Bilan

La start-up qui terrasse l’arthrose

Laserix a développé une technologie laser qui a déjà guéri sept chevaux. Pour financer la commercialisation de ce traitement, elle lance une levée de fonds.
  • Préparation de «Cominols» avant son opération par le vétérinaire argovien Théo Tschanz.

    Crédits: Dr
  • Guéri de l’arthrose précoce, «Cominols» a pu poursuivre sa carrière de champion.

    Crédits: Scarlett Schäer

Vainqueur à Dielsdorf et à Frauenfeld en 2015 puis à Avenches en 2016, «Cominols» revient de loin. Anton Kräulinger, son propriétaire, explique comment ce galopeur a été soigné de l’arthrose précoce par le vétérinaire argovien Théo Tschanz avec une technologie révolutionnaire développée par une start-up vaudoise. 

Huit fois champion de Suisse des propriétaires, Anton Kräulinger avait acheté «Cominols» il y a trois ans à Deauville pour 40  000 fr. Développé ensuite par l’entraîneur Andreas Scharer, le hongre semblait prometteur avec plusieurs victoires dans des courses à handicap en Suisse et à l’étranger. Jusqu’à ce qu’il soit diagnostiqué une arthrose précoce fin 2013. Elle aurait dû mettre fin à sa carrière. 

Sauf qu’une technologie révolutionnaire développée par une petite entreprise vaudoise au nom un brin druidique a forcé le destin. Fondateur de Laserix, Pierre Ravussin explique: «L’arthrose est liée au développement de rugosités à la surface du cartilage des articulations.» Pionnier dans les années 1970 d’une technologie qui a contribué à moderniser l’industrie suisse de précision – la découpe laser –  le physicien découvre cette pathologie en 2000 à l’occasion d’une rencontre avec un professeur de l’école vétérinaire d’Alfort, près de Paris. L’utilisation médicale du laser débute à cette époque. Pierre Ravussin se demande s’il ne serait pas possible d’utiliser cette technologie pour traiter l’arthrose.  

L’eurêka du colorant

Le cartilage pose cependant des difficultés particulières. «C’est un tissu transparent qui diffuse énormément la lumière, poursuit l’inventeur. Pour compenser, il faut beaucoup de puissance avec le risque de tout brûler.» Après quelques essais infructueux, il a l’«eurêka»: utiliser un colorant médical qui va absorber la lumière et la fixer à la surface, sur les rugosités, pour les éliminer. 

Sur cette base, une étude est lancée en 2008 avec le soutien de la Commission de l’innovation (CTI). S’ensuit une étude clinique avec des chercheurs de l’Université de Berne qui montre l’efficacité du processus. Pour passer à la phase suivante et traiter des animaux vivants, il faut des capitaux. Pierre Ravussin n’en a pas et c’est la traversée du désert jusqu’à ce qu’il entre en contact avec l’Institut équestre national d’Avenches, et à partir de là avec Théo Tschanz qui opère «Cominols» en 2014. Ce premier succès est suivi par six autres à ce jour. 

Pour les chevaux de course, le potentiel de «Cartilex» –  du nom de cette technologie –  est là, avec des animaux qui coûtent cher et rapportent s’ils gagnent. La question se pose cependant du marché de masse de Laserix. Selon le CEO de l’entreprise, Didier Disero, l’appareil coûte 30  000 fr. et une intervention ajoute environ 2000 aux 2500 fr. d’une arthroscopie. Or, sur les 100 000 chevaux présents en Suisse,
le marché des chevaux de course ne représente que 5%. En France ou en Allemagne, c’est dix fois plus de chevaux, mais le potentiel pour les seuls animaux de compétition reste quand même limité. 

Didier Disero, qui a fait du développement du marché de Laserix le sujet de sa thèse de master, a découvert d’autres marchés. D’abord, le rapport entre les chevaux et leurs propriétaires est souvent affectif, si bien que guérir et non plus seulement soulager l’arthrose d’un animal fait pour courir tient à cœur de beaucoup. Ensuite, le cartilage des chevaux est comparable à celui des hommes et Cartilex a un potentiel énorme en médecine humaine. C’est le sens de la levée de fonds que lance l’entreprise actuellement auprès des passionnés des chevaux, mais aussi des investisseurs en technologies médicales.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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