Bilan

L’orfèvre du vin: Karl-Friedrich Scheufele, de Chopard aux bordeaux

Karl-Friedrich Scheufele, coprésident de Chopard, raconte comment sa passion pour les crus l’a conduit à racheter le Caveau de Bacchus, l’une des plus belles enseignes romandes de vente de vins, puis à acquérir un vignoble à Bergerac. rencontre.

Karl-Friedrich Scheufele consacre 5 à 10% de son temps pour Château Monestier La Tour.

Crédits: Wavre/Rezo

Malgré un agenda digne d’un premier ministre, Karl-Friedrich Scheufele est toujours prêt à donner un peu de temps pour s’entretenir de sujets qu’il affectionne tout particulièrement, comme le vin. C’est donc à peine rentré de la course Mille Miglia en Italie, événement dont Chopard est sponsor depuis 1988, qu’il nous donne rendez-vous au Caveau de Bacchus, à Rive, une enseigne qu’il a rachetée il y a maintenant une quinzaine d’années.

Puis il s’envolera pour Cannes rejoindre sa sœur Caroline à la soirée organisée par la maison de haute joaillerie, partenaire du mythique festival. Enfin, il se rendra durant le week-end à Bergerac, dans le Périgord, au Château Monestier La Tour, un domaine viticole qu’il a acquis en 2012, pour suivre le chantier du tout nouveau chai dont l’inauguration est prévue à la fin de cet été.

C’est déjà adolescent que Karl-Friedrich Scheufele se passionne pour les crus. «Mon grand-père me faisait régulièrement déguster du rouge, surtout du bourgogne», se remémore l’Allemand d’origine, installé en Suisse dès l’âge de 15 ans. Rapidement, sur les conseils d’un ami, il décide d’ouvrir en 1996 une petite œnothèque, en parallèle de son activité au sein de l’entreprise familiale, sous le nom La Galerie des Arts du Vin. «Nous travaillions par correspondance et étions spécialisés dans les bordeaux, notamment les grands crus classés, les vieux millésimes et les grands formats.»

Puis ce fervent du Château Haut-Brion rachète en 1999 la petite échoppe du Caveau de Bacchus, située au rond-point de Rive à Genève. Trois ans plus tard, il déménagera à quelques mètres de là, Cours-de-Rive 5, pour établir le magasin actuel après avoir engagé de nombreux travaux, creusant et rénovant la cave d’un ancien restaurant. Ensuite, c’est à Lausanne que s’ouvrira un second magasin (aujourd’hui fermé), puis à Gstaad. Au mois de mars de cette année, le Caveau de Bacchus a investi un nouvel espace à Gland, rue de Riant-Coteau, juste en face de Schilliger, «où il y a beaucoup plus de passage que dans la petite ruelle de Lausanne».

Quelques milliers de bouteilles

Le patron de l’enseigne tient à proposer une sélection de crus pour toutes les bourses, avec, comme plus-value, des conseils avisés de sommeliers. En effet, la plupart des collaborateurs du Caveau de Bacchus ont gagné de nombreux prix, notamment celui de Meilleur sommelier de Suisse pour deux d’entre eux. Par ailleurs, la maison propose non seulement un choix de plus de 500 références mais également des cours de dégustation.

Elle est également l’importateur officiel pour la Suisse romande de plusieurs grandes étiquettes, telles que les vins du Domaine de la Romanée-Conti, «une grande responsabilité», selon Karl-Friedrich Scheufele.

Combien de bouteilles personnelles? C’est un peu la question qui fâche: le passionné de crus avoue même ne pas oser communiquer à son épouse le nombre exact de flacons entreposés dans la cave de la propriété familiale. «J’achète parfois par impulsion», admet-il. Ce grand épicurien révèle tout de même un cellier de «quelque milliers de bouteilles», composé d’environ 65% de bordeaux.

Mais évoque rapidement l’excuse de vouloir construire un patrimoine pour la génération future, soit pour ses trois enfants âgés aujourd’hui de 14, 18 et 20 ans à qui il entend, bien sûr, transmettre sa passion. Une flamme qu’il partage aussi avec son épouse.

Mais pour l’instant, Karl-Friedrich Scheufele n’a pas l’intention d’investir dans de nouvelles aventures viticoles: «Mon activité pour Chopard me prend beaucoup de temps, explique-t-il. Tout ce qui tourne autour du vin doit rester un plaisir et non pas une source de stress.» Ainsi, le Château Monestier La Tour lui prend déjà entre 5 et 10% de son temps.

Retour à Bergerac, donc, aux confins du Périgord et à quelques lieues de la Gironde. Le Château Monestier La Tour, qui doit son nom au très ancien monastère édifié sur place, se situe à environ quarante minutes de Saint-Emilion. Le vignoble de 25 hectares produit près de 180 000 bouteilles par an, dont 35% de blancs.

Beaucoup d’investissements ont été entrepris depuis l’acquisition du domaine par la famille Scheufele, comprenant l’étude des sols, l’affinement de l’encépagement, des plantations complémentaires, la limitation des interventions et la densification des parcelles. Une rigueur a été adoptée, de la vendange à l’élevage des vins, associant notamment la récolte de nuit pour les raisins blancs, le tri manuel, un pressoir pneumatique, des cuves parcellaires et une sélection adaptée des barriques. Sans compter que l’exploitation s’est tournée vers une conversion à l’agriculture biodynamique.

Et puis il y a la construction de ce tout nouveau chai dont le but est, entre autres, de pouvoir accueillir dès l’an prochain des visiteurs et proposer des dégustations. A-t-il été tenté d’engager un architecte star, comme c’est la grande tendance dans la région voisine? «Surtout pas, nous voulons rester dans la simplicité et ne pas nous faire remarquer», discrétion helvétique oblige.

Une région sous-évaluée

Le domaine produit pour l’heure deux rouges, deux blancs, un rosé ainsi qu’un vin liquoreux à des prix relativement bas: 21 francs pour le Côte de Bergerac, Château Monestier La Tour 2010. Comment expliquer un tel rapport qualité-prix? «Je pense que cette région méconnue est sous-évaluée», souligne celui qui admet avoir eu «un coup de foudre viticole» en visitant le domaine. Pourtant, Bergerac bénéficie de la même terre argilo-calcaire que Saint-Emilion et les cépages sont les mêmes que dans le Bordelais.

«C’est une région qui a toujours souffert de la prédominance de son voisin bordelais alors qu’elle a beaucoup de potentiel», estime le propriétaire du domaine. Certes, le coprésident de Chopard n’entendait pas acquérir un vignoble «trophée» comme un premier grand cru bordelais. «Je préférais un investissement plaisir à long terme, où il y avait tout à faire, comme à Monestier.»

On termine l’entretien par une note boisée, un saussignac, bouquet opulent, sans être écœurant, d’abricot sec, de miel et de fruits confits. Ne dit-on pas que le vin est le breuvage des dieux?

Chantal Mathez

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