Bilan

L’artisan de Nyon qui réveille la tradition sellière

Spécialisé dans la briderie cousue main, l’artisan nyonnais Olivier de Mestral perfectionne avec ses cuirs les liens subtils entre les cavaliers et leurs montures.

Olivier de Mestral a passé son CFC de sellier à 32 ans, en candidat libre.

Crédits: François Wavre

Sa famille appartient à l’aristocratie vaudoise depuis le XIVe  siècle. Il a grandi aux Etats-Unis, où son père était dans le pétrole, puis suivi ses études de commerce en Suisse et en France avant de passer dix ans dans la banque, chez UBP à Genève, pour devenir gérant de fortune. Pourtant, dans son atelier de la vieille ville de Nyon, Olivier de Mestral a plus aujourd’hui l’allure d’un ouvrier col bleu. Tablier de cuir et pantalon de travail de maçon, on sent immédiatement un homme qui s’est épanoui dans le métier qui fait désormais son identité: sellier.

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Une forme de retour aux sources pour ce cadre qui se sentait passager clandestin de la globalisation financière mais parle avec passion de la chasse au canard, des chevaux, de son braque de Hongrie et du travail du cuir. Cette dernière passion a d’abord grandi comme un hobby auprès du sellier Jean Müller à Genève. La retraite de ce dernier et l’affaire Madoff qui le dégoûte définitivement de la finance en 2008 lui font franchir le pas de la professionnalisation. Il s’impose de passer son CFC de sellier à 32 ans, en candidat libre. 

Deux traditions en héritage

«En Suisse, le métier de sellier est très lié à l’armée» explique-t-il. Cartouchières, sacs, guêtres… ont nourri une industrie qui a développé des savoir-faire. A côté de cela, l’équitation s’est aussi épanouie sous l’influence militaire et de la culture rurale. «Le cheval du paysan, le «fédéral» payé par l’armée, servait au travail des champs en dehors des cours de répète», rappelle-t-il. Ces dernières années, ces écuries rurales se sont ouvertes à l’équitation de loisir, et un nouveau marché est né, orienté haut de gamme dans l’arc lémanique. 

Héritier de ces deux traditions mais aussi entrepreneur avisé de cette opportunité, Olivier de Mestral y a ajouté l’exploration des anciens traités d’équitation et l’étude des savoir-faire selliers hongrois, français, anglais et italien pour trouver son créneau: le cuir cousu main, avant tout pour la briderie. Il voit ses produits comme des compléments aux selles d’une Patricia Rochat même s’il en produit quelques-unes à la demande de clients et en répare ou adapte beaucoup.  

Tannage végétal et cousu main

Résultat: les cuirs de vache, veau et porc tannés avec des végétaux (écorces de bouleau, chêne et mimosa) qu’il se procure au Royaume-Uni sont cousus à la main avec un fil unique de chanvre ou de lin. «C’est sept à huit fois plus résistant que la couture à la machine, ce qui compte, vu les tensions exercées par les chevaux.» 

Il fait ainsi revivre des harnachements qui avaient à peu près disparu, tels que des brides rondes, roulées à la main. Il redéveloppe longes et surfaix aux multiples anneaux, facilitant les enrênements pour le travail au sol que nombre de cavaliers redécouvrent aujourd’hui, tant pour améliorer l’impulsion ou l’engagement des postérieurs de leurs chevaux que pour travailler la subtilité de leurs mains. 

Parmi ses réalisations mémorables, Olivier de Mestral cite un attelage complet pour un tilbury – harnais, sièges… – mais aussi une malle à fusils. Car sur la base de son travail de sellier, il a développé une activité de maroquinier pour les amateurs de produits en cuir authentiquement sur mesure.

De quoi construire une marque? Pas vraiment, même si ses produits made in Switzerland commencent à être connus à l’étranger. Sa fierté est ailleurs cependant, dans la formation de deux apprentis qui ont à leur tour passé le jugement de ses pairs en sellerie.

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Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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