Bilan

Lancer sa marque de mode, le défi suisse

De la production au financement, la gestion d’une marque de mode relève du pari risqué sur le marché suisse. Témoignages.

Julian Zigerli

Crédits: Dr

Développer sa propre enseigne, le rêve de nombreux jeunes designers de mode. Or, s’il est un secteur semé d’obstacles en Suisse, c’est bien celui de l’habillement. Et plus encore lorsqu’il s’agit de prêt-à-porter masculin. 

Julian Zigerli figure parmi les talents qui tirent leur épingle du jeu. Le créateur zurichois a choisi d’embrasser l’international dès sa première collection, déjà audacieuse, en 2011. Il s’est alors attaqué à des marchés comme l’Allemagne, les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud. « Le web et les réseaux sociaux restent indispensables pour la visibilité d’une jeune marque comme la mienne,  souligne l’étoile montante suisse. Sans compter notre présence lors de nombreux salons et présentations. »

Sept ans après son lancement, la marque masculine de prêt-à-porter Berence veut prendre un virage international. « Je recherche activement un ancrage à l’étranger, notamment en Asie et au Moyen-Orient », précise son créateur genevois Tarik Adam. Présente en Suisse dans les magasins Bongénie, l’enseigne souhaite ainsi « prendre davantage de risques et se détourner de son pari premier qui était d’habiller les Genevois ». 

Pour Franck Belaich, la mode nécessite un plus grand nombre de gestionnaires. « L’industrie est aujourd’hui complètement transversale, indique le directeur du Master en management de la mode que l’école CREA lance en octobre 2015 à Genève. Lorsqu’on évolue du côté de la création, il faudrait commencer, dans l’idéal, par des stages dans les coulisses d’une marque de renom. Passer par Milan, Paris ou Londres s’avère une étape obligatoire. C’est ainsi qu’on peut allier les dimensions affaires et créativité. »

Le parcours de Julian Zigerli le confirme. C’est grâce à Giorgio Armani que le marché suisse lui a ouvert ses portes. Le célèbre designer italien avait sélectionné en 2014 le jeune créateur pour faire défiler ses collections à Milan. « On m’en parle encore ici, précise Julian Zigerli. Et, depuis l’année dernière, nous sommes présents dans plusieurs boutiques en Suisse. »

Les investissements pour lancer une marque de mode sont estimés à plusieurs millions de francs. Voire des dizaines de millions. « Rien que pour la production, lourde et coûteuse, il faut notamment disposer d’un cash-flow disponible important pour l’achat des matières premières et la logistique, par exemple », illustre Tarik Adam. Quant à la distribution, « les multimarques en Suisse ne sont pas assez nombreux pour s’étendre sur le marché. Bongénie Grieder, Globus ou encore PKZ sont assaillis par les petits créateurs et les grandes marques. »

Investisseurs frileux

Les investisseurs, quant à eux, restent très frileux en matière de mode. «C’est pourquoi nous avions besoin d’une image forte, construite au fil des collections et des partenariats que nous avons noués », témoigne Julian Zigerli. Soutenue depuis le départ par les fameux FFF (Family, Friends, Fools), la marque recherche actuellement des investisseurs. « Pendant cinq ans, nous avons réussi à couvrir les dépenses. Il nous faut désormais grandir beaucoup plus rapidement. » 

Egalement financée par des proches du créateur, Berence a frappé aux portes de capitaux-risqueurs et autres business angels. « La mode intéresse peu les investisseurs en Suisse qui se concentrent sur les technologies », déplore son fondateur. Quant aux fonds spécialisés dans l’industrie, « ils réclament, avant tout financement, un certain chiffre d’affaires, malheureusement trop élevé pour les petites marques », ajoute-t-il.  

Franck Belaich abonde dans ce sens. « Le retour sur investissement est de plus en plus exigé, et on le veut très rapidement. C’est une réalité. » Une réalité qui risque de vite frustrer les moins persévérants. 

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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