Bilan

Le bonheur est dans la roseraie

Les grandes expéditions botaniques et horticoles du XIXe siècle ont introduit dans nos contrées plus de 300 espèces nouvelles qui agrémentent aujourd’hui les parcs paysagers.

Les roses sont utilisées par la société de cosmétiques Shiseido pour leurs effets anxiolytiques.

Crédits: Meghan Schiereck/Unsplash

Les plantes qui composent nos jardins sont-elles indigènes? Dans son roman A l’orée du verger, Tracy Chevalier raconte la fabuleuse histoire de William Lobb, un botaniste britannique né en 1809 dans un paisible village de Cornouailles. Employé par le pépiniériste James Veitch, il connaît une vie extraordinaire grâce à son métier. En effet, l’intérêt insatiable des Anglais pour les fleurs et les plantes l’amène à voyager en Californie, au Panama, au Pérou, en Argentine et au Brésil. Lors de ses randonnées, il collecte toutes sortes de fleurs et de plants d’arbres au péril de sa vie, puisque sa route croise celle des blizzards, des autochtones, des fusillades, et des révolutions.

Lorsque Robert Goodenough, un ancien chercheur d’or qui s’étonne de le voir recueillir des cônes de séquoias, lui demande: «Ils n’ont donc pas d’arbres en Angleterre?», William Lobb s’esclaffe. «Bien sûr que si. Mais ils en veulent qui soient nouveaux et différents. Les riches propriétaires terriens cherchent à créer des «tableaux» dans leurs parcs.» S’ensuit une discussion captivante sur les conifères, ces arbres exotiques qui restent verts toute l’année et dont les Anglais raffolent.

Grâce au travail passionné de botanistes tels que William Lobb, il n’est plus nécessaire d’escalader un sommet pour admirer un pin pleureur de l’Himalaya. Rappelons que dans nos jardins, 70 à 85% de nos plantes ont une origine exogène. Le territoire de la ville de Genève compte à lui seul plus de 40 000 arbres originaires des quatre coins du monde: cèdres du Liban, érables palmés de Corée, ormes de Sibérie, tulipiers de Virginie, marronniers d’Inde, pins parasols et autres espèces d’affinité méditerranéenne, pour ne citer que ces exemples.

Ce pin du Chili de la rue du Simplon, à Lausanne, a vraisemblablement été planté au XIXe siècle. (Crédits: Odile Meylan)

Signalons également la présence exceptionnelle d’un pin du Chili sur l’esplanade de la rue du Simplon, à Lausanne. Joliment surnommé «Désespoir du singe» – car quelqu’un aurait un jour dit, en observant les piquants acérés sur les branches, qu’il devait faire le désespoir des primates qui se risquaient à l’escalader – ce spécimen a vraisemblablement été planté dans les rues de la capitale vaudoise au XIXe siècle, ce qui en ferait un contemporain de William Lobb. «A cette époque, il y avait une volonté d’importer ce genre d’arbres comme des curiosités, des objets de collection dans une recherche d’exotisme», note à cet égard Michaël Rosselet, du Service des parcs et domaines de la Ville de Lausanne.

Toujours à Genève, le parc La Grange abrite depuis la Seconde Guerre mondiale la plus grande roseraie publique du canton. Les promeneurs peuvent y humer plus de 200 variétés de roses disposées dans une exceptionnelle harmonie architecturale. Un peu plus loin, à Nyon, un concours international de roses nouvelles ouvert aux rosiéristes du monde entier récompense depuis 2019 les plus belles créations.

Remède à la mélancolie

Une étude menée à Fribourg suggère que le parfum de la reine des fleurs stimule nos capacités d’apprentissage (Crédits: Ivanna Kykla/Pexels)

D’où nous vient cet engouement pour les plantes? Grand adepte de la sylvothérapie (se ressourcer en forêt), Beethoven partait trouver l’inspiration dans la nature. «J’aime un arbre plus qu’un homme», clamait-il. Quant au peintre Edward Vischer, il voyait dans le monde végétal un remède à la mélancolie. «A l’esprit tourmenté par les soucis, un pèlerinage dans ces sanctuaires ombreux apporte une consolation des plus apaisantes. Regardez les cimes vertes de ces arbres qui ont résisté aux tempêtes durant plus de trois mille ans! Lorsqu’on est plongé dans l’émerveillement et l’admiration, les affres des luttes terrestres semblent s’évanouir.»

Ces dernières années, plusieurs études scientifiques sont venues confirmer ce que les amoureux de la nature savent empiriquement depuis des siècles: la proximité des espaces verts et l’odeur de certaines plantes améliorent l’équilibre affectif. Chez Shiseido, les notes de rose, de jasmin ou de fleur de lotus sont utilisées pour leurs effets anxiolytiques.

Plus étonnant, une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Université de Fribourg suggère que le parfum de la reine des fleurs stimule nos capacités d’apprentissage. Deux groupes d’élèves ont en effet mémorisé du vocabulaire d’anglais. Lors des tests visant à évaluer leurs connaissances, il s’est avéré que les élèves ayant étudié dans une ambiance parfumée à la rose avaient, en moyenne, 30% de réussite en plus que les élèves du groupe témoin.

Les fleurs viennent aussi au secours des esprits timides. Sans surprise, c’est en Angleterre, durant l’ère victorienne particulièrement prude, que les guides de conversation florale ont vu le jour. Ce que l’on ne peut dire tout haut, de peur d’enfreindre les règles de la bienséance, s’exprime alors par des fleurs. L’hortensia reproche l’indifférence de l’être aimé, l’iris, sa frivolité. Ceux qui n’aiment que le temps d’un printemps envoient un bouquet de primevères. L’anémone, enfin, supplie: «Ne m’abandonnez pas!»

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Amanda Castillo

Journaliste

Lui écrire

Amanda Castillo est une journaliste indépendante qui écrit pour la presse spécialisée. Diplômée de l'université de Genève en droit et en sciences de la communication et des médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail (éd. Slatkine), qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

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