Bilan

L’horlogerie genevoise s’ouvre aux crypto-monnaies

L’horloger Franc Vila propose désormais de payer en boutique en bitcoins, ainsi qu’en cinq autres devises électroniques. Une réponse aux attentes formulées par la clientèle étrangère, russe en particulier.
  • Outre le bitcoin, Franc Vila accepte désormais les paiements dans cinq cryptomonnaies.

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  • Interface pour paiement en boutique en éthers.

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  • les Pâquis, "hub" des crypto-monnaies en ville de Genève.

    Crédits: coinmap.org

Quai du Mont blanc à Genève, la devanture de la boutique Franc Vila affiche le luxe feutré caractéristique de la tradition horlogère de la place. Pourtant, un autocollant interpelle sur le bas de la porte d’entrée: «Bitcoin accepted». Bien en évidence au centre de la surface de vente, une tablette, en réalité un terminal de paiement en crypto-monnaies fraichement installé.

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Pour Enrico Gallo, responsable du marché européen de l’horloger, il s’agit d’une réponse directe à un souhait expressément émis par plusieurs clients: «Un couple de jeunes russes nous a demandé à payer en bitcoins ce printemps-ci. Nous avons d’abord pensé à une requête isolée. Mais dans la foulée, un couple de cinquantenaires, suivi encore le mois suivant d’une autre personne, ont exprimé la même attente.»

Un QR code à usage unique pour payer

Suite à ce constat, l’horloger a implanté durant l’été un système visant à permettre un paiement physique en crypto-monnaie dans la boutique même. Lors de l’achat d’une montre, un QR code à usage unique est émis pour le paiement. Le client se connecte via son mobile ou tablette à son portefeuille électronique, puis scanne le QR code. Le paiement est ensuite validé, et la confirmation reçue par le vendeur. Six crypto-monnaies, parmi les plus populaires, sont acceptées: bitcoin, ether, dash, monero, Zcash et litecoin. Enrico Gallo estime qu’il s’agit de s’adapter aux habitudes de chaque type de clients: «Les Coréens et Asiatiques en général apprécient le litecoin, alors que les russes privilégieront peut-être le monero ou l’ether. Question de culture.»

Interface pour un paiement en ethers

Un pari technique et réputationnel

Face à la forte volatilité du produit, Marie Léger, CEO de Franc Vila, privilégie la prudence: «Nous changerons les crypto-monnaies tous les soirs. Le but n’est pas de se constituer un portefeuille d’actifs, mais de donner une facilité de paiement à notre clientèle.» Si techniquement, le terminal de paiement reste aussi simple d’utilisation qu’une carte de crédit, il implique une certaine attente qui correspond à l’enregistrement de paiement dans un «bloc» de la chaine informatique. «Pour le bitcoin, si le réseau n’est pas trop saturé, ça peut prendre 10 minutes, estime Maxime Leger, ingénieur indépendant, qui à été chargé de l'implémentation du système par Franc Vila. Par contre pour payer en ethers, 1 minute et 30 secondes devrait suffire.»

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Un délai d’attente raisonnable selon Enrico Gallo, responsable Europe pour la marque: «Pour des produits de plusieurs milliers de francs, même pour les paiements par carte, les autorisations prennent plusieurs minutes. D’un autre côté, pour une montre à 5000 francs on peut compter environ sur 50 centimes de frais lors d’un paiement en bitcoins ou encore 10 centimes en ethers. Alors que par carte de crédit, on peut parfois dépasser les 3%.» Soit plus de 100 fois plus, le plus souvent à la charge du vendeur.

Malgré les avantages soulignés et une certaine «normalisation» du bitcoin, les soupçons de blanchiment persistent, particulièrement venant de la clientèle russe. Une possibilité que relativise Enrico Gallo de Franc Vila: «La crypto-monnaie n’est pas plus sujette au blanchiment que le cash, qu’on acceptait en boutique sans plus de contrôle jusque dans les années 2000. De plus, une montre, ce n’est pas un diamant, ça se prête beaucoup moins bien au blanchiment. Aujourd’hui, pour des sommes importantes, nous demandons le passeport comme pour les autres moyens de paiement, et nous nous conformons à la législation en cours, même si, comme souvent, elle affiche encore un retard sur l’évolution technologique.» La société travaille d’ailleurs avec un cabinet d’avocat pour s’assurer de la compliance avec la régulation et prévenir d’éventuels risques.

Commerces genevois acceptant la crypto-monnaie

Franc Vila vient donc renforcer l’écosystème genevois de la monnaie cryptée en développement, bien qu’encore en retrait par rapport à Neuchâtel et la région de Zurich/Zoug. Dans le seul quartier des Pâquis, on dénombre déjà un automate bitcoin ATM, ainsi qu’un café acceptant la crypto-monnaie. Une timide tendance qui demande encore à être confirmée.

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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