Bilan

La surenchère du VIP

Evénement devenu ultrasélect, Art Basel cultive aussi l’art du paraître.
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Nous sommes à Art Basel, entre le stand de Larry Gagosian et celui, plus classique, des Nahmad. Une Américaine caramélisée en croise une autre. « Darling, you’re here », entonne la dame en hurlant, afin d’être entendue. « But you look gorgeous », se croit-elle obligée d’ajouter. Nul ne rit. Bien qu’éphémère, l’effet est réel. La dame a prouvé qu’elle possédait des relations. C’est plus important ici que d’avoir des amis.

Depuis le règne de Sam Keller, aujourd’hui directeur de la Fondation Beyeler, la mondanité est entrée en force à Art Basel. L’arrivée en 2000 du Suisse, remplacé depuis 2007 par Marc Spiegler, a bénéficié d’une réalité économique. Minoritaire jusque-là, le contemporain s’est alors mis à dominer le marché de l’art. En 2015, les transactions en ce domaine constituent les trois quarts des ventes. Restait à rendre sexy des œuvres souvent arides. Sam y sera parvenu. Collectionner les artistes novateurs est aujourd’hui « trendy ». Il s’agit d’un acte social que de se vouloir « arty ».

Pour cela, il fallait des événements, ou plutôt des « events ». Le public ordinaire, évalué à 70 000 personnes, a commencé à compter pour beurre. Il n’y en a plus eu que pour les VIP. Depuis trois ans, un jour entier de vernissage ne suffit plus. Il y a quarante-huit heures de « preview » désormais. La foire se transforme du coup en un salon professionnel, dont les fêtards, venus du monde entier, seraient les vrais « pros ».

Du VIP, il y en a donc partout, des entrées à « badge » jusqu’aux bars. C’est aujourd’hui le lot des lieux réservés au contemporain, de la « FIAC » à « Paris Photo ». Une chose impensable à la TEFAF de Maastricht, très traditionnelle, où il y avait pourtant 10 000 hôtes le soir précédant l’ouverture en mars dernier. Mais tout se veut convivial. Copain, presque. Riches et (un peu) moins riches communient à Bâle autour du schüblig. La bière y fait plus chic que le champagne.

Ce qui distingue les invités, c’est la manière d’arriver ici et de se montrer. Le mieux est le jet privé. On en compte 200 par jour à Bâle-Mulhouse. Il est permis de frimer chez les frimeurs. Des compagnies françaises ou anglaises louent des avions. De Paris, c’est 4362 euros pour quatre. J’ai vérifié. Pourquoi se refuser cette petite fantaisie ? Pas besoin d’acheter ici chez Marlborough ou chez Dominique Lévy. L’essentiel devient de montrer son dernier Gucci et un nouveau «lifting». Mortel. Car ce public n’est pas aussi jeune qu’il voudrait le paraître…

Et pour ceux qui ont connu un Art Basel confidentiel ? « C’est décourageant», confesse une vétérante. Une chose la console. Créée en 2002, Basel Miami fait plus « people » maintenant que la manifestation mère. On voyait naguère Brad Pitt à Bâle. C’est en Floride que Leonardo DiCaprio a fait ses emplettes en décembre 2014.

Etienne Dumont
Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

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Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

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