Bilan

Le Caucase et son volcan inactif, le Mont Elbrouz

Balade automnale dans le Caucase russe. De Sotchi aux stations de ski des Jeux olympiques d’hiver 2014, la promenade se poursuit dans un quintette de villes d’eau. Un dépaysement en cyrillique. Eileen Hofer

Les épaules enneigées du Mont Elbrouz. Ce volcan inactif mesure 5642 mètres.

Crédits: Dr

Adossé à des versants enneigés, Sotchi se targue de sa promenade le long de la mer Noire et de ses luxuriants jardins. La riviera pontique possède cette atmosphère de vacances éternelles propre à la Côte d’Azur. Des palmiers et cyprès ponctuent les plages de galets de la station balnéaire russe. Les terrasses des restaurants affichent leur pêche du jour en cyrillique, alléchant les babines des vacanciers, pour la plupart des autochtones privés de soleil. A chaque coin de rue, des vendeurs ambulants proposent du Kvass, cette boisson nationale fabriquée à base de pain de seigle ou noir, d’eau et d’herbes. Les derniers baigneurs de la saison se laissent bercer par les rayons d’un doux soleil tandis que des curieux déambulent à Adler, dans le parc olympique construit pour les Jeux d’hiver de 2014. Nous sommes en automne, un tel climat en Russie a de quoi perturber les esprits.

Déjà les voyageurs de l’Antiquité se laissaient séduire par cette côte propice à la culture des agrumes. Dès 1903, des plantes de théiers prendront racine dans les montagnes de Sotchi. Surprenant qu’un arbuste subtropical survive au pays du froid ! A moins d’une heure de route, les pieds dans les plantations du village Solokh-
Aoul, on apprend que ce climat facilite la production d’un thé baptisé Krasnodar et considéré comme le plus septentrional du monde. Durant la période soviétique, il deviendra le préféré du Politburo et de Brejnev.

Aux alentours des villes thermales du Caucase, des lacs et chutes d’eau comme ici à Jeleznovodsk. (Crédits: Dr)

Au début du XXe siècle, aristocrates et industriels de Saint-Pétersbourg et de Moscou s’entichent de cette destination au bord de la mer Noire et bâtissent leurs résidences secondaires sur la route de la corniche de Sotchi. La cité devient à la mode pour ses cures thermales. Si en 1904, on répertorie déjà une trentaine d’adresses, le décret de Lénine de 1919 « sur les régions de cure d’importance nationale » provoque un essor. Même Staline y séjournera chaque année. Les visites guidées de sa datcha lèvent le voile sur un dignitaire sensible aux bienfaits des bains. Ses employés avaient d’ailleurs pour ordre de remplir chaque jour sa piscine d’eau de mer.

Les villes d’eaux thermales du Caucase

Durant la période soviétique, les sanatoriums dans le nord du Caucase accueillent l’intelligentsia avant d’ouvrir ses portes au tourisme de masse, ciblant d’abord les travailleurs méritants. On abandonne le bord de mer pour se prélasser aussi dans ces eaux fortement minéralisées ou riches en sulfates.

Les Républiques bi-ethniques : la Karatchaïévo-Tcherkessie et la Kabardino-Balkarie se traversent paisiblement. Sur les plaines agricoles, les tracteurs récoltent maïs, betteraves et pommes de terre. L’air se rafraîchit dans les piémonts caucasiens dont les sommets ont servi de rempart naturel aux invasions. Enfin, au loin, la forêt touffue qui sert d’écrin à ces villes d’eau.

Parmi les stations thermales, réunies dans un rayon de 40 kilomètres, on retient l’endormie Mineralnyé Vody, les sereines Jeleznovodsk et Essentouki. Piatigorsk, considérée comme le Baden-Baden de Russie, attirait déjà les mondaines au XIXe siècle avec son parc élégant et la quiétude de ses rues arborées. Aujourd’hui, son téléphérique menant au Mont-Matchouk éveille la curiosité des touristes. Kislovodsk se démarque pour son eau minérale de « Narzan », en langue kabardienne la « boisson des guerriers », avec des fontaines qui ponctuent la promenade. Dans les couloirs défraîchis des centres thermaux, des curistes patientent tandis que médecins et infirmières remplissent des formulaires, relique du régime passé.

Après un traitement thermal, excursion à Dargavz. Cette Cité des morts se situe à une heure de route de Vladikavkaz, la capitale de l’Ossétie du Nord. (Crédits: Dr)

Nombreux sont les écrivains russes qui visitèrent le Caucase, cette terre de villégiature. Pouchkine et Tchekhov mentionnèrent dans leurs œuvres leur séjour autour de Kislovodsk. Tolstoï y écrit Les cosaques. C’est dans cette même ville d’eau que le lauréat du Prix Nobel de littérature, Alexandre Soljenitsyne, naquit en 1918. Mais ce sont les légendes associées à un poète maudit qui pullulent. Mikhail Lermontov, décédé à la suite d’un duel en 1841 à l’âge de 27 ans, est la seule figure qui aura marqué les cinq villes d’eau du nord du Caucase. Elles sont empreintes de l’œuvre romantique de ce bad boy mort prématurément à Piatigorsk. Aujourd’hui, les babouchkas sagement assises sur leur tabouret, entre musiciens et marchands, hèlent le promeneur pour lui vendre un parcours touristique autour de sa personne. Cet officier poète a écrit, lors de son exil dans le Caucase, un chef-d’œuvre de la poésie russe : Le démon. En souvenir, une sculpture représentant le monstre veille sur les curistes. A la nuit tombée, alors que le spectacle en couleur de la fontaine attire les badauds, les yeux de l’ange déchu s’illuminent, rouge sang.

Ces villes servent de point de départ pour découvrir le Caucase où, depuis 1991, des églises et mosquées se reconstruisent. Aujourd’hui encore, d’un village à un autre, les us et coutumes diffèrent. Au fil des jours, « le Mont des langues », ainsi surnommé par les géographes arabes désarmés face à la mosaïque ethnique de ces républiques, se dévoile.

Entre ces villes d’eaux, les panneaux en cyrillique rendent l’épopée cocasse pour l’étranger à la merci de son GPS. Sur une artère, une vache allongée au milieu des voies fait crisser les freins des vieilles Lada. Plus tard, un mouton égaré se fera dépasser furieusement à un carrefour. Dans les villages, des producteurs vendent leur miel artisanal. Un étal improvisé regorge d’autres trésors: noix, tomates et pastèques qu’une adolescente, aux pommettes saillantes, s’empresse de peser sur une balance rouillée.

Au départ de Kislovodsk, on immortalise les cinq cascades de miel puis les mégalithes aux alentours de Gili su. Des thermalistes fanatiques squattent les tentes de ce campement, à plus de 2300 mètres d’altitude et pataugent dans les sources minérales, parfois tempérées. Des grands-mères remplissent des bidons de cette eau miraculeuse. Certaines débarquent de la banlieue moscovite, d’autres du village voisin.

Un pique-nique frugal clôt l’escapade. Sont posés sur une nappe improvisée des chachliks, entendez brochettes de viande. L’aneth et le persil côtoient tomates, concombres et pain lavach, ce pita du Caucase. La vodka coule à flots et les toasts se succèdent. Au loin, des chevaux s’effacent dans l’horizon tandis que des nuages cotonneux découvrent les épaules enneigées du Mont-Elbrouz. Avec ses 5642 mètres, ce volcan inactif est considéré comme le plus haut sommet d’Europe. Un décor romanesque.


INFORMATIONS PRATIQUES

Sotchi : La tour de l’Hôtel Pullman, situé à côté de la cathédrale Saint-Michel-Archange, possède sa plage privée. Du spa, avec piscine et centre de remise en forme, au 16e étage, on profite de la vue panoramique sur la mer et le centre-ville. www.pullmanhotels.com

Adler : Cette station balnéaire accueille depuis les Jeux d’hiver de 2014 des infrastructures de luxe à l’instar du Radisson Blu. Un programme quotidien d’activités pour les familles est proposé. Location de vélos pour découvrir le Parc olympique et le circuit de Formule 1. Des navettes rejoignent gratuitement la station de ski de Rosa Khutor. (s)

www.radissonblu.com

Rosa Khutor et environs :

Le Rixos Krasnaya Polyana Sochi est situé à 100 mètres des remontées mécaniques de Gornaya Karusel. L’établissement cumule les prix comme celui de meilleur hôtel de ski en Russie en 2016 et 2017 au World Ski Awards, meilleur hôtel de montagne en Russie au World Luxury Hotel Awards et meilleur complexe spa au World Spa Awards en 2017. www.rixos.com

Turkish Airlines propose un vol quotidien via Istanbul pour Sotchi à partir de Fr. 463.-
l’aller-retour pour une durée de 7h30. Possibilité d‘un stop over à Istanbul pour un week-end sur les bords du Bosphore. www.turkishairlines.com

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