Bilan

La bourse ou la vigne? ils ont choisi

De nombreux financiers rêvent d’acquérir des terres agricoles. Rencontre avec des passionnés qui ont osé se lancer dans la production des délices de Bacchus.
  • Ex-trader, Philibert Frick a passé un CFC de viticulteur et gère le domaine A. Villars.

    Crédits: Bertrand Rey
  • Thomas Baer a quitté la banque pour produire du vin dans le Chianti Classico.

    Crédits: Sandro Michahelles
  • Le banquier privé Antonio Palma s’est offert des vignes dans les Baléares.

    Crédits: François Wavre/lundi13

Costard et cravate la semaine, les pieds dans les vignes le week-end. De plus en plus de financiers aspirent à acquérir un jour un domaine viticole comme investissement ou pour le plaisir de produire leur propre vin. A l’image de la famille Rothschild qui a construit, sur plusieurs générations, un véritable empire viticole en parallèle de son groupe financier. 

En Suisse, de nombreux banquiers se sont laissé tenter par l’aventure. C’est le cas notamment du financier genevois né à Göteborg, Christian Gellerstad. En 2010, il s’est associé avec deux œnologues et un vigneron pour fonder le Clos de Tsampéhro devenu en quelques millésimes l’un des vins cultes du Valais. «C’est une opportunité unique de vivre pleinement ma passion», annonçait alors le grand amateur de vin. 

Philibert Frick Le retour à la terre

Ancien trader, Philibert Frick a quant à lui baigné tout petit dans l’univers du vin grâce à des parents œnophiles. Après des études en lettres à Genève, il travaille durant vingt ans dans la finance et l’industrie, créant plus de six start-up.  En 2011, passé la cinquantaine, il décide de retourner sur les bancs d’école pour se former à l’agriculture et la viticulture. 

Il suit un enseignement à Marcellin où il obtient un CFC de viticulteur, puis des cours à l’école du vin à Changins. En parallèle, il travaille durant quatre ans dans des établissements vinicoles de la région lémanique avant d’exploiter le domaine familial, rebaptisé A. Villars, au cœur de La Côte. Celui qui est aujourd’hui jury de nombreux concours de vin a réalisé ses premières vendanges «maison» en 2015. Son best-seller: un chasselas «vieille vigne» qui s’est arraché en quelques heures par les amateurs, malgré un prix élevé de 36 francs le flacon. 

Thomas Baer Trois vies et un domaine

Il y a environ trente ans, Thomas Baer, héritier de la Banque Julius Baer, et son épouse Monika sont tombés amoureux de Gagliole dans le Chianti Classico. Ils décident en 1990 d’acquérir le domaine d’où ils sortiront le premier flacon quatre ans plus tard. Ces dernières années, de nouvelles vignes ont été acquises dans le fameux Conca d’Oro of Panzano in Chianti où les propriétaires sont en train de construire une nouvelle cave, qu’ils inaugureront début 2019, ainsi qu’un «bed and breakfast» de luxe.

«J’ai eu trois vies», raconte Thomas Baer. La première comme avocat associé dans l’étude Baer et Karrer qu’il a quittée en 2000. Puis il est devenu président de la banque fondée par son aïeul en 1890. Il y reste durant sept ans avant de quitter le secteur pour se lancer dans la production de vin (la banque sera vendue en 2005 à un fonds d’investissement). 

Depuis, le Zurichois est devenu très actif dans le processus de fabrication de ses crus. Il participe à chaque millésime à l’élaboration et à l’assemblage de ses vins. Un travail récompensé puisque l’un de ses vins, Pecchia, 100% sangiovese, a été élu parmi les 100 meilleurs vins d’Italie. Seules 1000 bouteilles sont produites dans ce vignoble d’un hectare situé à 500 mètres d’altitude. 

Outre cette pépite, l’ex-banquier produit deux blancs et trois rouges bio qu’il distribue notamment en Suisse, mais également aux Etats-Unis, en Allemagne et en Asie. Plusieurs de ces vins – le Rubiolo 2015 et le Valletta 2015 – ont également été notés plus de 90 points par le célèbre guide Wine Advocate fondé par Robert Parker. Le domaine Gagliole a par ailleurs été sélectionné pour participer au Zurich Matter of Taste en février 2018 qui regroupe tous les producteurs distingués par Wine Advocate

Plus qu’un travail, la production de vin est devenue une passion pour Thomas Baer. «Cette activité m’a permis de rencontrer une multitude de personnes sympathiques et créatives qui ont beaucoup de valeurs et une relation très forte avec l’environnement. Sans compter que ce métier nous oblige à rester très modestes, notamment parce que nous sommes tous dépendants du cours de la nature.» 

Antonio Palma Sous le soleil d’Ibiza

A Genève, l’associé de la banque privée Mirabaud, Antonio Palma, s’est aussi laissé tenter. L’Espagnol d’origine se souvient d’avoir goûté pour la première fois du vin à l’âge de 6 ans. «Mes parents m’ont appris tout petit à respecter les délices de Bacchus.» Dès lors, son rêve pendant longtemps – outre de pratiquer la voile – est d’investir un jour dans un vignoble. 

Durant sa carrière, on lui proposera de nombreuses opportunités d’acquisitions de vignes en France et en Espagne, qu’il trouve toutefois «un peu trop loin» pour lui: «J’ai tellement voyagé durant ma carrière que je ne voulais pas courir partout pour gérer une entreprise dans le vin», raconte celui qui passe depuis longtemps une bonne partie de ses vacances à Ibiza. C’est donc logiquement sur cette petite île qu’il va acquérir ses premiers cépages. 

«Des amis genevois m’ont fait goûter un rosé que j’ai trouvé délicieux, se souvient Antonio Palma, qui s’est rendu le lendemain sur les lieux de production pour visiter la cave. Je suis rapidement entré au capital de la société avec un autre financier suisse avant d’en être majoritaire.» Il décide alors de se lancer également dans la production de vin blanc, puis de développer le vin rouge. «L’idée est d’améliorer fortement la qualité des crus», explique celui qui s’implique pour l’heure uniquement dans la gouvernance du domaine et non pas dans l’élaboration des vins. Mais la volonté est aussi d’augmenter les volumes de production par deux, soit de passer de 60 000 à 120 000 bouteilles en cinq ans. 

«Pour l’heure, mon vin est le plus cher de ma cave… au niveau coût/rentabilité», explique en rigolant le passionné qui prendra sa retraite bancaire fin 2019. Ce dernier peut déjà se réjouir: son rosé Ibizkus a été sélectionné par le journal La Vanguardia parmi les dix meilleurs vins rosés d’Espagne. L’épicurien raconte: «Dans la banque, les journées se ressemblent, il n’y a plus de saisons, alors que le monde du vin est rythmé par le cycle de la nature.»  

Antonio Palma n’est pas le seul Suisse à avoir acquis des terres viticoles sur l’île de l’archipel des Baléares. Le chanteur de Yello et homme d’affaires zurichois Dieter Meier y produit également du vin à 200 mètres au-dessus de la mer. «Ibiza a un terroir et un climat idéaux pour élever des vignes», racontait-il à Bilan l’an dernier. De quoi réjouir ceux qui ont investi dans les vignobles de cette île de l’archipel des Pityuses.

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