Bilan

L’homme qui prend les riches de haut

Les superbes maisons des stars vues du ciel, c’est lui: voilà vingt ans que le photographe aérien Eric Fenouil immortalise les propriétés des célébrités de par le monde. Portrait.

Il est arrivé de Paris en voiture, l’homme des hélicoptères. «Pour effectuer des repérages de la maison d’un riche financier en Suisse.» Le photographe Eric Fenouil n’en dira pas plus. On pensait rencontrer un paparazzi des airs, c’est un enquêteur qu’on découvre: «Ce qui m’amuse dans mon boulot, c’est l’investigation. Aujourd’hui, les informations fournies par Google Earth ne peuvent pas m’épargner une enquête de proximité, au cours de laquelle j’interroge le voisinage, les clients des cafés du commerce, les agents immobiliers. En Suisse, j’ai un faible pour les vignerons, ils sont bavards…» C’est ainsi qu’en vingt et un ans de photographie aérienne, Eric Fenouil, 52 ans, aura immortalisé plus de 1000 propriétés de superriches à travers le monde. Des stars du cinéma comme Brad Pitt, Tom Cruise, Leonardo DiCaprio, Scarlett Johansson, Nicole Kidman, Julia Roberts, des stars de la télé comme Laurent Ruquier, Michel Drucker, Thierry Ardisson, des politiques comme Carla Bruni-Sarkozy ou Jean-Louis Borloo, des hommes d’affaires comme Ingvar Kamprad, François Pinault, les Wertheimer (Chanel). En Suisse, il a survolé les maisons d’Ernesto Bertarelli, des Scheufele (Chopard), de Phil Collins, de Philippe Hersant, de Johnny Hallyday, de la famille de Savoie ou encore de Benjamin de Rothschild, pour n’en citer que quelques-unes… Cette année, il a ajouté à sa photothèque l’île de Bernard Arnault (propriétaire du groupe LVMH) aux Bahamas et celle de l’illusionniste David Copperfield.

 

Des maisons à 500 millions d’euros

Tout commence en 1990, par une commande d’Anne-Marie Périer, directrice du magazine Elle et épouse de Michel Sardou, qui le prie de survoler Deauville pour y repérer les résidences de quelques fortunés. Fenouil y voit un bon filon: «Tous les ans, deux thèmes récurrents remplissent les magazines, à savoir les vacances des stars du show-biz et de la politique ainsi que leurs maisons.» L’année suivante, il vend un reportage aérien sur les résidences des rock stars en Grande-Bretagne, puis aux Etats-Unis. Désormais, celui dont le patronyme invite à la terre se fera un nom dans les airs. De Los Angeles au Colorado, de Gstaad à la côte lémanique, de la Belgique à la Côte d’Azur, il survole les cieux des riches. «Et ceux-ci devenant de plus en plus riches, ils collectionnent les maisons. Aujourd’hui, il n’est pas rare que je vole quatre ou cinq fois pour la même personne: sa demeure principale, sa résidence secondaire, son chalet de luxe, sa maison de maître dans son vignoble et son haras. Il m’arrive encore d’être surpris quand je découvre des maisons à 500 millions d’euros, comme celles de certains Russes sur la Côte d’Azur.» Mais si son travail consiste à prendre les choses de haut, il ne peut guère se permettre de les prendre à la légère: les riches ont les moyens de se défendre contre les objectifs indésirables qui pourraient satisfaire prioritairement la curiosité des employés du fisc et celle des baladeurs du dimanche. Pourtant, jamais ou presque, le photographe n’aura été inquiété: «J’ai davantage de demandes de gens satisfaits qui souhaitent acheter un tirage de leur propre maison après l’avoir vue dans la presse. J’ai ainsi été invité à déjeuner chez Simone Weil, j’ai eu d’excellents contacts avec feu le banquier et baron Guy de Rothschild ou encore avec feu André Bettencourt, homme d’affaires et politique.»

Une prise de risque onéreuse

De brèves satisfactions qui ne sauraient masquer la difficulté à vendre aux journaux un travail qui coûte cher, et que les éditeurs rattrapés par la crise rechignent de plus en plus à acheter. «On a passé du grand jeu des années fric à zéro budget, dans certains magazines. Mes clients sont de plus en plus pointilleux, alors que mes coûts ne changent pas», regrette Eric Fenouil. En Suisse ou en France, par exemple, l’heure d’hélicoptère est très onéreuse, de l’ordre de 2000 euros, car la législation impose un bimoteur pour raisons de sécurité. De plus, une autorisation de vol de l’Office de l’aviation civile est requise et elle est minutée, ce qui complique encore l’affaire. «A Saint-Tropez, les plaintes des habitants pour nuisances sonores ont rendu les gendarmes très vigilants quant à l’altitude de vol. Aux Etats-Unis, en revanche, les hélicos décollent toutes les demi-heures pour survoler Beverly Hills, et à moindre coût. Mais l’avantage se transforme en inconvénient, puisque la concurrence y est plus rude.» Du coup, la photo signée Fenouil, pour spectaculaire qu’elle soit, est devenue davantage qu’un caprice rédactionnel: une prise de risque, et tous n’y ont pas goût. Mais les vents contraires ne sauraient dissuader le photographe: «J’aime l’architecture, et c’est toujours un plaisir de découvrir certaines demeures. En aérien, on repère tous les détails, les piscines, les golfs privés, les jardins tenus à la perfection. Mon boulot? Faire rêver les gens…» et réjouir les propriétaires qui ne craignent pas l’œil de l’aigle.

Roman Abramovitch  Le richissime Russe s’est offert en 2004 le Château La Croë, au Cap d’Antibes.

Crédits photos: Alban Kakulya, Eric Fenouil

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