Bilan

La lutte perpétuelle du manger juste

Une alimentation saine et équilibrée est capitale pour tout le monde. Pourtant, chacun se nourrit sans forcément respecter les recommandations des autorités. A qui la faute?
  • La pédiatre Nathalie Farpour-Lambert, spécialiste de l’obésité infantile des HUG, dénonce un environnement «obésogène».

    Crédits: Laurent Guiraud

Végane, sans gluten ou encore protéiné: les régimes alimentaires se calent sur le rythme de vie. Les Suisses ne consomment pas assez de fruits, de légumes ou encore de lait. Par contre, ils absorbent trop d’énergie. Le dernier rapport sur la nutrition en Suisse, publié en 2012, place même la Romandie en mauvais élève, en affirmant que «la prise de conscience alimentaire semble en outre moins développée que dans les deux autres régions linguistiques du pays». 

Les conséquences d’une mauvaise alimentation peuvent être graves, avec du diabète, des problèmes cardio-vasculaires ou encore des cancers. La responsabilité n’incombe pas qu’aux consommateurs, pour Nathalie Farpour-Lambert. La pédiatre spécialiste de l’obésité infantile des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) dénonce l’environnement «obésogène», soit l’abondance de produits riches en sucre et en graisse ainsi que leur publicité.

Les couleurs chatoyantes de l’emballage ou encore les promotions «deux pour le prix d’un» sont autant de moyens de vendre davantage. A cela s’ajoutent les paramètres liés à la personne elle-même. «Il y a des facteurs génétiques qui vont prédisposer certaines personnes à prendre du poids plus que d’autres», explique Nathalie Farpour-Lambert. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande notamment aux personnes de veiller à exercer une activité physique. Elle demande également à l’industrie agroalimentaire de faire des efforts pour proposer une nourriture plus saine.

De nouveaux régimes pour de nouvelles questions

Les régimes à la mode mettent à l’épreuve le bon sens du mangeur. La Commission fédérale de l’alimentation (COFA) s’est intéressée aux régimes végétaliens. S’il est possible d’avoir un apport nutritionnel suffisant à l’aide de légumes et de fruits uniquement, les végétaliens ont souvent des carences. D’où l’intérêt – pour les autorités – d’avoir de bonnes connaissances dans ce qu’ils mangent ainsi qu’un suivi régulier. 

Les considérations éthiques et environnementales deviennent centrales, mais il ne faut pas oublier l’indicateur de base: l’énergie – généralement traduite en calories. Aussi, Nathalie Farpour-Lambert affirme que le double des calories nécessaires est produit chaque jour. Les recommandations préconisent environ 2000 calories, variables selon l’activité physique. Le rapport sur la nutrition évalue la consommation moyenne à 2600 calories sans compter les boissons alcoolisées, soit largement plus que ce dont le corps a besoin.

A chacun sa soupe

Comment les aliments sont-ils absorbés? La question intéresse les chercheurs de l’Agroscope, à Berne. Une mesure précise des réactions aux aliments permet à terme de comprendre pourquoi certains aliments sont métabolisés d’une manière différente par les individus. «Il y a des profils génétiques qui empêchent certaines personnes de manger certains aliments», affirme Guy Vergères, chef du groupe de recherche en biologie nutritionnelle fonctionnelle de l’Agroscope. Par exemple, les personnes souffrant de phénylcétonurie, une maladie héréditaire du métabolisme, doivent diminuer drastiquement les aliments contenant de la phénylalanine dans leur régime alimentaire pour éviter de graves troubles métaboliques.

«Par contre, mentionne Guy Vergères, la génétique n’explique qu’une partie réduite de la variabilité de la réponse métabolique de chaque individu à l’ingestion des aliments.» Des principes généraux permettent à tout un chacun de viser juste. «Se nourrir bien, ce sont des apports en adéquation avec les besoins» relève Claude Pichard, professeur en nutrition aux HUG. Manger équilibré, sans trop de sucre ajouté ni de graisse est une première étape, pourtant loin d’être facile. «Les gens ne savent souvent pas ce qu’ils achètent, car l’information nutritionnelle est difficile à comprendre» dénonce Nathalie Farpour-Lambert.  

Une simple histoire de construction?

Le choix final revient évidemment à la personne qui consomme. Les pratiques ne proviennent pas seulement des connaissances en nutrition. «Ce que l’homme mange – et comment il le mange – dépend pour une bonne part de son éducation et de ses valeurs, mais également de son milieu social, culturel et économique», relève le rapport suisse sur la nutrition. A comprendre: la cuisine des parents, grands-parents, des amis ou encore des voisins établit des normes. Si bien que la délicieuse tarte aux pommes de grand-maman sera difficilement contestée. Comme en pâtisserie, la mesure est la plus sûre des méthodes pour éviter d’abuser des bonnes choses. 

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Rebecca Garcia

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de sociétés, au business du sport et aux jeux vidéo.

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