Bilan

La crème du Swiss made

Quatre marques de cosmétique suisses confidentielles réussissent leur pari face aux mastodontes de l’industrie. Portraits.

Une marque de cosmétique produite à Berne et ultramédiatique auprès des stars de Hollywood? Des soins rituels asiatiques ultrapointus made in Fleurier? Sans aller chercher l’espèce végétale rare et miraculeuse à l’autre bout de la forêt primaire de Bornéo, des marques cosmétiques de niche s’appuient sur une production 100% helvétique et des ingrédients qui fleurent bon le terroir. Et elles tirent leur épingle du jeu, sur un échiquier du Swiss made souvent peu transparent. On se souvient encore de la croisade menée par Thomas Minder, patron de Trybol et grand défenseur du made in Switzerland contre les marques Juvena et La Prairie, en 2006, pour utilisation abusive de cette mention sur leur emballage. En 2009, la Chambre de recours de Bâle-Ville donnait raison au chevalier du «Swissness». Mais depuis, le dossier n’a pas vraiment évolué. Seule consolation pour Thomas Minder? «Il est aujourd’hui admis que plus de la moitié des coûts totaux de production doivent être suisses tout en excluant la recherche et le développement de cette somme. Ce dernier point est très important. Et en ce qui concerne Juvena, la marque a été rachetée par une société autrichienne qui vient de décider de rapatrier la production en Suisse, à Appenzell. Le but fondamental est finalement atteint!»

La pureté des glaciers François Fragnière, ancien joueur de tennis, entrepreneur suisse atypique dans l’immobilier et le marché des assurances de voitures de location, crée Swissclinical en 2005 à La Tour-de-Peilz après moins d’un an d’analyse approfondie du marché. Un constat le taraude. Les crèmes sont chères et peu rassurantes sur le taux de leurs composants chimiques. Conscient de pénétrer un marché hautement risqué, il est déterminé à trouver une solution éthiquement irréprochable, transparente auprès du consommateur et 100% naturelle. La gamme Pure de Swissclinical atteint cet objectif. Exemptes d’allergènes, donc sans huiles essentielles, ses crèmes sans parabène utilisent un conservant à base d’acide anisique naturel et de l’eau glaciaire suisse, composant essentiel des produits Swissclinical et vital pour le marketing de la marque. Mentionné sur chaque emballage, il évoque le Swiss made, gage de qualité pour le consommateur, surtout chinois. En 2011, Swissclinical a produit 300 000 exemplaires. En 2012, la marque vise 500 000 unités et des chiffres noirs. Unisexes, les trois gammes Pure, Med et Prime sont vendues dans une vingtaine de pharmacies et sur le Net.  Swissclinical, www.swissclinical.ch

L’image d’Épinal Charlotte Landolt, fille aînée de Pierre Landolt, président de la Fondation de Famille Sandoz, a su tirer parti d’un tout autre héritage familial, à des centaines d’années-lumière de la chimie. Il est ancré dans la terre. Et dans la conscience des bénéfices d’une agriculture de type biologique et biodynamique éprouvée depuis longtemps sur l’exploitation familiale du Nordeste brésilien. En 2006, elle relève le défi de faire revivre à Rossinière une ancienne exploitation du Pays-d’Enhaut laissée en friche, à 1350 mètres d’altitude. Un projet pilote de type agricole amorcé par son père pour explorer les alternatives à l’abandon des alpages. C’est de là que la marque Jardin des Monts puise tous ses ingrédients, plus d’une trentaine de plantes aromatiques et médicinales 100% biologiques qui fleurissent au grand air, pour être ensuite récoltées à la main. En 2010, Charlotte Landolt et son associée Laetitia Jacot, horticultrice et herboriste, créent une ligne de soins cosmétiques 100% bio, bien au-delà de toutes les certifications existantes. En 2012, la production annuelle atteindra environ 9000 exemplaires, vendue dans une quarantaine de points de vente et sur le Net. Jardin des Monts, www.jardindesmonts.ch

Au service de préceptes chinois Depuis 1979, le laboratoire Gibro concocte des soins énergétiques naturels et holistiques basés sur les cinq éléments de la médecine chinoise. Non, vous n’êtes pas à Pékin, mais à Fleurier, canton de Neuchâtel. L’histoire? C’est Henri Chenot, médecin français et inventeur de la phytobiodermie, qui, le premier, franchit la porte du laboratoire fleurisan en quête du savoir-faire suisse pour y faire produire ses soins. Trente ans plus tard, Phyto 5, certifié Ecocert, rassemble cinq lignes de soin à base d’huiles essentielles naturelles tirées d’argile, de céréales et d’extraits de plantes suisses et des protocoles de traitement. Racheté il y a quinze ans par le français Jon Canas, le laboratoire Gibro entend bien développer et diversifier sa gamme auprès du grand public. En 2011, la production a atteint 300 000 unités. Un spa Phyto 5 vient d’ouvrir à Lausanne. Phyto 5, www.phytobiodermie.com

Star à Hollywood Le groupe Manor s’apprête à faire déferler sur la Suisse romande la marque Gerda Spillmann. Totalement inconnue de ce côté-ci de la Sarine, celle-ci est pourtant une institution en Suisse alémanique. Mme Gerda Spillmann y est pour beaucoup. Depuis 1944, elle développe, d’abord dans sa maison bernoise, puis à plus grande échelle, des cosmétiques à base de produits 95% naturels. Son fond de teint devient même «La» référence auprès de tous les make-up artists de Hollywood. Pas une seule star aujourd’hui qui ne tourne sans ce produit à Los Angeles. A près de 90 ans, Gerda Spillmann vient de céder sa marque à Roland Landolf, qui entend bien faire fructifier ce trésor de la cosmétique suisse made in Ittigen. Gerda Spillmann, www.gerdaspillmann.ch

Crédits photos: Dr

Cristina d’Agostino

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."