Bilan

La beauté et ses différentes expressions

Peut-on définir la beauté féminine ? Au fil des siècles, les peintres, les sculpteurs, les poètes et les romanciers nous ont raconté ce qu’ils trouvaient beau. Il ressort de cette production artistique que la beauté existe avant tout dans l’esprit de celui qui la contemple. Décryptage.

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  • Au XVe siècle, la beauté est figée, modeste et surtout divinisée, comme en atteste la Vénus de Sandro Botticelli.

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  • Marie Duplessis serait peut-être oubliée aujourd’hui si elle n’avait compté parmi ses amants Alexandre Dumas fils, qui l’immortalisa dans son célèbre roman, La Dame aux Camélias.

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Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ? La réponse à cette question est, bien entendu, intrinsèquement liée à notre époque et à notre contexte culturel. Ainsi, en 2019, la plus belle femme du monde se nommait Toni-Ann Singh. Cette Jamaïcaine n’aurait cependant pas passé pour belle aux yeux d’un néoplatonicien. Elle aurait même pu, sous certains aspects, être tenue pour laide.

A la Renaissance, en Europe, la beauté se figurait en effet sous les traits de la blonde et diaphane Vénus de Botticelli. « La pureté du teint, les bras éburnéens permettent d’exprimer la perception que les Grecs avaient de l’identité féminine. Celle-ci se caractérise par une part de fragilité, de délicatesse, car une peau blanche est une peau vulnérable », analyse Adeline Grand-Clément, auteure de Blancheur et altérité : le corps des femmes et des vieillards en Grèce ancienne. On est très loin de la Vénus de Willendorf, une femme potelée, à la poitrine forte et lourde, qui incarnait l’idéal féminin à l’âge de pierre.

Plus tard, la peau claire a agi comme un signe de reconnaissance. « Puisque les paysans qui travaillaient en plein air avaient le teint hâlé, les aristocrates se devaient d’avoir la peau pâle et translucide, note l’historien Michel Pastoureau, auteur du Petit livre des couleurs. Certains petits seigneurs du XVIIIe allaient jusqu’à se redessiner les veines (l’expression « sang bleu » est rattachée à cette habitude) pour bien marquer leurs différences. » A l’inverse des Grecs qui valorisaient la pureté d’un teint sans fard, ils s’enduisaient de crèmes pour se faire un masque blanc qu’ils rehaussaient en certains endroits avec du rouge. Ce sont notamment les visages de plâtre qu’arborent les personnages de Barry Lyndon, film de Stanley Kubrick.

Avec son teint hâlé, la sublime Toni-Ann Singh ne respecte pas les canons de beauté des néo-platoniciens. (Crédits: Facundo Arrizabalaga)

La belle malade

Deux canons de beauté se partagent le XIXe siècle. « Il y a d’abord la petite bourgeoise bien en chair, brune, le corps laiteux, qui est le stéréotype dominant. La Castiglione, considérée comme l’une des plus belles femmes du Second Empire, est lourde et massive », relève l’anthropologue Bruno Remaury. La corpulence est alors le signe d’une maternité comblée.

Le deuxième modèle est celui de la belle malade aux yeux cernés. Pour rappel, la tuberculose a suscité une véritable fascination romantique. Loin d’enlaidir les femmes, ses manifestations physiques leur conféraient une certaine grâce. « On faisait l’éloge de leur maigreur, de leurs joues creusées, de leur fragilité lascive. Certaines femmes veillaient tard pour se faire des cernes sous les yeux. » Marguerite Gautier, tuberculeuse exaltée par Alexandre Dumas dans La Dame aux camélias, en est un bon exemple.

Retournement de situation au XXe siècle, où il convient désormais de se distinguer des ouvriers blafards enfermés dans les usines. « Pour l’élite, c’est le temps des bains de mer et du teint hâlé, poursuit Michel Pastoureau. Aujourd’hui, le balancier semble reparti dans l’autre sens : à force d’être à la portée de tous, le bronzage devient vulgaire. La peur du cancer fait le reste. Désormais, le grand chic est de ne pas être trop bronzé. » La femme « parfaite » est de plus grande, mince, musclée et féminine, ajoute Andrej Abplanalp, historien et chef de la communication du Musée national suisse. Ses cheveux sont longs, ses pommettes hautes. Notre siècle ne plébiscite plus les formes voluptueuses. Vu l’abondance de nourriture dans les pays occidentaux, la minceur est aujourd’hui le signe qu’une femme prend soin d’elle et qu’elle n’est pas en surpoids.

Reste que chacun perçoit toujours les autres en fonction de sa propre symbolique. « En Afrique, où il est important d’avoir la peau brillante et luisante, la peau mate et sèche des Européens est vue comme une maladie », rappelle Michel Pastoureau. Et remarquons, comme le faisait déjà Sophocle, que « ce qu’on cherche, on le trouve ». Au milieu des années 30, alors que l’Allemagne s’apprêtait à restituer le buste de Néfertiti au gouvernement égyptien, Hitler s’y oppose. Pris de passion pour la reine, le Führer y aurait vu un modèle de beauté… aryenne !

La mesure de la beauté

Selon les évolutionnistes, la symétrie est séduisante car elle est un signe de bonne santé depuis la vie fœtale. (Crédits: Ruggero Vanni)

Quid des proportions du visage ? Une symétrie parfaite est-elle nécessaire ? Toujours selon les platoniciens, la perfection d’un corps repose sur un équilibre aussi précis que celui que l’on rencontre dans la construction d’un temple classique. Cette base mathématique a été développée par Luca Pacioli (1445-1517) dans son ouvrage De Divina Proportione. Après avoir étudié les canons de beauté de l’Antiquité, ce moine franciscain est parvenu au constat suivant : le corps parfait est celui dont les différents segments se rapprochent du nombre d’or ou Phi (1,6180339), en l’honneur du sculpteur Phidias qui l’aurait utilisé pour concevoir le Parthénon. L’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci en est une bonne illustration.

Si l’on s’en tient à cette définition de la beauté, les traits de la sublime Gisele Bündchen ne peuvent être considérés comme parfaits. A ses débuts, on lui a d’ailleurs conseillé la chirurgie esthétique. Pourtant, il est évident que son nez busqué bénéficie d’un je-ne-sais-quoi absent d’un nez respectueux des normes architecturales.

Dans ses Pensées, l’empereur romain Marc Aurèle a été l’un des premiers à introduire la notion d’imperfection dans la beauté. Proust lui fait écho en affirmant que les femmes d’une beauté classique devraient être le domaine des hommes sans imagination. Dans la Critique du jugement, Kant est quant à lui d’avis que les appréciations d’ordre esthétique sont celles dont l’assise déterminante ne peut être que subjective. Comment pourrions-nous, autrement, comprendre que le même corps puisse être tenu pour beau par les uns et laid par les autres ? Ainsi, quelque incontestables qu’aient pu être les calculs de Luca Pacioli, il semblerait que la beauté ne soit pas une formule mathématique capable de guider un esthète vers une conclusion irréfutable.

Connue pour bousculer les codes de la mode, Dove a toujours choisi des inconnues non retouchées pour ses campagnes. L’objectif? «Faire évoluer les mentalités et les représentations de la beauté vers plus de normalité.» (Crédits: Dr)

Au final, plusieurs études suggèrent que notre idéal serait une moyenne entre tous les visages que nous avons pu observer et notre préférence irait à celui que nous avons vu le plus : le nôtre. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder des amoureux pour constater à quel point ils se ressemblent. Ou, comme le notait avec humour Voltaire dans son Dictionnaire philosophique : « Demandez à un crapaud ce que c’est que la beauté : il vous répondra que c’est la crapaude avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête. »


Les hommes préfèrent-ils les blondes ?

Tout est affaire de goût. Il n’en reste pas moins que la blondeur est souvent une caractéristique de l’enfance, et comme tout ce qui évoque la jeunesse, cette promesse de fécondité s’est érigée en critère esthétique et culturel. La chevelure dorée d’Aphrodite, déesse de l’amour et de la fertilité, était déjà célébrée dans tout le monde antique. La vraie blondeur est par ailleurs rare, donc convoitée. Cette parcimonie de la nature est toutefois quasi insoupçonnable, car une femme sur trois serait décolorée. A noter que les mondes grec et latin avaient déjà leurs fausses blondes grâce aux teintures au safran et à la fiente de pigeon.

Existe-t-il une limite d’âge pour devenir top model ?

Irène Sinclair est devenue mannequin et égérie des produits de soin Dove à 96 ans. Remarquée par un agent alors qu’elle visitait une maison de retraite, elle s’est retrouvée placardée sur les murs de New York, Paris et Londres. Ridée ou radieuse ? Sans doute les deux. Une chose est sûre : son visage a donné envie à des milliers de femmes d’acheter du savon.

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Amanda Castillo

Journaliste

Lui écrire

Amanda Castillo est une journaliste indépendante qui écrit pour la presse spécialisée. Diplômée de l'université de Genève en droit et en sciences de la communication et des médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail (éd. Slatkine), qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

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