Bilan

L’élégance masculine, une histoire de culture

Qu’est-ce que l’élégance masculine? Réunis en Italie par Cartier, des hommes de goût en provenance de toute la planète nous donnent leur vision.
  • Le designer Nicolas Le Moigne est le Driveman représentant la Suisse

     

    Crédits: Sylvie Roche
  • Patrick Grant, tailleur à Saville Row et animateur d’un reality show télévisé au Royaume-Uni

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  • L’acteur Edgar Ramírez, sourire de latin lover et super star en Amérique du Sud

     

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  • Mandla Sibeko est à la tête de la plus grande foire d’art du continent africain

     

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  • L’allemand Max von Thun, acteur allemand descendant d’une famille noble tchèque

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  • L’australien Chris Edwards cumule les activités de surfeur et tailleur pour homme

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  • La montre Drive de Cartier équipée d’un mouvement Manufacture 1904MC

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  • Le sino-britannique Sean Lee Davies en grande discussion avec le décorateur italien Sergio Colantuoni

    Crédits: Sylvie Roche

L’élégance peut-elle être universelle ? Le Larousse la définit par «qualité de quelqu’un qui se distingue par son goût, son choix en matière de vêtements, par sa grâce dans ses manières». La contradiction est latente, les goûts variant selon les cultures et les continents.

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Cartier a tenté de concilier ces différentes perceptions en invitant à Florence des élégants en provenance des quatre coins du monde. En marge de la foire de la mode masculine la plus remarquable qui soit, Pitti Uomo, la maison française, a réuni en un sublime lieu, le Palazzo Gondi, ces hommes rebaptisés «drivemen» pour la circonstance. Ce titre renvoie au dernier modèle de montre de la marque, la Drive, présentée cette année. Ils ont été choisis pour leur élégance, valeur inhérente à la maison française. Une opportunité rare de recueillir les impressions de chacun en la matière.

Style anglais ou italien, faut-il choisir ?

Sergio Colantuoni, décorateur italien renommé choisi par Cartier pour décorer le Palazzo Gondi, nous donne sa vision, teintée de la certitude d’être dans le juste. Il cite Caruso: «In menswear, do as Italian do.» Le ton est donné. Pour Sergio, l’élégance est un doux mélange de recherche de vêtements de qualité assortis à des accessoires variés. Le charme, lui, ne peut être qu’inné… 

Le débat est lancé et promet d’échauffer les esprits, car en matière de mode masculine, Italiens et Anglais se revendiquent chacun gardiens du temple. Et Patrick Grant, sujet de Sa Majesté, n’est pas là pour calmer le jeu: il proclame les Anglais inventeurs du costume masculin, et de facto détenteurs de l’orthodoxie du genre. Il a d’ailleurs quelques arguments probants, puisque notre interlocuteur est tailleur à Savile Row. Il coanime également un reality show dont les participants doivent démontrer leurs talents de styliste. Pour lui, un parfait gentleman doit se vêtir en utilisant les coupes les plus parfaites, aptes à lui procurer l’élégance discrète de celui qui sait. Comprenez: les Italiens sont trop tapageurs. 

Les élégances contrastées

Les autres précieux du jour sont tout aussi diserts en la matière. A commencer par la Suisse: représentée par Nicolas Le Moigne, designer de renom et directeur de la filière Master Luxe de l’Ecal. Pour lui, les Helvètes sont peu enclins aux prises de risque: l’extravagance est facilement montrée du doigt en Suisse. Du coup, il aime se vêtir en portant son attention sur les petits détails. Une recherche délicate du raffinement qui le satisfait. « Les connaisseurs le remarquent toujours », souligne-t-il.

A l’autre extrême du spectre, Mandla Sibeko arrive d’Afrique du Sud. Un phrasé lent et assuré, une silhouette racée, Mandla incarne une autre élégance. Les coudes de sa veste sont décorés de perles africaines colorées et l’artifice s’intègre parfaitement à un look par ailleurs très understatement, un costume d’été clair assorti à une chemise et une pochette bleues. Notre homme est à la tête de la plus grande foire d’art du continent et vient d’être élu par le magazine «GQ» parmi les dix gentlemen les plus stylés d’Afrique. Selon lui, même lors des plus sombres heures de l’apartheid, prendre soin de son allure, de manière joyeuse et colorée, a toujours fait partie de la culture sud-africaine.

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Un groupuscule improbable se forme: il réunit deux acteurs allemands au Thaïlandais Saharat Sangkapricha, véritable demi-dieu dans son pays. Parmi les Allemands, Max von Thun se lance le premier: son sens du style lui vient de son grand-père, un comte tchèque ayant fui le communisme. Grand, très fin, un long cou et une démarche désinvolte, assurément l’ami Max fait très vieille Europe. Selon lui, ce qui émane d’une personne reflète sa noblesse de cœur. Saharat, lui, est presque gêné par la question. Il finit par déclarer qu’en Thaïlande l’élégance masculine est incarnée par le roi.

Les flashes se mettent à crépiter: arrive Edgar Ramírez, gueule de latin lover, lui aussi acteur. Le Vénézuélien, adulé dans toute l’Amérique du Sud et centrale, se pose en archétype du mâle latino : sourire ravageur, regard mystérieux et une nuée d’attachées de presse s’affairant à faire valoir son image. Selon lui, il s’agit de se vêtir en portant la bonne pièce au bon moment : une consistance qui permet de se sentir à l’aise, relax en toutes circonstances.

Des antipodes arrive ensuite Chris Edwards, visage d’ange et cheveux longs, semblant s’être échappé d’une œuvre de la Renaissance de la galerie des offices voisine. Il porte en lui les antagonismes de son Nouveau-Monde : il est surfeur et tailleur et ne désespère pas de convertir ses compatriotes au costume bien taillé.

Le chic à la française

Quid du chic à la française ? Bertrand Burgalat, producteur ayant travaillé entre autres pour Etienne Daho ou Depeche Mode et époux de la créatrice de mode Vanessa Seward, propose une perspective qui somme toute semble ne pas être si éloignée de la vision italienne. Il s’en réfère à des acteurs comme Alain Delon, Lino Ventura ou Jean Gabin. « C’étaient des hommes qui se vêtaient sur mesure tout en gardant une certaine forme de spontanéité. Etre élégant n’était pas pour eux un but dans la vie mais plutôt une conséquence. Alors qu’aujourd’hui on aurait tendance à promouvoir une sorte de dandysme surjoué, il faut se rendre compte que le style ne peut pas être choisi ou décrété. »

Au final, le plus apte à mettre tout le monde d’accord est sans doute Sean Lee Davies. Ce mi-Chinois, mi-Anglais actif dans le journalisme et la protection de l’environnement assume parfaitement sa double culture. Selon lui, les Chinois sont passés par une période très voyante pour revenir maintenant à une vision plus occidentale des signes extérieurs de richesse, se rapprochant peu à peu de son autre pays, le Royaume-Uni. Une approche qu’il qualifie de Stealth Luxury, que l’on pourrait traduire par luxe furtif ou discret. Une notion qui laisse à penser que l’élégance tendrait à devenir dans le futur une valeur mondialisée, universelle.

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Jorge S.

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