Bilan

La vinothérapie débarque en Romandie

Surfant sur la vague de l’œnotourisme, quatre associés lancent un projet de spa mobile et des soins cosmétiques issus des résidus du vignoble vaudois.

  • Image de synthèse du projet Vaudalie: un spa mobile et des soins cosmétiques issus des vignes vaudoises.

    Crédits: Marie Doan Jacot-Descombes/Yann Hauswirth
  • L’association Vaud Œnotourisme entend assurer la promotion de projets œnotouristiques au niveau régional, cantonal, national, mais aussi international.

    Crédits: Dr

Depuis cinq ans, la Suisse développe son offre œnotouristique dont le dessein est de faire découvrir la richesse et la diversité des terroirs du pays aux touristes étrangers et aux Suisses. Au sens large, ces offres sont issues des activités organisées par les domaines vitivinicoles, les espaces de dégustation, les restaurants et hôtels, les lieux de vente de produits du terroir, les lieux touristiques, les agences événementielles ou encore les offices du tourisme. Présentation.

Spa mobile au milieu des vignes

Une équipe de l’Ecole du vin de Changins travaille sur l’extraction des matières premières issues du raisin local afin de créer des crèmes et des cosmétiques. (Crédits: Margarita Almpanezou/Getty images)

Après avoir quitté le monde de la banque, Christian Jacot-Descombes a lancé l’an dernier, avec trois associés, un projet de vinothérapie (soins corporels à base de produits de la vigne). Baptisé La Vigne, il a pour vocation d’inscrire le bien-être dans une économie circulaire. «Notre projet est né du constat que la vinothérapie est un aspect de l’œnotourisme qui n’est pas encore exploité en Suisse», contrairement à ce qui se fait en France avec le groupe Caudalie fondé en 1995 par Mathilde et Bertrand Thomas. Leurs cosmétiques à base de sous-produits de la vigne et leurs thermes dans la région de Bordeaux connaissent en effet un succès grandissant. L’entrepreneur vaudois affirme que son projet suisse ouvre un nouveau segment de marché, sans concurrence à l’échelle nationale, en participant à la valorisation de l’industrie touristique et de l’agriculture vaudoises.

Ainsi, les quatre associés veulent proposer des soins au milieu des vignobles, grâce à un spa mobile. «L’idée est d’offrir une expérience de bien-être en totale immersion au cœur d’un paysage d’exception. Avec, au programme, un instant de relaxation dans les vignes, un soin traditionnel de gommage, un enveloppement et un massage réalisés avec les produits de la vigne», commente Christian Jacot-Descombes. Installés dans une bulle transparente, les hédonistes pourront apprécier les soins tout en profitant du panorama et d’une dégustation de crus du domaine.

L’expérience débutera au Domaine Bovy à Chexbres, très actif dans l’œnotourisme depuis plus de vingt ans. C’est sur la Riviera vaudoise qu’Eric et Alexandra Bovy accueillent déjà – hors période Covid-19 –
les passionnés de vin tous les jeudis pour des soirées de dégustation de tapas et vin, ou encore tous les dimanches pour des electro-retro brunchs. Le domaine reçoit près de 10 000 personnes par année, dont environ 4000 Japonais durant l’été grâce à des tour-opérateurs locaux. Les porteurs du projet envisagent toutefois de collaborer, à terme, avec d’autres vignerons de la région.

Des cosmétiques

La nouvelle entreprise collabore avec l’équipe du professeur Benoit Bach à l’Ecole du vin de Changins. Ce dernier a des compétences en biochimie et chimie analytique des vins et spiritueux. Il travaille sur l’extraction des matières premières issues du raisin et du vin. «Nous allons mener des recherches sur les matières premières et les molécules qui peuvent être utilisées, comme le resvératrol ou les polyphénols, et travailler à les conserver au mieux», confirme Benoit Bach. «Chercher des formulations pour des crèmes et des cosmétiques, c’est une manière d’offrir aussi un appui aux vignerons en valorisant les sous-produits de leurs vignes, utilisés aujourd’hui à des fins plutôt agronomiques.» L’équipe de Christian Jacot-Descombes a ainsi déjà mis de côté des réserves de mare et de lie en prévision du lancement du projet en avril.

En effet, la nouvelle entité spécialisée dans la vinothérapie ambitionne également de développer une gamme de produits cosmétiques naturels, valorisant les résidus de la vigne, généralement jetés ou compostés par les producteurs. Pour son originalité, le projet «La vigne» a reçu le Prix d’innovation Vaud Œnotourisme, décerné pour la première fois par l’Association Vaud Œnotourisme en décembre 2020. Parmi les 16 dossiers reçus, le comité de sélection s’est porté sur le concept de vinothérapie, unique dans le canton de Vaud. C’est sous le nom de Travel Factory Sàrl que la startup a remporté le montant de 20 000 francs qui lui permettra de concrétiser les premières étapes de son projet. «Nous sommes convaincus du potentiel de développement d’une offre de vinothérapie vaudoise qui, réunissant des valeurs du terroir, propose une expérience de bien-être unique», s’est exprimé Andreas Banholzer, président de l’association Vaud Œnotourisme. La nouvelle société estime pouvoir offrir ses premières prestations au printemps 2021, si les normes sanitaires liées à la pandémie actuelle sont respectées.

Impulsions cantonales

Comme pour son chocolat ou ses montres, la Suisse peut compter sur ses vins pour attirer les touristes. A l’instar d’autres pays européens et de la Californie, les cantons investissent de plus en plus dans les balades-dégustations au milieu des vignes. Ainsi, en 2010, le Vinorama a ouvert ses portes en Lavaux et compte désormais – hors année Covid – près de 50 000 visiteurs chaque année.

En 2014, les élus vaudois avaient voté un crédit cadre de 2,5 millions de francs destiné à favoriser le tourisme du vin jusqu’en 2018. Cette même année, afin d’assurer la pérennité du projet cantonal, l’association Vaud Œnotourisme (AVOE) a été constituée par les principaux acteurs de la branche tels que l’Office des vins vaudois, l’Office du tourisme du canton de Vaud, GastroVaud, Prométerre et Vaud Terroirs. Leur objectif : assurer la promotion de projets œnotouristiques au niveau régional, cantonal, national, mais aussi international. Une démarche notamment encouragée par le fait que Lausanne a rejoint début 2018 le prestigieux réseau des capitales de grands vignobles (Great Wine Capitals Global Network GWC). Ce réseau regroupe onze grandes métropoles internationales reconnues à travers le monde pour la qualité de leurs régions viticoles, tant sur le plan économique que culturel. Parmi celles-ci, Bordeaux, Mendoza, la Napa Valley, Vérone ou encore Porto. «Ce réseau vise à favoriser les échanges entre les différents membres, permettant ainsi au vignoble suisse de bénéficier d’un rayonnement international», explique Yann Stucki, responsable développement œnotourisme Suisse. «Même si le canton de Vaud regroupe uniquement 3800 hectares de vin (Bordeaux en compte 11 000 ), nous aimerions que Lausanne soit davantage caractérisée comme une ville vitivinicole. Il faudrait que les touristes puissent s’immerger directement à leur arrivée en Suisse, comme à Bordeaux où, à l’aéroport déjà, d’énormes bouteilles de vin factices sont exposées un peu partout.»

Outre le canton de Vaud, le Valais se profile aussi comme une région œnotouristique à succès. Créé en 2017, l’œnoparc Les Celliers de Sion a remporté le Prix suisse de l’œnotourisme en 2018, puis le Prix du Global Winner Swiss Award à Adelaïde (Australie). L’établissement a également décroché le prix du public/Best of Wine Tourism du réseau international des grandes capitales du vin. «Le développement de l’offre touristique autour du vin dans de nombreux cantons suisses est exponentiel, confirme Yann Stucki. Le secteur a amené une plus-value aux cantons viticoles en termes de nuitées.»

Le vigneron Eric Bovy accueillera le premier spa mobile sur son domaine à Chexbres. (Crédits: Nicolas Righetti | Lundi13)

Nombreux projets

Celui qui est également responsable du développement de l’œnotourisme dans le canton de Vaud se réjouit aussi des nombreuses innovations provenant des acteurs de la branche. L’Hôtel by Hostellerie du Château à Rolle a, par exemple, créé des chambres dédiées à des vignerons locaux. La cave Alain Emery à Aigle propose de nombreuses expériences autour du vin, dont un parcours virtuel dans sa cave. Le Château Rochefort à Allaman offre plusieurs formules de dégustation tout comme une balade en tuk-tuk dans le vignoble de La Côte. La Cave de la Charrue à Commugny a lancé un escape game.

De plus en plus d’acteurs innovent afin d’attirer touristes et passionnés de vin. «Fort heureusement, l’attrait pour les vins suisses est grandissant, comme nous avons pu l’observer récemment lorsque l’Office de la promotion des vins vaudois a vendu, en 20 minutes seulement, 2000 bons pour un montant de 150 000 francs afin de soutenir les vignerons locaux», se réjouit Yann Stucki.


Prix Suisse de l’œnotourisme

La Suisse a lancé il y a quatre ans un prix pour encourager le développement de l’œnotourisme en Suisse tout en valorisant les différentes pépites du pays dans le domaine vitivinicole. La quatrième édition du Prix et des Rencontres suisses de l’œnotourisme a toutefois été reportée au vendredi 3 septembre 2021. L’événement aura lieu au Château d’Aigle qui trône depuis la fin du XIIe siècle au sein du vignoble du Chablais et abrite notamment le Musée de la vigne, du vin et de l’étiquette.


Venu des Etats-Unis

Apparu dans les années 1960 dans la Napa Valley (Etats-Unis), l’œnotourisme y génère un chiffre d’affaires annuel de plus d’un milliard de dollars. De nombreuses régions d’Europe ont également franchi le pas, à l’instar de l’Alsace, la Bourgogne, le Bordelais, le Var, le Piémont ou l’Espagne.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève (IHEID) en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l'Université de Genève. Après avoir hésité à travailler dans une organisation internationale, elle décide de débuter sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Depuis 2010, Chantal est journaliste pour le magazine Bilan. Elle contribue aux grands dossiers de couverture, réalise avec passion des portraits d'entrepreneurs, met en avant les PME et les startups de la région romande. En grande amatrice de vin et de gastronomie, elle a lancé le supplément Au fil du goût, encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal est depuis 2019 rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan et responsable du hors série national Luxe by Bilan et Luxe by Finanz und Wirtschaft.

Du même auteur:

Le road show de DSK passe par Genève
Genève accueille le premier salon suisse du champagne

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."