Bilan

La fabuleuse histoire de la Mercedes Classe G

Elle a été rêvée par le shah d’Iran. Elle sert d’aquarium au pape lors de bains de foule. Elle a remporté le Paris-Dakar. Elle est une star du hip-hop et est taillée comme une armoire normande. Voici la fabuleuse histoire de la Mercedes Classe G.

  • Présentée en 2013 et fabriquée à 99 exemplaires, la monstrueuse Mercedes-Benz G63 AMG 6x6 est motorisée par un v8 de 5,5 litres d’une puissance de 544 chevaux. Elle dérive d’un véhicule militaire développé pour l’armée australienne.

    Crédits: Daimler AG
  • Après environ 10 ans de gestation, la Mercedes-Benz G Wagen est finalement présentée à la presse en 1979. Entre-temps, son commanditaire le Shah d’Iran a perdu le pouvoir en Iran.

    Crédits: Edward Quinn
  • La première « papamobile » sur base de G-Wagen fût présentée en 1980 puis régulièrement utilisée par Jean-Paul II.

    Crédits: Mercedes-Benz AG
  • La Mercedes G280 filant vers la victoire lors du rallye Paris-Dakar de 1983. A son volant se trouve Jacky Ickx, légendaire pilote de l’épreuve des 24 Heures du Mans, ici copiloté par l’acteur français Claude Brasseur.

    Crédits: Mercedes-Benz AG

Tel un dinosaure qui aurait survécu à la grande extinction, la Mercedes Classe G semble aujourd’hui évoluer dans un monde parallèle, quelque part entre les lignes d’un conflit armé et l’atmosphère cotonneuse de la rue du Rhône, où le politiquement correct n’aurait pas cours. Près de cinquante ans après sa conception et quarante et un ans après son lancement en 1979, elle rôde toujours, sous des apparences semblant inaltérées.

Une naissance militaire

Il faut remonter au début des années 1970 pour commencer l’histoire de la Mercedes Classe G. Le shah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi est alors l’un des actionnaires de référence de Daimler-Benz, dont il détient 25% des parts. C’est donc tout naturellement vers ce dernier qu’il se tourne pour équiper son armée de 20 000 véhicules tout-terrain. Une commande suffisamment colossale pour que Mercedes se lance immédiatement dans l’étude d’un tel projet. Pour ce faire, le constructeur allemand fait appel aux cousins autrichiens de chez Steyr-Daimler-Puch (aujourd’hui Magna Steyr). Basée à Graz, cette société dispose d’une solide expérience de la transmission intégrale – 4 roues motrices (4x4), puisqu’elle fabrique déjà le fameux véhicule militaire Pinz-gauer, bien connu de l’armée suisse.

S’ensuit la réalisation de plusieurs prototypes, dont la mise au point se fait sur les pistes du mont Schöckl en Autriche, puis au Sahara et autour du cercle arctique. Au fil des mois, l’appellation G-Wagen (pour « Geländewagen », voiture tout-terrain en allemand) s’impose. Les concepteurs du projet ont évidemment les débouchés militaires en tête. Mais une étude de marché datant de 1972 prédit déjà l’émergence d’une clientèle souhaitant des voitures 4x4 pour leurs loisirs, d’où le développement parallèle d’une version civile pour les particuliers.

Une G-Wagen dépouillée à son lancement

Le 4 février 1979, la Mercedes-Benz G Wagen est officiellement présentée lors d’une conférence de presse en France. Mais l’ambiance n’est pas à la fête : entre-temps, la révolution islamique est passée par là, et son commanditaire, le shah d’Iran, vient de partir en exil. Quelques jours plus tard, il est définitivement renversé, faisant passer aux oubliettes la commande des 20 000 voitures destinées à l’armée iranienne. Après des années de mise au point, Mercedes se retrouve alors avec un tout-terrain aux aptitudes fantastiques, mais sans aucun client !

Le salut viendra finalement des antipodes, puisque ce sont les forces armées argentines qui passeront commande de 800 G-Wagen, permettant ainsi à sa production de démarrer sérieusement. Les militaires d’Allemagne, Norvège, Danemark, Canada, Malaisie, Pays-Bas et Etats-Unis leur emboîteront le pas. Les Français iront même jusqu’à développer sous licence leur propre version du « Geländewagen » sous le nom de Peugeot P4. La Suisse et l’Autriche, où le modèle est livré sous l’appellation Puch G, cèdent aussi.

A ses débuts, trois carrosseries sont proposées: un cabriolet et un break courts, ainsi qu’un break long, suivis de deux modèles tôlés ouverts, réclamés par la clientèle professionnelle. Ils équipent aujourd’hui encore de nombreux pompiers et gardes forestiers. Sa carrière civile démarre également sur les chapeaux de roue, le G-Wagen se mettant en évidence sous les yeux du grand public.

En 1980, le pape lui-même se convertit au G-Wagen. Une Mercedes entièrement vitrée devient la compagne de voyage de Jean-Paul II, apparaissant sur les chaînes de télé du monde entier. Trois ans plus tard, le pilote belge Jacky Ickx remporte le Rallye Paris-Dakar au volant d’une G-Wagen deux portes. Petite anecdote savoureuse: lors de l’édition 1986 de la même épreuve, Porsche aligne une monstrueuse 959 au départ et choisit comme voiture d’assistance pour ses mécaniciens une Mercedes G-Wagen. Celle-ci se classera deuxième au classement général !

G-Class et grande bourgeoisie

Peu à peu, la G-Wagen s’embourgeoise. Entre 1981 et 1989, elle se voit progressivement équipée d’une transmission automatique, d’un climatiseur, de sièges en cuir et du freinage ABS. La vieille étude de marché de 1972 n’avait pas menti: les particuliers se l’arrachent et elle finit par envahir les beaux quartiers.

Tant et si bien que, pour ses dix ans de carrière, Mercedes prend définitivement acte de cette schizophrénie: la version civile du G-Wagen prend l’appellation de G-Class au Salon de Francfort en 1989, où une version dotée d’une face avant et d’un intérieur plus statutaire apparaît sous le nom de code 463. En parallèle, la version originale de type 460/461 demeure quasi inchangée et devient exclusivement réservée aux forces armées et aux professionnels.

Rebelote pour ses 20 ans en 1999. Cette année-là, AMG est racheté par Mercedes-Benz. Devenu filiale interne de la firme à l’étoile, le préparateur d’Affalterbach se penche sur la G-Wagen et propose la G 55, un monstre équipé d’un V8 atmosphérique de 5,5 litres et 354 chevaux. Range Rover et autre Porsche Cayenne n’ont qu’à bien se tenir : le style boîte à chaussures gonflée aux stéroïdes de la Classe G fait fureur auprès des Russes et autres milliardaires des Emirats arabes unis. En Amérique, les rappeurs vont jusqu’à lui dédicacer des morceaux.

Ce n’est là que le début de la folie. Fidèle à sa tradition de dualité militaro-civile, une version 6×6 est lancée en 2013, dotée d’un châssis surélevé à 6 roues motrices et moteur AMG. Il s’agit d’une évolution d’un modèle développé en 2008 à la demande de l’armée australienne. D’autres modèles encore plus exclusifs voient le jour comme la Mercedes-Maybach G 650 Landaulet de 2017, un extravagant tout-terrain surélevé et rallongé dont la partie arrière dotée de sièges de première classe peut être décapotée. Limitée à seulement 99 voitures, elle est proposée aux alentours de 750 000 euros.

M-ilf

En 2018, en prévision de ses 40 ans, la Classe G s’offre une petite révolution. Sous des atours extérieurs presque inchangés, elle adopte une toute nouvelle plateforme. Sa tenue de route évolue pour se mettre au diapason de ses principales concurrentes tout en gardant ses légendaires capacités en tout-terrain, grâce notamment à ses trois blocages de différentiel. Cette nouvelle mouture repousse un peu plus les limites de l’exclusivité tout en gardant le charme des anciens modèles. Les ingénieurs Mercedes sont allés jusqu’à préserver volontairement certaines caractéristiques désuètes telles que les portes à charnières extérieures qu’il s’agit de claquer vigoureusement.

Du côté des militaires, sa cote d’amour ne fléchit pas non plus puisque l’armée suisse a encore passé commande de 3200 nouvelles G-Wagen en 2016, dont les livraisons seront étalées jusqu’à fin 2020.

Jorge Guerreiro

FONDATEUR DE JSBG.ME

Lui écrire

Après avoir travaillé dans des domaines aussi variés que l'industrie du disque ou l'hôtellerie, Jorge S. B Guerreiro a lancé en juin 2010 le blog JSBG.me (JSBG, comme ses initiales). Depuis, toute une équipe de chroniqueuses a rejoint le projet. Devenu petit à petit un véritable webzine, JSBG.me se décline désormais également, en plus du français, en anglais et brésilien et couvre un choix éclectique de sujets: de la mode à la musique, en passant par les voyages, le design, l’horlogerie ou le cinéma.

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