitrine jusqu’au bout des orteils.

Tout ça n’est pas très éloigné des intentions de cet Alessandro Berluti qui, en 1895, émigra d’Italie vers la France et lança sa boutique à Paris pour concevoir et fabriquer les chaussures de scène d’une troupe de théâtre italienne. « Le monde entier est une scène », écrivait déjà Shakespeare dans La nuit des rois. Ou pour le dire avec l’italianité qui convient : « Tutto nel mondo è burla », « Tout est farce en ce monde », comme le résume Falstaff dans l’opéra de Verdi… deux ans avant que Berluti fonde son entreprise.


(Crédits: Dr)

Cadran et bracelet en cuir Berluti

En 2016, avec les modèles Classic Fusion Scritto All Black et Scritto King Gold, Hublot a équipé pour la première fois des montres du cuir Venezia Berluti. Et cela pour le bracelet, mais aussi, grande innovation, sur le cadran. Afin d’en extraire l’humidité naturelle avant de l’enfermer sous le verre saphir, il a fallu développer un complexe procédé maison. En 2017, les montres Classic Fusion Platinum Scritto Ocean Blue et les chronographes Berluti Scritto King Gold et All Black ont vu le jour. Cette année est arrivée la Classic Fusion Chronograph en ocean blue et en bordeaux. Ces éditions limitées chacune à 250 exemplaires sont livrées dans une Berluti Box sur mesure, y compris un set d’entretien du cuir.

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