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La cravache a perdu de son panache

Comme dans le film «l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux», un cavalier peut développer une relation intense avec sa monture, grâce à la pratique de l’éthologie équine. La demande est en plein boom.

Robert Redford dans «L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux».

Crédits: Dr

En 1998, le film de Robert Redford, L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, faisait découvrir à des spectateurs conquis qu’un cheval, c’est bien plus qu’une monture. Le héros du film recourait à une discipline baptisée «éthologie équine» afin d’établir une complicité avec l’animal et communiquer avec lui.

Cette pratique rencontre aujourd’hui un nombre croissant d’adeptes. Oubliez la cravache: la douceur et la patience en constituent les fondements. Ne jamais presser l’animal, ni le brusquer. Convaincre et non contraindre. L’agressivité est exclue de ce travail psychologique effectué autant par le cheval que son cavalier. Attention à ne pas vexer le quadrupède s’il échoue dans ses exercices. Les équidés s’expriment par le regard et les mouvements des oreilles et de la queue. Un langage que l’humain doit apprendre.

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«A partir des connaissances scientifiques à disposition, j’enseigne aux participants les besoins d’un cheval, ses critères de souffrance et la manière dont il vit en milieu naturel», explique Ursula Schminke, directrice de l’écurie La Paloma à Yens (VD). Les chevaux aiment vivre en groupe, en plein air et en mouvement. Les stages démarrent ainsi par une rencontre avec des équidés qui s’ébrouent en liberté dans un pré. Les participants vont passer du temps avec eux afin de saisir les signaux qui correspondent à leur vocabulaire. Les cours s’adressent autant aux adultes qu’aux petits enfants, dès 2 ou 3 ans. «Les intéressés montrent une grande soif de connaissance. On assiste à une prise de conscience du public qui est toujours mieux informé au sujet des chevaux.» 

Un outil de développement personnel

Cet engouement pour l’éthologie accompagne l’explosion du nombre de chevaux en Suisse. Cet animal est en passe de devenir un véritable animal de compagnie. «Aujourd’hui, on acquiert un cheval presque aussi facilement que l’on prend un petit chat dans une ferme voisine», commente Ursula Schminke. En Suisse, le nombre d’équidés a fait un bond de 30% en treize ans pour atteindre plus de 110  000 représentants en 2015. Plus de 300  000 personnes détiennent un cheval. Ce sont à 85% des femmes. L’éthologie passe aussi pour un formidable outil de développement personnel. En apprenant à connaître l’animal et à se faire respecter par lui, on renforce la confiance en soi.

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Les origines de l’éthologie équine remontent au XIXe siècle. Le scientifique Konrad Lorenz en est le plus célèbre des précurseurs. En se substituant à une oie au moment de l’éclosion de ses œufs, il a été adopté par une couvée de poussins qui le suivaient partout. Aujourd’hui, l’éthologie est notamment enseignée à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Des chercheurs ont récemment démontré que les chevaux hennissent à une fréquence plus basse lorsqu’ils éprouvent une émotion forte, qu’elle soit positive ou négative.

Certains passionnés vont jusqu’à renoncer à monter et préfèrent effectuer à pied de longues promenades en compagnie de leur animal. Pourtant, selon Ursula Schminke, il est tout à fait possible de pratiquer l’équitation dans le respect de sa monture. «Le cavalier doit dialoguer avec un corps différent du sien et adapter sa façon de monter aux messages que lui envoie le cheval. Ce n’est pas forcément le mors passé dans sa bouche qui le dérange mais peut-être une façon trop crispée de tenir les rênes. Cette approche vous apprend également énormément sur vous-même.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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