Bilan

La patine: quand vieillir devient un raffinement

Communément, la patine est la couleur que prennent certains objets sous l’effet du temps. Cette usure naturelle est aujourd’hui un signe d’élégance et de luxe.
  • Berluti

    La patine institutionnalisée: C’est Berluti, plus précisément Olga Berluti, qui a institutionnalisé la patine sur les souliers pour messieurs. Les patines de la maison italienne fondée en 1895 sont nées dans les années 1980, époque où les teintes de chaussures masculines se cantonnaient au noir ou au marron. Sont nés les coloris typiquement Berluti, Tobacco ou Saint Emilion.

    Leur réputation et leur raffinement prennent vie sensuellement grâce au cuir maison emblématique, le Venezia (inventé aussi par Olga Berluti). Le tannage exclusif de peaux choisies avec une maniaquerie horlogère permet à la sensualité des patines de s’épanouir. Berluti, un savoir-faire bottier où prendre son pied n’est pas un droit mais un devoir.

    Crédits: Dr
  • Converse par Maison Martin Margiela

    La mise en scène de la patine: D’un côté Converse, icône de la basket cool depuis 1908, de l’autre Maison Martin Margiela, maison de couture fondée en 1988, qui joue sur le mystère de ses designers et a fait de l’apprêt de la peinture blanche un code aux limites de l’art contemporain.

    Pour la seconde fois, MMM collabore avec l’entreprise américaine rachetée par Nike. Deux modèles phares, All Star et Jack Purcell, en cuir moelleux et de couleurs vives, sont peints à la main d’une couche immaculée. Plus les baskets vivent, plus les marques du temps laissent entrevoir la couleur du cuir. Selon la démarche de chacun, l’usure et les frottements signent d’une aura nouvelle et absolument personnelle une paire de baskets qui n’a plus rien de banal.

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  • Chaussure Louis Vuitton

    Le serment d’une patine: Chez Louis Vuitton, on dit que deux paires de souliers qui se patinent ne se ressemblent jamais. Pour la confection de ses chaussures, la maison française a posé ses pieds en 2000 à Fiesso d’Artico. Si le savoir-faire de la région est perpétué de père en fils, Louis Vuitton connaît les bases d’un produit exceptionnel: les finitions minutieuses et la matière. Un travail préalable du cuir, au tannage d’extraits végétaux, permet à la patine de s’installer année après année et d’instiller lentement son charme. Comme des rides au coin des yeux, votre soulier deviendra le miroir de votre pas.

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  • IWC – Aquatimer Chronograph Edition Expedition Charles Darwin

    La patine évolutive: Il n’existe rien de plus constant que le changement, pensait Charles Darwin. De cette théorie de l’évolution, IWC, partenaire de la Fondation Charles-Darwin depuis 2009, a inauguré cet été un matériau jamais utilisé pour les boîtiers de ses garde-temps, le bronze. Ce matériau usité depuis cinq mille ans, notamment dans la construction navale, est paré contre les signes d’érosion, solide pour affronter vents et tempêtes. La teinte fonce par endroits au gré de l’usure, une patine pleine de charme, impossible à reproduire artificiellement, qui ne prendra naissance que grâce à un seul élément: le temps.

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  • Le trench-coat Burberry

    La patine qui ne se dérobe pas: Tout a commencé à la fin des années 1800, lorsque Thomas Burberry, souffrant de rhumatismes, cherche à créer une matière imperméable et moins lourde que le caoutchouc jusqu’alors utilisé pour les vestes et les manteaux. Il invente la gabardine, dépose un brevet en 1888 dont il aura la jouissance exclusive jusqu’en 1917. Le trench-coat, littéralement manteau des tranchées, naît lors de la Première Guerre mondiale. Il fallait à l’armée britannique un manteau résistant, imperméable, solide et léger. Un imperméable Burberry vieillit si bien, tellement bien, que le temps qui passe n’a pas de prise sur lui. Increvable, atemporel, pratique, il s’accommode aussi bien à un jean qu’à un costard. Et si ce manteau a résisté à la guerre, il saura ne pas vous lâcher dans votre vie. Un mythe qui se patine sans mise en scène.

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  • Sac Plume Hermès

    La patine affective: Lui, c’est l’objet masculin idéal qui baroudera avec vous et se transmettra de génération en génération sans se défaire de sa beauté originelle. Première ligne de bagages souples et ultralégers, d’où son nom, créé en 1960, il est un des emblèmes du voyage chez Hermès. Il n’est pas une démonstration tapageuse du temps qui passe, c’est un objet qui se vit en toute discrétion, surtout en noir. Seuls vous et votre légataire connaîtrez le parcours, les heurts et les bonheurs qu’il a endurés sans rechigner.

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Après les jeans faussement déchirés et râpés, parfois à la limite du vulgaire, les objets qui trimballent du vécu sont devenus une tendance. Ces artifices de pacotille n’ont rien en commun avec la patine, la vraie, celle qui se dépose, sans impatience, sur le cuir ou le bronze, qui se tisse entre les fils d’un trench-coat. Comme une alliance rutilante, le jour des noces, qui s’affine, se lisse année après année, la révérence au temps qui passe ne s’achète pas en deux temps trois mouvements.

Le compagnonnage avec un objet n’est possible que si, à l’origine, celui-là se laisse apprivoiser, que sa robustesse noble supporte les ans sans vous lâcher en cours de route. C’est un snobisme rien que pour soi, qui ne se brandit pas. Il se devine, raconte une histoire. Vieillir devient alors un raffinement.

 

Sarah Jollien-Fardel

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