Bilan

L’Empire contre-attaque

La mort de l’industrie automobile britannique a été annoncée à de multiples reprises. Mais les Anglais sont plus forts que jamais: c’est dans leur île que l’on cultive le vrai plaisir de conduire.

Il y a plus de cent vingt-cinq ans, quand l’automobile poussait ses premiers vagissements, les Anglais furent les premiers à comprendre qu’un véhicule pouvait être plus qu’un simple moyen de transport. Quand, après la Seconde Guerre mondiale, rien n’allait plus, ce furent les Anglais qui se remirent à construire des voitures sportives, générant le plaisir de la conduite. Jaguar, MG, Triumph, Healey, AC, Bristol, Cooper, Lotus: on pourrait étirer sur une pleine page l’énumération des marques qui, dans les années 1950 et 1960, produisaient de merveilleuses voitures. Mais ensuite, dès les années 1970, quand l’industrie automobile a dû se rationaliser, les Britanniques ont perdu de leur élan, bon nombre de constructeurs ont mis la clé sur la corniche, d’autres ont vacillé et n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes. Depuis lors, le monde ne compte plus qu’une poignée de grands constructeurs qui gagnent vraiment de l’argent, qui maîtrisent tout et dont les véhicules se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Et voilà que les Britanniques annoncent leur retour – pas exactement comme le phénix renaît de ses cendres mais avec une assurance tout à fait étonnante. Au dernier Salon de l’auto de Paris, largement dominé par les voitures de segment moyen, comme la 7e génération des VW Golf et la 4e génération des Renault Clio, les Anglais se sont inopinément fait une place au soleil. Mieux que n’importe quel autre pays de l’automobile.

La fine tradition anglaise

Range Rover a présenté son dernier modèle: une icône. Jaguar a proposé sa F-Type: un pur plaisir de conduire. McLaren a exposé sa P1: avec ce super modèle de sport, les cartes sont redistribuées. Aston Martin a montré la DB9: nul n’associe aussi bien l’élégance et la sportivité. En 2012, Jaguar a énergiquement appuyé sur le champignon. La mise sur le marché de la XF Sportbrake est imminente, les XF et XJ seront complétées d’une version traction sur les quatre roues, un moteur 3 litres V6 a été construit à partir de zéro. Quant à la nouvelle F-Type, c’est un joli roadster, dans la meilleure tradition anglaise, mais aussi un véhicule entièrement inédit. Chez Jaguar et Land Rover, l’argent ne semble pas être le problème. Les deux marques alignent des chiffres positifs, surtout Land Rover, mais cela ne dit rien de l’effort que les deux marques produisent. Il est plus probable que les Indiens de Tata sont résolus à investir vraiment beaucoup d’argent. Sans quoi on ne comprendrait guère que non seulement les Anglais lancent des nouveautés à un rythme stupéfiant compte tenu de la taille de leurs marques mais qu’ils puissent construire en plus une nouvelle usine et créer des milliers de nouveaux postes de travail. Mais on a l’impression que la manœuvre pourrait réussir.

Le feulement de la Jag

La nouvelle F-Type devrait y contribuer. A l’instar de la nouvelle Ranger Rover, la nouvelle Jaguar est fabriquée presque entièrement en alu: cela ne la rend pas moins chère mais plus légère. Reste que les 1597 kilos de base ne constituent pas une référence: une Porsche 911 est nettement plus légère. Mais c’est clairement à cette voiture de sport de légende que la F-Type prétend constituer une alternative. Outre les 5 litres V8 et 495 ch animés par un compresseur (de 0 à 100 km/h en 4,3 s, vitesse maxi autour des 300 km/h), il y a encore le choix entre deux 3 litres V6, l’un de 380 ch (de 0 à 100 en 4,9 s, vitesse maxi 275 km/h), l’autre de 340 ch (0 à 100 en 5,3 s, vitesse maxi 260 km/h). Tous les moteurs transfèrent leur puissance par le biais d’un changement de vitesse automatique à huit paliers. Il existe aussi un système de réduction de la consommation stop/start d’usine. Pour les modèles S, un système d’échappement actif est censé générer un vrai son de voiture de course. Actuellement, McLaren a furieusement le vent en poupe. Tandis que les choses ne se passent pas trop bien pour l’orfèvre de voitures de sport en formule 1, les affaires vrombissent dans le segment voitures de sport de route. Après la McLaren F1 au succès mesuré (de 1993 à 1998), que l’on voyait davantage au garage que sur l’asphalte, la nouvelle MP4-12C a fait l’effet d’une bombe dans le paysage des voitures de sport: 625 ch fournis par un V8 de 3,8 litres, suralimentation biturbo et poids léger (1430 kilos) en font un épouvantail pour Ferrari. Le bolide est vraiment rapide: il bondit du paddock de 0 à 100 km/h en 3,3 s (vitesse maxi 330 km/h). Et on le trouve depuis quelques semaines en version cabriolet sous le nom de MP4-12C Spider. Avec un superbolide qui s’appellera tout simplement P1, les Anglais en remettront une couche en 2013. Avec ses deux places, cette petite bombe développera au moins 950 ch et rejoint ainsi l’élite notamment incarnée par la Bugatti Veyron. Elle sera dotée du même moteur V8 que la MP4-12C mais bénéficiera en outre du système KERS (système de récupération de l’énergie cinétique) emprunté à la formule 1.

Cœur de lion

Lyonheart, de son côté, entend plutôt séduire les amateurs de voitures classiques. La jeune entreprise avait attiré l’attention il y a bien deux ans avec sa voiture concept Vizualtech Growler E 2011. Le concept est devenu une véritable automobile sous le nom de Lyonheart K, qui sera construite à raison de 250 exemplaires pour répondre à la demande. Robert Palm, CEO de la Classic Factory et designer du véhicule, explique: «Nous entendons faire du label made in England un concept authentique plus qu’une déclaration d’intention. Chaque élément de la Lyonheart K est développé, construit et fini à la main en Angleterre.» La philosophie de design de la Lyonheart est simple: on ne recourt qu’à des matériaux originaux, soit de la fibre de carbone, du cuir, des placages, de l’aluminium brossé, de l’acier inoxydable et du métal chromé. Sinon rien. Le moteur 5 litres V8 compressé fournit 550 ch pour un couple de 680 Nm et sort des ateliers Jaguar.

Classiques et sauvages

Il subsiste par ailleurs en Angleterre toute une série de constructeurs bien établis. Morgan a redonné vie à son Three Wheeler et propose une version moderne de son véhicule de sport à trois roues avec un moteur de 2 litres Harley revisité. En outre, avec son capricieux Aero Coupé, Morgan dispose également d’une «vraie» voiture de sport à quatre roues, propulsée par un V8 de 4,8 BMW. Les 370 ch permettent à cette voiture qui ne pèse que 1300 kilos des performances très convenables. Encore plus folle: l’Atom d’Ariel Motor. Cette caisse à savon à carrosserie ouverte en est actuellement déjà à sa troisième génération. Le 4 cylindres à l’arrière délivre 245 ch. Ce ne serait pas un vrai bolide de sport? Si, car l’Atom 3 pèse tout juste 612 kilos. Et si cela ne devait pas suffire, il existe encore l’Atom 500 V8. Comme son nom l’indique: un moteur V8 pour 500 ch. Et le poids? Ridicule: 570 kilos. Autre chose ? Radical Sports Cars construit depuis 1997 des voitures de course aussi disponibles en version route. Quelques véhicules du modèle SR8 ont déjà trouvé le chemin de la Suisse. La Radical SR8 est propulsée par la combinaison de deux moteurs de moto Suzuki-Hayabusa associés. Résultat: 360 ch aux alentours de 10 500 tours. Reste à mentionner Lotus. Après l’éjection de son CEO suisse Dany Bahar, la marque britannique de tradition traverse une vallée de larmes. Reste qu’elle possède toujours des modèles bien établis, comme l’Elise. Et la nouvelle Exige S a épaté la presse professionnelle. Mais il ne reste rien des plans grandiloquents visant à attaquer de front des constructeurs comme Ferrari – sauf un gros tas de dettes. Et on ignore pour l’heure ce que les propriétaires malaysiens de la marque (DRB Hicom) ont en tête.

Crédits photos: Dr

Peter Ruch

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