Bilan

La route de l’horlogerie

Ressort, torsion, engrenage. Cette « Route du bonheur » remonte le temps et lève le voile sur les secrets de l’horlogerie suisse. Des cabinotiers de Genève au Noirmont, du Locle à La Chaux-de-Fonds en passant par Neuchâtel, voici un parcours minuté dans les antres de l’héritage Unesco.

  • L’Horloge fleurie du Jardin anglais, créée en 1955, rend hommage à la Fabrique genevoise. Ses fleurs sont changées cinq fois par année.

    Crédits: Dr
  • L’hôtel de la Cigogne fait partie du groupe Relais & Châteaux et se situe sur la place Longemalle,
    idéalement situé entre la Vieille-Ville et le lac, à deux pas des plus grands horlogers.

    Crédits: Xavier Ferrand
  • La manufacture Zenith ouvre les portes de ses ateliers et de son grenier le temps d’une plongée dans son histoire. Ci-dessus, La Chaux-de-Fonds propose uane introduction didactique dans l’Espace de l’urbanisme horloger, inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

    Crédits: Zenith
  • Pauses gastronomiques avec Edmond Bavois (à gauche) du restaurant O’terroirs à Neuchâtel et Jérémy Desbraux, le chef étoilé de la Maison Wenger au Noirmont.

    Crédits: Dr

Eh oui, c’est la faute à l’austère Calvin si l’horlogerie suisse est aujourd’hui mondialement connue. Enfin, en se permettant quelques raccourcis. Dès le XVIe siècle, les lois somptuaires de la Rome protestante interdisaient tout apparat. Enquiquinés à l’idée de perdre leur fonds de commerce, les joailliers ont une idée : sublimer les montres en usant du savoir-faire des Huguenot fraîchement débarqués de France. Rapidement, la renommée de ces garde-temps genevois fabriqués à Saint-Gervais s’étend du Bosphore à la Chine.

On commence notre circuit dans ce quartier genevois. Dans les étages supérieurs des anciennes bâtisses se concentraient les artisans de l’horlogerie. L’alignement des fenêtres tournées vers le nord maximisait la luminosité de ces ateliers qui employaient des cabinotiers dès la fin du XVIIe siècle. Saviez-vous que le père de Jean-Jacques Rousseau a eu l’honneur de remonter les montres du sérail ottoman ? Notre guide de Genève Tourisme, Margit Schwiegelhofer, regorge d’anecdotes sur lui : « Rue de Coutance, il aurait été possible de visiter son atelier d’horlogerie si la maison n’avait pas été détruite en 1959 pour céder place à l’ancienne Placette, aujourd’hui Manor. » Certes, un panneau en céramique apposé en 1967 sur la façade de ce grand magasin et signé par l’artiste Hans Erni rend hommage à Jean-Jacques qui a grandi en ces lieux. Plus loin, entre la place De-Grenus et la rue des Etuves se dresse une plaque rappelant que le philosophe avait suivi ici un apprentissage de graveur.

L’Hôtel de Ville du Locle marie différents styles architecturaux : néo-Renaissance, Heimatstil et Art nouveau. (Crédits: Christof Sonderegger)

Tic-tac. Le temps presse, après les trois étages du Musée Patek-Philippe qui réunissent l’immense collection de garde-temps de Philippe Stern, on file rejoindre Brigitte Makhzani de la manufacture F.P. Journe installée à Genève depuis 1999 (les visites sont sur demande). On découvre avec la directrice de la communication le processus de fabrication d’une montre, de la conception du mouvement à l’assemblage en passant par l’usinage des composants. On vous rassure: pas besoin d’être passionné d’horlogerie ou grand collectionneur pour apprécier ce tour de trois jours orchestré par le groupe Relais & Châteaux. Cette « Route du bonheur » nous initie à l’histoire de l’industrie horlogère qui a façonné cette région de la Suisse.

La première nuit se passe à l’hôtel historique de la Cigogne. René Favre, ancien propriétaire et féru de brocante, avait décoré les 50 chambres avec caractère. Le cinq-étoiles situé sur la place Longemalle est à deux minutes de l’Horloge fleurie du Jardin anglais. L’aiguille qui indique les secondes mesure 2,5 m de long et peut se targuer d’être la plus grande du monde. Le soir, on savoure la cuisine du chef libanais au Balila, nouveau-né de la Longemalle Collection.

(Crédits: Guillaume Perret)

Le lendemain, direction Le Locle. De la fenêtre du train, le paysage vallonné et les flancs des collines s’apprêtent à blanchir. Nous sommes dans le berceau de l’absinthe. La fée Verte se laissera caresser en soirée, avant cela, le programme reste chargé. Dans la « Cité de la précision », une visite chez Zenith a été mise en place de concert avec l’Office de tourisme de Neuchâtel tous les vendredis. Le parcours scénographié permet de zigzaguer parmi les 18 bâtiments et les 9300 m2 de la maison créée en 1865 par Georges Favre-Jacot, un des pères de la manufacture suisse.

(Crédits: Christof Sonderegger)

Le prochain arrêt annonce La Chaux-de-Fonds. Célèbre pour ses trésors Art nouveau et les villas de Charles-Edouard Jeanneret-Gris dit Le Corbusier, enfant du pays avec Blaise Cendrars et Louis Chevrolet, la ville est inscrite avec sa voisine Le Locle sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco pour son urbanisme horloger depuis 2009.

A la gare, notre guide nous accueille avec un vent glacial. « Nous sommes à 1000 m d’altitude », s’amuse Wolfgang Carrier. Dans un français teinté d’un accent allemand, il nous embarque dans sa ville d’adoption. Au 14e étage de la tour Espacité, on observe le panorama de la « ville-manufacture », ainsi nommée par Karl Marx dans « Le capital ». L’actuelle métropole horlogère fascine avec son damier de rues du XIXe siècle. On doit cet alignement à Charles-Henri Junod qui, à la suite d’un terrible incendie, décide de séparer chaque maison par un jardin et une rue. Tout est calculé : la cadence urbanistique optimise l’ensoleillement des ateliers horlogers, cette industrie fer de lance de l’économie des Montagnes neuchâteloises.

Edmond Bavois (Crédits: Dr)

On trotte vers l’Espace multimédia de l’urbanisme horloger où un film explique cet héritage industriel ainsi que le design urbain de la ville. Au Musée international d’horlogerie, on déambule parmi 4000 pièces. Saviez-vous qu’Abraham-Louis Breguet était la coqueluche des reines ? En plus de la montre-bracelet créée en 1810 pour la reine de Naples, le Neuchâtelois avait déjà accepté un défi royal : incorporer l’ensemble des complications horlogères de son temps en une montre. Cette commande était destinée en 1783 à la reine Marie-Antoinette. Hélas, la Révolution française empêchera la tête couronnée de saluer la prouesse technique de ce garde-temps aux 823 composants. Elle sera terminée quarante-quatre ans plus tard. En 2004, Nicolas G. Hayek, en bon joueur, lance le défi aux horlogers de la Manufacture Breguet de reproduire à l’identique cette montre en… quatre ans. Pari gagné !

A Neuchâtel, découverte au Musée d’art et d’histoire de l’Ecrivain, du Dessinateur et de la Musicienne. Ces trois automates aux mécanismes et mouvements complexes firent la renommée des ateliers Jaquet Droz au XVIIIe siècle. Enfin, on pose les valises dans la suite Alfred Borel du nom de ce talentueux homme d’affaires neuchâtelois. Les 107 mètres rénovés de l’Hôtel Beau-Rivage donnent sur le lac avec les Alpes en toile de fond. Dans les coulisses du restaurant O’terroirs, avec pour toile de fond le ballet des cuisiniers, Edmond Bavois accueille trois fois par semaine les gourmands à la table du chef pour un menu gastronomique. A l’instar d’un jazzman, il improvise en fonction de son humeur. Be bop, c’est un régal.

A Neuchâtel, on découvre les automates des ateliers Jacquet Droz au Musée d’art et d’histoire. (Crédits: Guillaume Perret)

Avant de clore cette escapade, une dernière halte au Noirmont, à la Maison Wenger pour un menu dégustation orchestré par la brigade de Jérémy Desbraux. Cet autre chef talentueux manie la pince brucelles avec la même dextérité et précision que les horlogers. En salle, sa compagne Anaëlle Roze présente les 9 plats de ce deux-étoiles Michelin accompagnés au verre par une sélection signée Mathieu Quetglas, jeune chef sommelier de 26 ans. Parmi les clients, de nombreux représentants des manufactures voisines savourent comme nous le totché, ce gâteau à la crème du Jura relevé au safran en guise d’amuse-bouche. Suit l’œuf du Noirmont cuit en surprise et agrémenté – selon la saison – de chanterelles du pays. La truite marbrée à l’ache des montagnes vient, elle, de Soubey. Le travail d’orfèvrerie, vous l’aurez compris, sublime les produits et recettes du terroir. Un rêve tant pour les yeux que les papilles qui clôt à merveille ces trois jours. 


Le Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds et le Musée Patek Philippe à Genève lèvent le voile sur l’évolution du garde-temps. (Crédits: Guillaume Perret)

Informations pratiques: Routes du bonheur

Créée en 1954, Relais & Châteaux est une association de plus de 580 hôtels et restaurants d’exception, dont 25 en Suisse et au Liechtenstein. Relais & Châteaux propose des « Routes du bonheur » à travers le monde où l’on peut découvrir une gastronomie de haut niveau dans un cadre exceptionnel. En Suisse, il existe 10 circuits qui combinent une sélection d’adresses gastronomiques et hôtelières avec les caractéristiques pittoresques et culturelles du pays comme cet itinéraire unique à la découverte des prestigieuses manufactures horlogères de Suisse.

www.relaischateaux.com

Eileen Hofer
Eileen Hofer

JOURNALISTE ET CINÉASTE

Lui écrire

Née en 1976 à Zurich. Études en Lettres. 2003: Post-grade en histoire du cinéma. A travaillé comme attachée de presse pour deux festivals de film. Depuis 2005, elle travaille comme journaliste et cinéaste. Elle lance un blog éphémère eileenexpresso.com en juin 2015. L'occasion de croquer ses voyages, raconter ses rencontres.

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