Bilan

L’Arabie saoudite s’ouvre aux touristes

Le pays le plus fermé du Proche-Orient entrouvre ses portes. Désormais, une femme seule peut obtenir un visa en ligne en quelques minutes, mais devra porter des «vêtements respectueux».

  • Temple nabatéen du Ier siècle av. J.-C. dans la vallée d’Al-Ula.

    Crédits: Hyserb/schusterbauer.com/Shutterstock
  • La ville historique de Djeddah est classée au Patrimoine mondial de l’Unesco.

    Crédits: Hyserb/schusterbauer.com/Shutterstock

Des vacances balnéaires en Arabie saoudite sur une plage de la mer Rouge, vous n’y pensez pas!
Et pourtant les temps changent. Le 27 septembre dernier, le royaume rigoriste a annoncé qu’il allait délivrer des visas de tourisme en ligne aux vacanciers de 49 pays, dont la Suisse, mais pas Israël. Jusque-là, le royaume wahhabite ne donnait de visas qu’aux hommes d’affaires, aux pèlerins se rendant à La Mecque ou dans l’autre ville sacrée de Médine – siège du tombeau du prophète Mahomet –, ainsi qu’aux ouvriers étrangers travaillant sur des sites pétroliers ou des chantiers et aux expatriés accompagnés de leur famille. En 2018, Riyad a élargi la mesure aux acteurs et spectateurs de rencontres sportives, comme le Dakar cette année. Auparavant, le royaume avait permis aux femmes de plus de 21 ans d’obtenir un passeport et de voyager à l’étranger sans la permission d’un «gardien» mâle. Les Saoudiennes avaient déjà obtenu le droit de conduire une voiture et même de dépasser un conducteur mâle!

Quand Swissair devait masquer sa croix

Il est loin le temps où l’Arabie saoudite proscrivait les symboles chrétiens et interdisait aux étrangers d’emporter une bible dans leurs bagages. A la grande époque de Swissair, les pilotes avaient reçu la consigne d’éteindre le feu illuminant la croix suisse quand ils atterrissaient de nuit à Djeddah ou à Riyad. L’Office du tourisme lausannois avait dû effacer la cathédrale sur ses prospectus. La police religieuse veillait à badigeonner les magazines occidentaux de peinture noire, là où des photos dévoilaient des bras ou des jambes trop aguichantes. Piscines et plages séparées pour hommes et femmes, interdiction des salles de cinéma et de tout alcool complétaient le tableau d’un autre âge, même si le vin et le whisky coulaient à flots dans les réceptions d’ambassades ou chez les expatriés. Mais il fallait casser les bouteilles avant de les jeter aux ordures.

Difficile de continuer dans cette voie-là pour la nouvelle génération de princes éduqués à l’occidentale, même si la réputation internationale du prince héritier Mohammed ben Salmane, alias MBS, a été entachée par le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi. Désormais, le développement du tourisme est l’un des principaux axes du programme de réforme «Vision 2030» de MBS. Il vise à préparer la plus grande économie arabe à une ère postpétrolière: «Ouvrir l’Arabie saoudite aux touristes est un moment historique pour notre pays», a expliqué Ahmed al-Khateeb, directeur du tourisme saoudien.

L’objectif est de faire progresser l’industrie touristique pour atteindre 10% du PIB autour de 2030: «Les visiteurs seront surpris de découvrir les trésors que nous avons à partager: cinq sites classés au Patrimoine mondial de l’Unesco, une culture locale vibrante et des beautés naturelles à couper le souffle.»

Riyad compte attirer des millions de touristes dans la vallée d’Al-Ula, un joyau au cœur du désert qui compte des temples nabatéens du Ier siècle av. J.-C. ensuite intégrés à l’Empire romain, la même civilisation qui a creusé les merveilles de Pétra, en Jordanie voisine. En 2017, le royaume a annoncé un projet de plusieurs milliards de dollars pour transformer 50 îles et autres sites vierges de la mer Rouge en stations balnéaires.

Consultant pour la construction du nouvel aéroport de Djeddah, le Bernois Thomas J. Bommer est témoin de ces changements de paradigme au royaume des sables: «C’est un pas vers l’ouverture. Il est encore timide, mais il va dans la bonne direction.»

Le royaume a ainsi assoupli le code vestimentaire des Saoudiennes et leur permet de se promener sans porter l’abaya, robe noire traditionnelle qui recouvre la femme de la tête aux pieds. Les visiteuses étrangères devront aussi porter «des vêtements décents et respectueux». Les familles peuvent se rendre au cinéma, mais des séances spéciales sont organisées pour les hommes seuls. Pas question de s’embrasser en public, les gestes affectifs entre adultes restant proscrits. Touristes hommes et femmes non mariés ne pourront loger dans la même chambre et les magasins resteront fermés pendant les prières annoncées par le muezzin. L’alcool restera strictement tabou.

Les agences de voyages suisses comme Hotelplan examinent ces changements avec prudence, sachant que les infra-structures vont mettre du temps à se mettre en place. L’Office du tourisme saoudien à Paris est aux abonnés absents. A Berne, les Affaires étrangères évoquent le contexte régional complexe et la sécurité pouvant évoluer avec le conflit armé au Yémen. Des attaques au moyen de drones contre l’aéroport international d’Abha (sud-ouest) ont fait un mort et plusieurs blessés en juin 2019.

Oliver Grivat

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