Bilan

La mode équitable, une façon de se singulariser

La mode durable est en vogue. A quel point les vêtements ainsi décrits sont-ils équitables et respectueux de l’environnement ? Mark van Huisseling

Stella McCartney, styliste anglaise et fondatrice de la marque éponyme, ne propose aucun article en cuir.

Crédits: Dr

Les textiles doivent être faits de matières premières écologiquement correctes. En ce qui concerne la fabrication de ce qu’ils convoitent, les acheteuses et acheteurs entendent avoir la conscience tranquille. Autrement dit, les conditions de travail des cousettes doivent être aussi bonnes que possible. Aux yeux d’un nombre croissant de clients, ces conditions sont aussi essentielles que la coupe et les teintes. « La mode durable est sexy et tendance », lit-on par exemple dans le Tages-Anzeiger. « La prochaine révolution de la mode a commencé », constate la Neue Zürcher Zeitung. Et chez Bolero, magazine de mode, les rédactrices ont imaginé un slogan qui aurait pu provenir des publicitaires: « Green glamour. »

Une brève enquête, à peine ébauchée, nous indique ce qui suit: Everlane et The Reformation aux Etats-Unis, People Tree au Japon, Armedangels et Hess Natur en Allemagne vendent de la mode durable dans des boutiques et/ou sur la Toile. La marque américaine Patagonia produit des vêtements équitables pour la varappe et d’autres sports. L’entreprise suisse Freitag fabrique des sacs et accessoires tirés de filières de valorisation, en l’occurrence des bâches de camion usagées, transformées et enjolivées plutôt que d’être jetées. Des sites internet proposent des vêtements, accessoires, articles de soins et plein d’autres choses respectueuses de l’environnement, en partie produites par de petites et jeunes entreprises que l’on peinerait à dénicher tout seul: The Good Trade, Know the Origin et le magasin en ligne allemand The Wearness, entre autres.

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De grandes marques établies s’y mettent aussi, renonçant à des matériaux qui ne peuvent être obtenus de façon « fair », équitable. Chez Ralph Lauren et Gucci, la laine angora, du lapin éponyme qu’il n’est pas possible de tondre sans douleur, est « out » depuis l’an dernier et la fourrure n’est plus en usage depuis longtemps. Chanel a annoncé en décembre dernier renoncer aux cuirs exotiques, dont celui de crocodile. Et Stella McCartney – marque qui appartient comme Gucci au groupe Kering – ne propose aucun article de cuir : elle est végane. A Los Angeles, il existe d’ailleurs des défilés de mode végétaliens; à Berlin, on les appelle Ethical Fashion Shows et Lucerne organisera en avril, pour la première fois depuis 2004, la Gwand, désormais baptisée Sustainable Fashion Festival, autrement dit mode durable. «La durabilité est la nouvelle tendance de la mode», soutient Karen Fleischmann, ex-mannequin suisse qui se décrit comme une «fashion activist» et qui entend faire prendre conscience que l’habillement doit être produit de manière équitable et respectueuse de l’environnement.

C’est encore loin d’être le cas à ce jour : Susanna Vock, fondatrice et productrice exécutive de Gwand, décrit l’industrie du textile comme «une des plus pendables, juste derrière le secteur du pétrole », en raison du recours à des moyens de production polluants pour l’environnement. Pour fabriquer une paire de jeans, par exemple, il faut 8000 litres d’eau.

Cela ne signifie pas que les plus gros vendeurs n’ont pas identifié le problème et tenté de la résoudre. Ces dernières années, la plupart des grands distributeurs et/ou fabricants de gammes de vêtements ont introduit des matériaux (plus) respectueux de l’environnement. Depuis plusieurs années, H&M propose une « Conscious collection » d’habits produits par exemple avec des filets de pêche usagés et autres déchets de nylon. En Suisse, Coop propose à l’enseigne de Naturaline des vêtements de pur coton bio, produit de manière équitable et respectueuse de l’environnement (indication du groupe).

D’ici 2020, la marque C&A, qui réalise la gamme de produits durables #wearthechange, souhaite que 100% du coton et les deux tiers des autres matières proviennent de sources durables. (Crédits: Dr)

C’est sans doute C&A qui propose la plus forte proportion d’habillement durable. « Une grande partie des produits portent le logo #WearTheChange », souligne Laura Zanni, de C&A Mode, filiale suisse du distributeur de vêtements. Ce label caractérise les pièces de vêtement produites selon les principes de durabilité. «Ce qui est déjà le cas de 55% de nos produits», commente-t-elle pour la période mars-août 2017, des données plus récentes pour des périodes plus longues n’étant apparemment pas disponibles. L’objectif de C&A est que la mode produite durablement devienne la norme. Aussi la marque élargit-elle sans cesse son offre. « Nous aimerions que, d’ici à 2020, 100% du coton et les deux tiers des autres matières premières que nous acquérons proviennent de sources durables. »

Les dirigeants des entreprises textiles ont constaté qu’il n’y a pratiquement aucune cliente opposée à l’idée de porter des vêtements produits équitablement et respectueux de l’environnement. A deux conditions toutefois: ils doivent être à la mode et ne doivent pas être plus chers que les textiles conventionnels (comme on appelle ce qui est fabriqué sans souci de l’environnement ni des travailleurs). Le prix est un facteur décisif dans le segment de la mode bon marché.

Ils sont désormais toujours plus nombreux à remplir la première condition. C’est d’ailleurs relativement facile car il n’y a aucune raison pour qu’une robe de coton bio renvoie une image birchermüesli et petites graines. Côté prix, cela devient plus compliqué : « Pour la production d’un T-shirt, nous payons 6 à 7 euros », explique Sandra Schneider, de la startup bernoise Penguin & Friends, qui vend uniquement des vêtements et accessoires durables pour bébés et enfants en bas âge. L’entrepreneure a commencé par visiter l’entreprise familiale portugaise et l’a jugée bonne et honnête à l’endroit de ses travailleurs avant de lui confier la couture de ses collections. Si elle avait renoncé à cet examen sur les lieux et confié le mandat à un sous-traitant bon marché, en Chine ou en Inde, « j’aurais obtenu un T-shirt pour 4 à 5 euros. Ou même moins », dit-elle.

Pour Susanna Vock aussi, le contrôle des conditions de travail est un problème encore plus vaste que l’enquête sur les conditions de production durable des matières premières. Ce qui n’est pas forcément lié à la recherche de profit ou au je-m’en-foutisme des vendeurs de textiles. Car parfois, ces sociétés ne peuvent pas savoir avec certitude où et par qui la marchandise a été produite, les mandats de fabrication ayant été confiés à des sous-traitants par le biais d’agents. « C’est pourquoi il peut arriver qu’il y ait du sang sur les vêtements même parmi les marques qui accordent de l’importance aux conditions de travail équitables », explique-t-elle.

Comment gère-t-on la situation chez C&A ? Tous les fournisseurs doivent respecter le sévère « Code of conduct » et produire selon les prescriptions de la société, répond Laura Zanni. « Notre management qualité examine très soigneusement les produits, nos propres équipes de vérification font des visites dans les usines. » Mais il y a une petite clause de non-responsabilité: les produits hors collection #WearTheChange ne sont pas sanctionnés d’une certification indépendante.

A ce point, c’est exemplaire. Mais ce qui surprend – pas seulement les journalistes mais aussi les commerçants du textile et autres initiés du secteur –, c’est qu’il n’y a pas de différence de prix entre #WearTheChange et les produits similaires de l’assortiment C&A. Laura Zanni n’a pas d’explication pour cela, elle se borne à confirmer que « nos produits plus durables ne coûtent pas plus cher que ceux d’une production conventionnelle ».

Possible que la révolution de la mode ait commencé. Enfin et avec une bonne raison. Le combat pour des vêtements plus équitables, plus respectueux de l’environnement se poursuit. Les clients diront qui l’emportera.

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