Bilan

Le boom de la généalogie par ADN

Le succès des sites proposant des tests ADN pour tracer ses origines ethniques est croissant. Ces informations sont pourtant à manier avec précaution.

Crédits: Andrew Brookes

Dans l’ADN aussi, s’offrir les services d’une gloire a visiblement sa place. Créée il y a seulement deux ans, l’entreprise américaine MyHeritage vient de s’adjoindre ceux des anciennes stars du football comme Lothar Matthaus et Robert Pires.

Dans un clip inévitable sur Facebook, le premier apprend qu’en fonction de ses origines génétiques, il aurait bien pu porter le maillot anglais plutôt que celui de la Mannschaft et le second être champion du monde sous le maillot espagnol ou italien plutôt qu’en portant celui des Bleus. 

S’appuyant sur des tests ADN qui comparent celui de l’utilisateur avec des caractéristiques associées à des peuples dits d’origine (Ibères, Celtes, Slaves, etc.), cette quête de racines ethniques connaît un boom depuis que des sociétés comme AncestryDNA, LivingDNA ou iGenea, en Suisse, commercialisent via internet ces tests.

Pour un coût allant de 70 à 300 francs, ils permettent d’envoyer un échantillon de salive ou de peau afin d’obtenir son pourcentage d’origines ethniques. MyHeritage revendique 97 millions d’utilisateurs, AncestryDNA plus de 10 millions.

Très développés aux Etats-Unis, ces tests connaissent un succès grandissant en Europe. Au siège d’iGenea, à Baar dans le canton de Zoug, Caroline Barkan explique

que « depuis deux ans, les services de l’entreprise rencontrent un intérêt grandissant ». iGenea propose toute la palette des tests génétiques ancestraux : analyse du génome pour établir ses origines régionales, analyse des mitochondries transmises uniquement par les femmes pour remonter sa lignée maternelle et du chromosome Y pour remonter celle du père. 

Pas de gènes ethniques

La question se pose naturellement du sérieux de ces tests. Au niveau de l’analyse transmise par les clients, on peut supposer que la démocratisation des technologies de séquençage de l’ADN et le caractère établi de celles pour les mitochondries  et le chromosome Y les rendent fiables. Sans garantie, cependant : en 2016, des journalistes de Radio Canada ont testé avec une même personne trois de ces services (23andme, AncestryDNA et EasyDNA) pour obtenir des résultats proches dans les deux premiers cas, mais très différents dans le troisième.

L’explication la plus probable tient à la difficulté d’établir les groupes de référence des peuples d’origine. Personne ne dispose de l’ADN des Celtes ou des Vikings. « Au mieux, ce que l’on obtient, ce sont des traits génétiques constants dans les populations d’aujourd’hui de telle ou telle région, explique Samia Hurst, directrice de l’Institut éthique Histoire Humanités. Cela laisse supposer qu’ils proviennent d’un groupe établi à une certaine époque dans une région. Mais ces peuples sont eux-mêmes le produit du melting pot de cette époque. Il n’y a pas de gènes ethniques et encore moins de races. » 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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